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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2102507

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102507

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2102507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLAZARE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 février 2021, 30 avril 2021, 9 septembre 2021 et 27 octobre 2021, Mme A, représentée par Me Ghaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Viarmes a délivré un permis de construire modificatif enregistré sous le numéro 09565208 E 0023M03 à M. C B, portant sur la modification des façades et de la hauteur d'un bâtiment sis 11 rue Montcel à Viarmes (Val-d'Oise) comportant trois logements, la création d'une verrière en toiture et l'installation d'un portail sur rue ; ensemble la décision du 15 décembre 2020 par laquelle le maire de Viarmes a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Viarmes et de M. C B une somme de 4 000 euros qu'ils devront chacun lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable : d'une part, elle justifie d'un intérêt pour agir à l'encontre de l'arrêté attaqué, au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme en qualité de voisine immédiate du projet ; d'autre part, le panneau d'affichage du permis de construire modificatif contesté dans le cadre de la présente instance n'a été affiché sur le terrain d'assiette du projet qu'en date du 12 septembre 2020 ;

- le projet autorisé par l'arrêté attaqué qui se présente comme un troisième permis modificatif d'un permis de construire initialement délivré le 17 mars 2009, ne constitue pas un permis modificatif et porte sur un nouveau projet ;

- le dossier de demande de permis de construire ayant donné lieu à la délivrance du permis de construire modificatif attaqué n'a pas permis au service instructeur et aux administrations tierces d'apprécier la conformité de ce projet au règlement du plan local d'urbanisme approuvé le 6 septembre 2020 ;

- le projet en litige a été autorisé en méconnaissance de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme qui exige que les constructions nouvelles répondent à un niveau de performances énergétiques supérieur à la norme réglementaire T 2012 ;

- le projet est directement remis en cause par les prescriptions motivées de l'architecte des Bâtiments de France, dans son avis complémentaire du 17 mars 2020 ;

- l'obtention d'une énième autorisation de construire par M. B révèle des manœuvres, déjà censurées par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise et la cour administrative d'appel de Versailles, et l'articulation des prescriptions émises par l'architecte des Bâtiments de France dans ses avis du 9 décembre 2018 et 17 mars 2020 est d'autant moins étonnante qu'il s'agit pour M. B de la recherche désespérée et impossible de travaux irrégulièrement effectués ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles UA 4, UA 5, UA 6, UA 7, UA 8, UA 9, UA 10, UA 11 et UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Viarmes ;

- il méconnaît les prescriptions du cahier des charges du parc naturel régional Oise-Pays de France, s'agissant des prescriptions qui s'appliquent à la " Vallée de l'Oise " et particulièrement au territoire de la commune de Viarmes.

- le non-respect de ces recommandations architecturales caractérise une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juin 2021, 14 octobre 2021 et 15 février 2023 (non communiqué), la commune de Viarmes, représentée par Me Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable : Mme A ne justifie pas d'un intérêt pour agir à l'encontre de l'arrêté attaqué au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 juillet 2021 et 14 octobre 2021, M. C B, représenté par Me Azoulay, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable : d'une part, Mme A ne justifie pas d'un intérêt pour agir à l'encontre de l'arrêté attaqué, d'autre part, son recours gracieux formé à l'encontre de cet arrêté est tardif et elle n'a pas respecté l'obligation de notification de son recours prescrite à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure ,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- et les observations de Me Hauville, substituant Me Ghaye et représentant Mme A, et les observations de Me Guranna, substituant Me Gentilhomme, représentant la commune de Viarmes.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 juin 2020, le maire de la commune de Viarmes a délivré à M. B un permis de construire modificatif portant sur la modification des façades et de la hauteur d'un bâtiment sis 11 rue Montcel à Viarmes, comportant trois logements, la création d'une verrière en toiture et l'installation d'un portail sur rue. Le 15 décembre 2020, le maire de Viarmes a également rejeté le recours gracieux formé par Mme A contre cet arrêté. Mme A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Viarmes et M. B :

