mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2102639 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | KOHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 février 2021 et 7 septembre 2021, M. et Mme F et D E, Monsieur H G, madame K C épouse G, M. L B, madame J A épouse B, la société SENAC Immobilier, représentés Me Lalanne, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Beauchamp a délivré à la SCI Ile-de-France un permis de construire sur un terrain situé à l'angle de la rue Pierre Curie et de l'avenue du Général de Gaulle, ensemble le rejet de leur recours gracieux à l'encontre de cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de la SCI Ile-de-France une somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent, à titre principal, que :
-l'arrêté est insuffisamment motivé dès lors que les textes sur le fondement desquels il a été délivré ne sont pas visés ;
-le permis a été délivré au vu d'un avis du syndicat intercommunal d'assainissement de la région d'Enghien les Bains caduc à la date de sa délivrance, en raison de l'évolution du règlement d'assainissement applicable au territoire de la commune ;
- la demande de permis ne mentionnait pas les surfaces commerciales créées, en méconnaissance de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme ;
- la demande ne comportait pas le dossier d'accessibilité prévu à l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme ;
- le permis méconnait l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur en 2020, du fait de son emprise au sol supérieure à 50 % ;
- il méconnait l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur en 2020, dès lors que la hauteur de la construction A dans sa partie Nord-Ouest excède la hauteur maximale autorisée ;
- il méconnait l'article UA3 et UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur en 2020 dès lors qu'il ne comporte pas 30 % de logements sociaux ;
- il méconnait l'article UA10 du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur en 2020, dès lors que le projet porte atteinte aux lieux avoisinants.
et, à titre subsidiaire, que :
-- le permis méconnait l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur en 2016, dès lors que le projet est implanté à moins de 4 m de l'alignement de la rue Pierre Curie ;
- il méconnait l'article UA 9 du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur en 2016, dès lors que l'emprise au sol des constructions excède le seuil maximal autorisé par cet article ;
- il méconnait l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur en 2016, dès lors que le bâtiment A, implanté sur la limite séparative Nord, ne respecte pas les limites de gabarit fixées par cet article ;
-il méconnait l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur en 2016, dès lors que ses toitures comportent à la fois des toits terrasses et des toits à pente ;
- il méconnait l'article UA12 du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur en 2016, dès lors qu'il ne comporte pas de places de stationnement librement accessibles aux visiteurs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2021, la SCI Ile-de-France, représentée par Me Kohen, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, subsidiairement, à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2021 la commune de Beauchamp, représentée par Me Lherminier, conclut à ce que le tribunal sursoit à statuer dans l'attente de l'arrêté de la cour administrative de Versailles sur l'appel interjeté par la commune à l'encontre du jugement du tribunal ayant annulé le refus qu'elle a opposé à la demande de permis de construire.
Par ordonnance du 11 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'urbanisme ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Baude, rapporteur,
-les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,
-et les observations de Me Lalanne, représentant M. et Mme E, M. et Mme G, M. et Mme B et N et M, représentant la SCI Ile-de-France.
Une note en délibéré présentée par M. et Mme E a été enregistrée le 21 novembre 2023.
Une note en délibéré présentée pour la SCI Ile-de France par Me Kohen a été enregistrée le 30 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme E et autres demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Beauchamp, en exécution d'une injonction prononcée par le tribunal dans un jugement du 4 février 2020 annulant le refus de permis de construire initialement opposé à la SCI Ile de France, lui a délivré un permis de construire sur un terrain situé à l'angle de l'avenue Pierre Curie et de l'avenue du Général de Gaulle, portant sur la réalisation de 58 logements, de 3 surfaces commerciales et d'un parc de stationnement de 100 places, ensemble le rejet de leur recours gracieux à l'encontre de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant des moyens portant sur la légalité externe et des moyens portant sur la complétude de la demande de permis de construire :
2. En premier lieu une omission ou une erreur dans les visas d'un acte administratif n'est pas de nature à en affecter la légalité. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'illégalité en ce qu'il ne mentionne pas le règlement du plan local d'urbanisme applicable et les avis exprimés sur le projet.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur".
4. Les requérants font valoir que le maire de la commune a recueilli le 7 décembre 2017, l'avis du syndicat intercommunal d'assainissement de la région d'Enghien les Bains sur le projet, soit à une date antérieure à la modification du règlement du service d'assainissement de 2018. Ils n'indiquent toutefois pas en quoi les modifications intervenues dans ce règlement auraient été de nature à influer le sens de cet avis. Dès lors il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () f) La surface de plancher des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () ".
6. La circonstance que la demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
7. Il ressort des pièces du dossier que les surfaces des locaux ayant une destination commerciale pouvaient être déterminées par le service instructeur à l'examen du plan du rez-de-chaussée, contrairement à ce que font valoir les requérants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " I les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 du même code ".
