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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2102316

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102316

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2102316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDUMONT BORTOLOTTI COMBES JUNGUENET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 février 2021 et 4 janvier 2022, M. A, représenté par Me Junguenet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2020 par lequel le maire de la commune de Châtenay-Malabry a refusé de lui délivrer un permis de construire un immeuble de trois logements après démolition d'une maison sur les parcelles cadastrées AJ n° 32 et 117 sises 13 rue des vallées à Châtenay-Malabry ; ensemble, la décision du 17 décembre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Châtenay-Malabry de réexaminer sa demande à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Châtenay-Malabry la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que l'échelle du bâtiment dont la construction est projetée constitue une transition douce entre l'échelle de la maison individuelle implantée au sud des parcelles litigieuses et l'échelle des logements collectifs implantés à l'ouest et à l'est de ces parcelles ;

- le projet en litige constitue un projet contemporain utilisant des technologies énergétiques nouvelles et soucieuses de l'environnement dès lors qu'il prévoit la pose de panneaux solaires sur une surface de 15 m², et s'intègre parfaitement dans l'environnement naturel et urbain alentour existant ainsi que l'exigent les dispositions de l'article UM 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Châtenay-Malabry ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article UM 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Châtenay-Malabry ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme ;

- il est insuffisamment motivé au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2021, la commune de Châtenay-Malabry, représentée par Me Férignac, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive, faute d'avoir été introduite dans le délai de recours contentieux fixé à l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour la commune de Chatenay-Malabry a été enregistré le 1er mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure,

- les conclusions de Mme Maisonneuve, rapporteure publique,

- et les observations de Me Beguerie, substituant Me Férignac, représentant la commune de Châtenay-Malabry.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé le 30 décembre 2019, une demande, complétée le 6 mars 2020, de permis de construire un immeuble de trois logements après démolition d'une maison sur les parcelles cadastrées AJ n° 32 et 117 sises 13 rue des vallées à Châtenay-Malabry. Par un arrêté du 10 août 2020, le maire de Châtenay-Malabry a rejeté sa demande. Le 17 décembre 2020, il a également rejeté le recours gracieux formé par M. A à l'encontre de cet arrêté. M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

2. En premier lieu, les dispositions de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme, ont été abrogées par décret du 30 décembre 2015, et codifiées à droit constant, depuis le 1er janvier 2016, à l'article R. 111-27 de ce code qui dispose : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. "

3. Contrairement à ce que soutient M. A, l'arrêté attaqué, qui vise expressément l'article R. 111-27, mentionne plusieurs considérations de fait permettant de justifier pour quels motifs le maire de Châtenay-Malabry a considéré que son projet de construction n'était pas conforme à l'article R. 111-27 précité. Dans ces conditions, cet arrêté, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

4. En deuxième lieu, l'article UM 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Châtenay-Malabry, relatif à l'aspect extérieur des constructions et à l'aménagement de leurs abords dispose : " 11.1 Dispositions générales d'intégration des constructions dans le paysage : / Les constructions nouvelles et les extensions doivent, par leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, respecter le caractère et l'intérêt des lieux avoisinants, des sites et des paysages naturels et urbains locaux. / () / Les pastiches architecturaux sont interdits. / Les projets contemporains utilisant des technologies nouvelles (notamment énergétique) de qualité peuvent répondre à d'autres dispositions, sous réserve de s'intégrer à l'environnement naturel et urbain. () 11.3 Toitures : / " Les toitures constituent la cinquième façade de la construction : elles doivent donc avant tout assurer un bon couronnement de la construction et être en harmonie avec les constructions voisines de par leurs formes, leurs couleurs, ou leurs matériaux. "

5. Il résulte de ces dispositions, ainsi que de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

6. En l'espèce, pour refuser de délivrer à M. A le permis de construire qu'il sollicitait, le maire a estimé que le projet était de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants par sa dimension et son aspect extérieur en méconnaissance des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et UM 11.3 du règlement du plan local d'urbanisme.

7. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'immeuble dont la construction est envisagée dans la rue des Vallées doit être implanté au sein d'un îlot urbain mixte, constitué à la fois de pavillons, de logements sociaux et collectifs et d'équipements publics qui présente une forte hétérogénéité, sans intérêt architectural particulier. En outre, ainsi qu'il ressort des mentions de l'arrêté attaqué, l'implantation de cet immeuble de trois étages est prévue sur un terrain accessible par une impasse étroite donnant également accès à deux autres terrains, la rendant uniquement visible depuis cette impasse. Par ailleurs, il ressort des pièces produites par M. A à l'instance, que plusieurs immeubles collectifs sont implantés à proximité du terrain d'assiette du projet. Ainsi, la circonstance alléguée par le maire dans son arrêté, que l'échelle du bâtiment ne constitue pas une transition douce entre celle de la maison individuelle et le logement collectif, n'est pas à elle seule suffisante pour la regarder comme portant atteinte à l'environnement bâti, alors que par ailleurs, tant son gabarit que ses autres caractéristiques sont comparables à ceux de ces immeubles collectifs.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la toiture projetée sur cet immeuble peut être regardée comme présentant des caractéristiques architecturales distinctes de celles présentes sur les bâtiments implantés à proximité du projet, en ce qu'elle est constituée de trois pans orientés sud, en bac acier gris, pouvant rappeler les " toiture à redans " caractérisant le style industriel, alors que celles des constructions avoisinantes comportent des toitures terrasses, ou des toitures à deux ou quatre pans, de style plus traditionnel. Néanmoins, les caractéristiques de cette toiture, eu égard notamment à l'hétérogénéité des toitures présentes dans l'environnement bâti existant, ne sont pas de nature à caractériser une atteinte visible à cet environnement urbain mixte.

9. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le permis de construire qu'il sollicitait, motifs pris que son projet n'était pas conforme aux articles UM 11.3 du règlement du plan local d'urbanisme et R. 111-27 du code de l'urbanisme, le maire a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

11. Toutefois, si le maire de Châtenay-Malabry ne pouvait légalement se fonder sur les motifs énoncés aux points 6, 7 et 8 pour rejeter la demande de permis de construire de M. A, il ressort des mentions de l'arrêté du 10 août 2020 que le maire s'est également fondé sur le motif tiré de ce que les pièces du dossier ne permettaient pas de garantir le respect de l'article UM 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, faute de justifier de la complète perméabilisation du dispositif " evergreen " mentionné dans ce dossier.

12. Aux termes de l'article UM 13 du règlement du plan local d'urbanisme de Châtenay-Malabry, relatif aux obligations imposées aux constructeurs en matière de réalisation d'espaces libres, d'aires de jeux et de loisirs et de plantations : " () 13.2 Coefficient d'espaces verts : / Le terrain devra comporter des espaces verts sur au moins 50 % de sa superficie, dont la moitié en pleine terre. Cette superficie s'obtiendra en additionnant les superficies pondérées selon les coefficients définis ci-dessous. / Néanmoins, avenue de la Division Leclerc, rue Jean Longuet et le long de la rue Vincent Fayo comportant une obligation d'implantation, aucun pourcentage d'espaces verts n'est imposé. / () Espaces verts de pleine terre : coefficient 1 / Espaces verts sur dalle d'une profondeur minimum de 0.60 mètre : coefficient 0.80 / Espaces verts sur dalle d'une profondeur inférieure à 0.60 mètre : coefficient 0.20 / Toitures terrasses végétalisées comprenant 15 à 20 cm d'épaisseur de terre végétale : coefficient 0.20 / Toitures terrasses végétalisées : coefficient 0.10 ()". En outre, l'article 4 des dispositions générales de ce règlement dispose : " Les espaces verts sont constitués par des terrains aménagés sur terre végétale ou substrat. La surface de ces terrains doit recevoir des plantations herbacées, arbustives ou arborées. / Espace vert de pleine terre : / Un espace non construit est qualifié de " pleine terre " si : / - son revêtement est perméable ; / - sur une profondeur de 10 m à compter de sa surface, il ne comporte que le passage éventuel de réseaux (électricité, téléphone, internet, eau potable, eaux usées ou pluviales) ; / - il peut recevoir des plantations. / les aires de stationnement et leurs accès sont exclus des surfaces de pleine terre sauf à être traitées de façon à garantir leur complète perméabilité.

13. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet présenté au service instructeur de la commune de Châtenay-Malabry ne comportait qu'une seule mention d'un " evergreen " et de " bandes de pleine terre végétalisées ", sans autre précision permettant au maire d'apprécier la perméabilité du dispositif evergreen projeté. D'autre part, l'obligation, pour l'autorité administrative, de solliciter du pétitionnaire des pièces manquantes avant d'opposer l'incomplétude de sa demande de permis de construire, prévue par l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme, ne vaut que pour les pièces limitativement énumérée par l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme. Ainsi, le service instructeur n'est nullement tenu de solliciter des précisions complémentaires au pétitionnaire avant de refuser de faire droit à sa demande de permis au motif pris de la non-conformité de son projet à cette réglementation. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le permis de construire qu'il sollicitait au motif que les pièces du dossier ne permettaient pas de garantir le respect des dispositions de l'article UM 13 du règlement du plan local d'urbanisme, faute de justifier de la complète perméabilité du dispositif " evergreen " mentionné dans ce dossier, le maire de Châtenay-Malabry a commis une erreur d'appréciation.

14. Il ne résulte pas de l'instruction que le maire de Châtenay Malabry aurait, s'il n'avait retenu que le motif cité au point 13, pris une décision différente à l'égard de M. A.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Châtenay-Malabry, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 août 2020 par lequel le maire a refusé de lui délivrer le permis de construire qu'il sollicitait ni celle de la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le maire a rejeté le recours gracieux qu'il a formé à l'encontre de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les conclusions à fin d'annulation de M. A devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A, la somme demandée par la commune de Châtenay-Malabry sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Châtenay-Malabry sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Châtenay-Malabry.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Louvel, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Assistés de M. Lux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21023162

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