2. En premier lieu, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les recours formés par des tiers à l'encontre des arrêtés en date du 17 mars 2009 et 20 mars 2010, par lesquels le maire de Viarmes a respectivement délivré un permis de construire et un permis modificatif, ont été rejetés d'abord par un jugement du 21 octobre 2011 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise puis par une ordonnance du 26 janvier 2012 de la cour administrative d'appel de Versailles. En revanche, l'arrêté du 30 avril 2014 par lequel le maire de Viarmes a délivré à M. B un deuxième permis modificatif a été annulé par jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 6 décembre 2016, confirmé par un arrêté de la cour administrative d'appel de Versailles du 14 mars 2019. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'ensemble des autorisations délivrées antérieurement à M. B ont été annulées.

4. D'autre part, en vertu des dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire () est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de deux ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 " ou si " passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année () " En outre, l'article R. 424-19 de ce code dispose " En cas de recours devant la juridiction administrative contre le permis () ou de recours devant la juridiction civile en application de l'article L. 480-13, le délai de validité prévu à l'article R. 424-17 est suspendu jusqu'au prononcé d'une décision juridictionnelle irrévocable ". Il résulte de ces dispositions qu'il convient de tenir compte des différentes procédures contentieuses engagées contre le permis initial et les permis modificatifs qui ont eu pour effet de suspendre le délai de validité du permis de construire jusqu'à l'intervention des décisions juridictionnelles. Dans ces conditions, ainsi que le fait valoir la commune de Viarmes, la durée de validité du permis de construire obtenu par M. B le 17 mars 2009 n'était pas expirée le 25 juin 2020, date à laquelle le permis de construire modificatif en litige a été délivré. Par suite, Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 424-17.

5. Enfin, le permis modificatif délivré à M. B le 25 juin 2020 par le maire de Viarmes porte sur des modifications de façades et de la hauteur du bâtiment dont la construction avait été autorisée en 2009, la création d'une verrière en toiture et l'installation d'un portail sur rue. Ces modifications n'apportent pas au projet initialement autorisé, un bouleversement tel qu'il en change la nature même et pouvaient ainsi faire l'objet d'un permis modificatif. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le projet tel qu'autorisé le 25 juin 2020 nécessitait le dépôt d'un nouveau permis de construire.

6. En deuxième lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporte pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits sont insuffisants, imprécis ou comportent des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. Mme A reproche, outre une méconnaissance des articles R. 431-8 à R. 431-10 du code de l'urbanisme, le caractère laconique des éléments transmis à l'appui de la demande de permis modificatif, qui n'a pas permis, selon le moyen, au service instructeur d'apprécier la conformité du projet aux règles d'implantation par rapport à la voie et aux limites séparatives (articles UA6 et UA7 du plan local d'urbanisme), à l'emprise au sol et aux espaces libres (article UA 8), aux normes en matière de stationnement (article UA 9 du plan local d'urbanisme) et aux prescriptions obligatoires en matière de performance énergétique et environnementales (articles UA 10 du plan local d'urbanisme).

8. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ni l'implantation, ni l'emprise ne font l'objet de modifications dans le cadre du permis modificatif en litige. Dans ces conditions, Mme A ne peut utilement reprocher le caractère laconique des éléments transmis à l'appui de la demande de permis modificatif en soutenant qu'ils n'ont pas permis au service instructeur d'apprécier la conformité de ce projet à ces articles.

9. Par ailleurs Mme A ne précise pas les omissions ou insuffisances qu'elle entend relever au regard de des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ni même les raisons pour lesquelles elle estime que ces omissions ou insuffisances ont été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur sur la conformité du projet modifié à ces dispositions. Au demeurant, le dossier de demande de permis modificatif comporte, outre le formulaire Cerfa dûment rempli par M. B, un sommaire listant les différentes modifications du projet (PCM 0), une notice descriptive (PCM 4), les plans des toitures (PCM 2), de coupe sur le terrain et le bâti après travaux (PCM 3), des façades (PCM 5-1 et PCM 5-2), des pignons (PCMI 5.1.2), des stationnements garage ainsi qu'un document d'intégration dans le site (PCM 6).