9. La demande de permis de construire comportait le formulaire CERFA spécifique au dossier d'accessibilité dans les établissements recevant de public et une notice d'accessibilité. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ces documents étaient manquants. Le moyen tiré d'une telle omission manque en fait et doit être écarté.
S'agissant des autres moyens :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire ".
11. Ces dispositions autorisent le maire, lorsque la décision juridictionnelle ayant annulé son refus de délivrer un permis de construire n'est pas définitive et que la demande a été confirmée par le pétitionnaire, à opposer à cette demande des dispositions d'urbanisme postérieures à la date de ce refus. En revanche, lorsqu'il délivre, en exécution de cette décision juridictionnelle, le permis de construire initialement refusé, ce permis est réputé intervenir sur le fondement des dispositions en vigueur à la date de la décision annulée.
12. L'arrêté du 28 juillet 2020 a été pris en application du jugement du tribunal n°1806809 du 4 février 2020 ayant annulé la décision par laquelle le maire de la commune de Beauchamp a refusé le 19 février 2018 un permis de construire à la SCI Ile-de-France et ordonné au maire de lui délivrer ce permis. L'arrêté du 28 juillet 2020 procèdant à la délivrance du permis demandé, sa conformité doit être appréciée au regard des dispositions en vigueur à la date à laquelle est intervenue la décision de refus du permis initial, quand bien même le jugement du 4 février 2020 n'était pas encore définitif. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que la conformité du permis modificatif doit être appréciée au regard des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme adopté le 6 février 2020. Par suite il y a lieu d'écarter comme inopérants les moyens tirés de la non-conformité du permis querellé avec les dispositions de ce règlement.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article UA. 11 du règlement : " Toitures. A l'exception des vérandas, des toitures -terrasses, et des annexes dont la surface de plancher est inférieure à 20 m2, la pente des toitures des habitations doit être comprise entre 30° et 45° sur l'horizontale. Les toitures -terrasses, hors terrasses d'agrément privatives, sont autorisées à condition de ne pas excéder 40 % de la surface totale de la couverture, par unité de volume. A l'exception des vérandas et des annexes dont la surface de plancher est inférieure à 20 m2, les toitures à pente seront composées d'un ou plusieurs éléments présentant deux à quatre versants. Les toitures " à la Mansart " sont interdites ".
14. Le projet prévoit que la couverture des deux bâtiments est composée de pans inclinés vers les façades joignant, dans la partie sommitale du bâtiment, une toiture terrasse. Un tel parti architectural n'est pas constitutif d'une toiture à la Mansart. Les dispositions précitées ne font pas obligation aux constructeurs d'opter pour un type de toiture déterminée et n'interdisent nullement la combinaison de pans inclinés et d'une toiture terrasse, dès lors que sont respectés comme en l'espèce, les angles de pente prescrits par le règlement et que la surface des éléments constitutifs d'une toiture-terrasse n'excède pas 40 % de la couverture de chaque bâtiment. Il ressort des pièces du dossier que les toitures du bâtiment sont conformes à ces dispositions. Par suite les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le parti architectural du projet méconnaîtrait les dispositions précitées.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article UA3 du règlement : " Accès et voirie I - Accès. Pour être constructible, un terrain doit avoir un accès direct à une voie (). Les accès doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile. Ils doivent également être adaptés à l'opération future et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique et à garantir un bon état de viabilité. La largeur des accès ne pourra pas être inférieure à 3,50 m. I le terrain est riverain de deux ou plusieurs voies publiques, l'accès sur celles de ces voies qui présenteraient une gêne ou risque pour la circulation peut être interdit. II - Voirie. Les constructions et installations doivent être desservies par des voies dont les caractéristiques correspondent à leur destination et à leur importance. Les voies doivent avoir des caractéristiques adaptées à l'approche du matériel de lutte contre l'incendie. Les dimensions, formes et caractéristiques techniques des voies nouvelles doivent être adaptées aux usages qu'elles supportent ou aux opérations qu'elles doivent desservi ".
