jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2102651 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CHABANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 février et 3 décembre 2021, et les 5 août et 15 octobre 2022, M. A F, représenté, à compter du mémoire enregistré le 5 août 2022, par Me Chabane, avocate, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2021, par lequel le préfet de police a déclaré caduc son droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a procédé à la rétention de sa carte d'identité ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui restituer ses documents d'identité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la date de notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. F soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'incompétence ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la rétention de sa carte d'identité est dépourvue de toute base légale.
Par des mémoires en défense enregistrés les 4 mai et 24 décembre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Le préfet de police fait valoir que les moyens invoqués par M. F ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées le 24 novembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de restitution de la carte d'identité faute de toute décision en ce sens.
Par une décision en date du 14 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. F le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, conseiller ;
- et les conclusions de M. Barraud, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant roumain, est entré sur le territoire français en 2001, selon ses déclarations. Par un arrêté du 6 février 2021 notifié le même jour, le préfet de police a déclaré son droit au séjour caduc, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. F demande l'annulation de cet arrêté et de la décision de retenir sa carte d'identité.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 6 février 2021 :
2. Eu égard au caractère réglementaire des actes de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de tels actes alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, l'arrêté attaqué a été signé par M. G C, adjoint au chef de section des reconduites à la frontière de la préfecture de police, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet de police n°2020-01102 du 28 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de cette préfecture le même jour, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, directeur de la police générale de la préfecture de police, de M. de Manheulle, sous-directeur de l'administration des étrangers de la préfecture de police, de M. E, adjoint au sous-directeur de l'administration des étrangers de cette préfecture, et de Mme B, cheffe du 8ème bureau de cette sous-direction, tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces autorités n'étaient pas absentes ou empêchées lorsque l'acte attaqué a été signé. Par suite, quand bien même cet arrêté n'est pas visé par la décision attaquée, le moyen tiré du défaut de compétence de son signataire doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivée.
4. Aux termes de l'article L. 511-3-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger un ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, ou un membre de sa famille à quitter le territoire français lorsqu'elle constate : / 1° Qu'il ne justifie plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 121-1, L. 121-3 ou L. 121-4-1 () ".
5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : / 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° S'il est inscrit dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantit disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 5° afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale () ". D'une part, il résulte de ces dispositions qu'un ressortissant de l'Union européenne peut bénéficier d'un droit au séjour en France s'il exerce une activité professionnelle ou dispose, pour lui et les membres de sa famille, de ressources suffisantes, ces conditions relatives à l'activité professionnelle et aux ressources étant alternatives et non cumulatives. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la notion de travailleur, au sens des dispositions précitées du droit de l'Union européenne, doit être interprétée comme s'étendant à toute personne qui exerce des activités réelles et effectives, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.
6. Pour déclarer caduc le droit au séjour de M. F, le préfet de police a estimé que l'intéressé qui était entré en France depuis plus de trois mois représentait une charge déraisonnable pour l'État français dès lors qu'il ne pouvait justifier de ressources et d'une assurance maladie personnelle et qu'il ne remplissait aucune autre des conditions fixées à l'article L. 121-1 du code précité. Si le requérant soutient avoir en permanence exercé une activité professionnelle, depuis qu'il est sur le territoire français, les bulletins de paie et contrats de travail qu'il produit à l'appui de ses allégations sont postérieurs à la décision en litige et donc sans incidence sur légalité de cette décision, et les bulletins de paie relatifs, au demeurant, à son activité lorsqu'il était en détention, ne permettent d'établir que des activités ponctuelles, antérieures à septembre 2018, et pour des rémunérations minimes. En outre, il ressort de l'attestation des périodes d'inscription à Pôle emploi, que M. F était dépourvu d'emploi, à tout le moins, du 6 mars 2017 au 8 décembre 2020. Par ailleurs, cette attestation ne permet pas d'établir que l'intéressé disposait de ressources financières suffisantes. Dans ces circonstances, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. M. F, qui est né en Roumanie le 21 février 1957, fait valoir qu'il est présent sur le territoire français depuis 2001. Toutefois, les pièces versées au dossier, à savoir des bulletins de paie, contrats de travail, attestation de pôle emploi et attestations d'hébergement sont seulement de nature à justifier de sa présence continue sur le territoire français depuis 2020. Par ailleurs, il n'est pas contesté que M. F est le père de deux enfants résidant dans son pays d'origine. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de onze signalements, notamment pour des faits de cambriolage. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait, en prononçant la caducité de son droit au séjour et en assortissant cette décision d'une obligation de quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive au regard des buts poursuivis par ces décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. F tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 février 2021 doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant rétention de la carte d'identité :
10. Aux termes de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu. ".
11. Ces dispositions ont pour objet de garantir que l'étranger en situation irrégulière sera en possession du document permettant d'assurer son départ effectif du territoire national. Cet objectif implique que l'administration puisse retenir un ou, au besoin, plusieurs documents dont l'étranger est en possession dès lors qu'ils permettent d'établir son identité exacte et ainsi d'assurer ou de faciliter sa reconnaissance par les autorités de son pays d'origine. Il s'ensuit que le préfet peut ordonner la remise du passeport et de tout autre document d'identité ou de voyage d'une personne de nationalité étrangère en situation irrégulière. Par suite, à supposer que le préfet de police ait effectivement décidé de la rétention de la carte d'identité de M. F, celui-ci n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que cette décision serait dépourvue de base légale.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. F tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a ordonné la rétention de sa carte d'identité doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. F ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions susmentionnées font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par M. F, doivent, par suite, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026