10. Il en résulte que le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de demande de permis modificatif attaqué doit être écarté.

11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier de permis modificatif produites que les prescriptions émises par l'architecte des bâtiments de France dans son avis du 17 mars 2020, notamment s'agissant de l'implantation en toiture d'une verrière permettant le désenfumage de l'escalier, ont été reprises in extenso à l'article 2 de l'arrêté attaqué du 25 juin 2020. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué n'a pas pris en compte les prescriptions émises par l'architecte des bâtiments de France dans son avis précité.

12. En quatrième lieu, Mme A soutient que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des articles UA 4, UA 5, UA 7, UA 8, UA 10, UA 11 et UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Viarmes ainsi qu'en méconnaissance du cahier des charges du parc naturel régional Oise-Pays de France, sans toutefois assortir ces allégations des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

13. En cinquième lieu, aucune des modifications apportées au projet de construction initialement autorisé par l'arrêté attaqué n'a trait aux places de stationnement projetées ou à leur accessibilité. Dans ces conditions, Mme A ne peut utilement soutenir que le projet modifié en litige méconnaît l'article UA 9 du règlement du plan local d'urbanisme de Viarmes.

14. En sixième lieu, l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Viarmes impose une hauteur maximale mesurée à partir du sol naturel jusqu'au point le plus haut du bâtiment de 12 mètres et prévoit également que " A l'alignement, cette hauteur maximum ne pourra toutefois excéder la hauteur du bâtiment mitoyen le plus haut, ni être inférieur à la hauteur du bâtiment mitoyen le plus haut. "

15. En l'espèce, il ressort des plans PCM 2 et PCM 5.2 annexés au dossier de permis modificatif que ce projet modifié prévoit notamment le remplacement d'une toiture à une pente par une toiture à deux pentes, sur la partie du bâtiment qui avance à l'intérieur du jardin et que cette modification a pour effet de modifier la hauteur de cette partie de la construction, le faitage passant de 6,70 mètres (permis initialement délivré en 2009) à 8,20 mètres. Néanmoins, cette modification n'impacte pas l'alignement de la construction ni la hauteur maximale de la partie principale du bâtiment qui est quant à elle toujours fixée à 9,60 mètres et n'a ainsi pas été modifiée par le permis modificatif en litige. Dans ces conditions, Mme A ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article UA 6 précité, au motif que le projet modifié présente une hauteur supérieure à sa propre maison.

16. En dernier lieu, en soutenant que le projet, qui tente de régulariser une construction non conforme, a un caractère fictif et révèle des manœuvres déjà censurées par les juridictions administratives, Mme A doit être regardée comme se prévalant d'un détournement de pouvoir. La circonstance que le deuxième permis modificatif délivré à M. B a été annulé par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise et que cette annulation a été confirmée par la cour administrative d'appel de Versailles n'est pas de nature à établir qu'en délivrant un troisième permis modificatif à M. B, le maire de Viarmes a commis un détournement de pouvoir. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2020 par lequel le maire de Viarmes a délivré un permis modificatif à M. B.

Sur les frais non compris dans les dépens :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mises à la charge de la commune de Viarmes et de M. B, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, les sommes demandées par Mme A sur le fondement de celles-ci. Par suite, les conclusions formulées par Mme A en ce sens doivent être rejetées.

19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A, les sommes demandées par la commune de Viarmes et M. B, sur le fondement de ces mêmes dispositions. Par suite, leurs conclusions en ce sens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la commune de Viarmes et M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme D A, M. C B, et à la commune de Viarmes.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21025072

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