lundi 17 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2102486 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | MULAND DE LIK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 février et 3 mars 2021 et le 24 septembre 2022, Mme D F B, représentée par Me Muland De Lik, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de résident dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé de demande de carte de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente, faute de délégation de signature régulièrement publiée ;
- il méconnaît son droit à être entendue ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Weiswald, rapporteur ;
- les observations de Me Muland De Lik, représentant Mme F B ;
- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D F B, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 23 février 1966, entrée en France le 2 mai 1998, s'est vu délivrer des titres de séjour à compter du 11 décembre 1998 et dont le dernier était une carte de résident valable du 12 janvier 2010 au 11 janvier 2020. Le 29 novembre 2019, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 18 décembre 2020, dont Mme F B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande.
2. En premier lieu, par un arrêté du 17 novembre 2020 publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département le même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme A E, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, à l'effet de signer notamment, les refus de titre de séjour, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration ou de son adjointe, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'ont pas été absents ou empêchés lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige du 18 décembre 2020 manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
4. En l'espèce, à supposer même que Mme F B n'ait pas été destinataire du courrier du 20 octobre 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a invitée à présenter ses observations sur la décision envisagée de retrait de sa carte de résident, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait vainement sollicité un entretien avec les services préfectoraux, lors du dépôt et au cours de l'instruction de sa demande de renouvellement titre de séjour, ni qu'elle aurait été empêchée de faire valoir auprès de l'administration tous les éléments jugés utiles à la compréhension de sa situation personnelle, familiale et professionnelle. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 18 décembre 2020 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour aurait été prise en méconnaissance de son droit à être entendue doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. La décision en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 314-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que, lors de l'instruction de la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme F B, il a été constaté qu'elle avait quitté le territoire français et résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs et qu'étant députée nationale de la République démocratique du Congo pour un mandat allant de 2019 à 2023, elle dispose de sa résidence principale dans son pays d'origine. Ainsi, la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour attaquée, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation personnelle et familiale de Mme F B, comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, elle est suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
7. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, rappelés au point précédent, ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance avant d'édicter la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident est valable dix ans. Sous réserve des dispositions des articles L. 314-5 et L. 314-7, elle est renouvelable de plein droit ". Aux termes de l'article L. 314-7 du même code : " La carte de résident d'un étranger qui a quitté le territoire français et a résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs est périmée, de même que la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " accordée par la France lorsque son titulaire a résidé en dehors du territoire des Etats membres de l'Union européenne pendant une période de plus de trois ans consécutifs. / La période mentionnée ci-dessus peut être prolongée si l'intéressé en a fait la demande soit avant son départ de France, soit pendant son séjour à l'étranger () ". En application de ces dispositions, un certificat de résidence n'est périmé qu'en cas d'absence du territoire français pendant une période de plus de trois années consécutives, qui n'est interrompue par aucun séjour en France ou par des retours qui, étant purement ponctuels, ne permettent pas de regarder l'intéressé comme ayant interrompu son absence du territoire national.
9. Pour refuser le renouvellement de la carte de résident délivrée à Mme F B, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée, qui exerce un mandat de députée nationale de la République démocratique du Congo pour la période 2019 à 2023, a résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs. Si la requérante conteste cette affirmation et verse au dossier des copies de son passeport ainsi que des billets d'avion démontrant qu'elle a séjourné sur le territoire français du 13 au 30 juin 2017, du 18 décembre 2017 au 10 janvier 2018, du 18 au 28 mars 2018, du 15 au 25 juillet 2019 et du 23 au 25 septembre 2019, ces brefs et ponctuels séjours en France, dont l'intéressée ne précise d'ailleurs pas s'ils étaient liés pour partie à son mandat d'élue, ne permettent pas de la regarder comme ayant interrompu son absence du territoire national. Par ailleurs, les quelques relevés de compte qu'elle produit pour la période allant du 6 janvier 2017 au 5 avril 2018 faisant état de mouvements sur un compte bancaire à son nom en France ne suffisent pas à établir sa présence effective sur le territoire au cours des trois années précédant sa demande de renouvellement de titre de séjour. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet du Val-d'Oise a estimé que le titre de séjour de Mme F B, qui n'a pas demandé la prolongation de son titre de séjour et n'invoque aucune raison de force majeure, était périmé et en a refusé le renouvellement. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige serait entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 314-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas fondée à soutenir qu'il serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
11. Mme F B soutient qu'elle réside en France depuis 1998, qu'elle est la mère de trois enfants français et qu'elle finance le logement ainsi que les études de deux d'entre eux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui, ainsi qu'il a été dit au point précédent, exerce des fonctions politiques dans son pays d'origine depuis 2006, ne séjourne que de manière très ponctuelle sur le territoire français et ne démontre pas l'intensité de ses liens avec ses enfants, qui sont d'ailleurs majeurs, alors qu'elle n'établit pas être isolée en République démocratique du Congo, où elle réside la majeure partie de l'année. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision en litige portant refus de renouvellement de titre de séjour ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ensemble des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de l'intéressée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, M. C et M. G, premiers conseillers, assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.
Le rapporteur,
signé
J.-B. G
Le président,
signé
R. FéralLa greffière,
signé
M. H
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour ampliation
Le Greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026