16. Le projet comporte un seul accès automobile pour 100 places et 58 logements situé avenue Pierre Curie. Cet accès est direct sur cette voie. Les requérants font valoir que cette situation va engendrer du stationnement d'attente en pleine voie, que l'accès ne présente pas de visibilité pour les véhicules sortants du fait des murets qui soutiennent la rampe, que l'avenue Curie est située à proximité d'un axe de forte circulation, et que la capacité de circulation de cette voie n'est pas adaptée à un projet de 58 logements. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'unique accès au sous-sol du bâtiment est éloigné de l'intersection de l'avenue Pierre Curie et de l'avenue du Général de Gaulle, que l'avenue Pierre Curie présente une largeur de six mètres, qu'elle est en sens unique entre les avenues du Général de Gaulle et Pierre Sémard, qu'elle dessert un îlot pavillonnaire peu dense et que l'ordonnancement des voies au niveau de la place du Marché impose aux véhicules de réduire leur vitesse avant de s'engager dans l'avenue Pierre Curie. La localisation de l'accès, au regard du nombre des véhicules qui vont l'emprunter satisfait ainsi aux exigences de la sécurité et ne représente pas une gêne excessive pour la circulation publique. Dès lors il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées.
17. En quatrième lieu, aux termes de l'article UA4.2 du règlement : " Eaux pluviales : Les eaux pluviales doivent être gérées sur le terrain d'assiette de l'opération. Les dispositifs doivent être adaptés à l'opération et au terrain, et conformes à la réglementation en vigueur. En cas d'impossibilité d'infiltration à la parcelle, les eaux de pluie seront évacuées à un débit maximum conforme au règlement d'assainissement en vigueur ".
18. Le projet comporte un bassin de rétention des eaux pluviales en sous-sol qui constitue un dispositif de gestion des eaux pluviales dès lors qu'il permet d'en réguler le débit vers le réseau public, lequel est expressément autorisé par le règlement du plan local d'urbanisme à condition de ne pas excéder la capacité d'absorption fixée par le règlement d'assainissement, comme en l'espèce. En outre le projet comporte des espaces verts et des toitures végétalisées permettant de retenir et d'absorber par infiltration et évaporation une partie des eaux pluviales, et qui contribuent ainsi à la gestion des eaux pluviales sur le terrain d'assiette. Il s'ensuit que le projet est conforme aux termes de l'article UA 4.2. Dès lors il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées.
19. En cinquième lieu, aux termes de l'article 12 du règlement relatif au stationnement des constructions à usage d'habitation : " () Pour les opérations groupant au moins 10 logements, des places de stationnement supplémentaires représentant un minimum de 10 % du nombre total de places exigible sur le terrain devront être destinées aux visiteurs ".
20. Le projet comporte 100 places de stationnement et satisfait ainsi aux obligations quantitatives imposées par cet article pour les besoins des résidents, soit 77 places, y compris en matière de places visiteurs, puisqu'il comporte 8 places qui leur sont dédiées. Ces places sont toutes situées en sous-sol dont l'accès est commandé par un portail. Il ne résulte pas des dispositions précitées que les places visiteurs doivent être librement accessibles depuis la voie publique, sans préavis, pour des visiteurs non annoncés ou inconnus des résidents. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions précitées auraient été méconnues.
21. En sixième lieu, aux termes de l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Beauchamp applicable à la date du 19 février 2018 : " Dans le secteur UAb : Les constructions doivent être implantées avec un retrait d'au moins 4 m par rapport à l'alignement. La disposition ci-dessus ne s'applique pas aux extensions, réfections ou adaptations des constructions existantes dans la mesure où l'extension projetée n'a pas pour conséquence de réduire le recul initial. Ces dispositions ne s'appliquent pas pour les équipements publics ou d'intérêt collectif (constructions, ouvrages, installations) si des contraintes techniques ou fonctionnelles le justifient. Et aux termes des " dispositions applicables à la zone UA " du règlement : De plus, la zone UA comprend : - un secteur UAa, correspondant à un îlot situé entre la place du Marché et le pôle de la gare (îlot bordé par la Chaussée Jules César, l'avenue de la Gare et l'avenue Clemenceau) ; le secteur UAa a vocation à être densifié ; - un secteur UAb, correspondant à des espaces bordant le cœur de ville, et accueillant notamment l'hôtel de ville et la bibliothèque municipale ; le secteur UAb présente les mêmes droits à construire que le reste de la zone UA, mais n'a pas vocation à accueillir de constructions implantées à l'alignement ".
22. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit l'édification d'un muret perpendiculaire à l'alignement à moins de 4 mètres de l'avenue Pierre Curie. Ce muret est indissociable du bâtiment A et de la rampe d'accès au parc de stationnement situé en sous-sol de ce bâtiment. Il constitue ainsi une construction au sens des dispositions précitées, dont le champ d'application n'est pas cantonné aux seuls bâtiments. Le projet, qui comporte une construction implantée à moins de 4 mètres de l'alignement, n'est pas conforme à l'article UA6 du règlement. Dès lors les requérants sont fondés à soutenir que les dispositions précitées ont été méconnues et il y a lieu d'accueillir le moyen formulé en ce sens.
23. En septième lieu, aux termes de l'article UA7 du règlement : Dans le secteur UAb : Les constructions édifiées en limite séparative sont autorisées. Les constructions non contiguës aux limites séparatives doivent être implantées avec une marge minimale de 4 m. La disposition ci-dessus ne s'applique pas en cas d'adaptation, de réfection ou d'extension de constructions existantes dans la mesure où l'extension projetée n'a pas pour conséquence de réduire le recul initial. Les constructions doivent être édifiées de telle manière que leur gabarit s'inscrive en deçà d'une oblique inclinée à 45° au-dessus du plan horizontal, comptée à partir du sol naturel au pied des constructions existantes voisines ".
24. Il ressort des pièces du dossier que le mur pignon Nord du bâtiment A, situé en limite séparative, jouxte sur une quarantaine de centimètres une construction existante à usage de garage située également en limite séparative sur le fonds voisin et que la hauteur de ce mur pignon excède celle de cette construction. Il résulte de cette configuration que le gabarit du bâtiment A s'inscrit au-delà d'une oblique inclinée à 45° au-dessus du plan horizontal comptée à partir du sol naturel au pied de la construction existante voisine, en méconnaissance des dispositions de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite l'implantation du bâtiment A n'est pas conforme à l'article UA7 du règlement et il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées.
25. En huitième lieu, aux termes de l'article R. 420-1 du code de l'urbanisme : " L'emprise au sol au sens du présent livre est la projection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus. / Toutefois, les ornements tels que les éléments de modénature et les marquises sont exclus, ainsi que les débords de toiture lorsqu'ils ne sont pas soutenus par des poteaux ou des encorbellements ". Aux termes de l'article UA 9 du règlement du plan local d'urbanisme : " emprise au sol : Dans le secteur UA a : Non réglementé. Dans le secteur UAb et dans le reste de la zone UA : L'emprise au sol de l'ensemble des constructions ne doit pas dépasser 70 % de la surface totale du terrain ". Par ailleurs, aux termes des dispositions générales de la zone UA : " Le secteur UA b présente les mêmes droits à construire que le reste de la zone UA, mais n'a pas vocation à accueillir de constructions implantées à l'alignement ".
26. Les dispositions précitées du règlement identifient au sein de la zone UA un secteur UAb ne constituant pas une zone distincte du plan local d'urbanisme, secteur ayant pour seul objet de déroger aux règles d'implantation des constructions en vigueur dans la zone et soumis à la même norme d'emprise au sol que l'ensemble de la zone à laquelle il appartient. Le projet est implanté dans la zone UA et en partie seulement dans le secteur UAb de celle-ci. Sa conformité à l'article UA9 s'apprécie par conséquent à l'échelle de l'intégralité du terrain d'assiette du projet, sans distinguer entre sa fraction située dans le secteur UA b et sa fraction située dans le reste de la zone UA, contrairement à ce que font valoir les requérants. Ces dispositions impliquent en outre, dès lors que le règlement ne définit pas la notion d'emprise au sol, d'exclure du calcul de cette emprise les ouvrages et aménagements, enterrés ou non, qui ne dépassent pas le niveau du sol.
27. Il ressort des pièces du dossier que le projet développe une emprise au sol de 1093,9 m², soit 69,2 % de la surface du terrain, dans laquelle le constructeur n'a pas intégré la surface de l'emplacement des bornes d'apport volontaire et celle de la rampe d'accès situés au nord-ouest et à l'ouest du terrain d'assiette du projet le long de l'avenue Pierre Curie. Ces aménagements ne dépassant pas du niveau du sol, ils n'avaient pas à être inclus dans le calcul de l'emprise au sol, contrairement à ce que soutiennent les requérants. Dès lors que l'emprise au sol des constructions est conforme à l'article UA9, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées.
28. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté attaqué.
Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
29. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".
30. Les vices relevés aux points 22 et 24 sont susceptibles d'être régularisés sans que cela implique d'apporter au projet en cause un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Il y a lieu, dans ces conditions, d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2020 en tant seulement que cette décision méconnait les dispositions de l'article UA6 et UA7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Beauchamp.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas dans la présente instance, la partie perdante, les sommes que la SCI Ile-de-France demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Beauchamp une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCI Ile de France les sommes que les requérants lui demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er :L'arrêté du 28 juillet 2020 du maire de la commune de Beauchamp accordant un permis de construire à la SCI Ile de France est annulé en tant seulement qu'il méconnait les articles UA6 et UA7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Beauchamp.
Article 2 : La commune de Beauchamp versera, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros aux époux E et autres.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la SCI Ile de France présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme F et D E, à la commune de Beauchamp et à la SCI Ile de France.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Chaufaux, première conseillère.
Lu en audience publique le 5 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
F. -E. Baude
La présidente,
signé
S. Edert La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026