Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102700
mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2102700 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | GAIA |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 février 2021 et un mémoire enregistré le 19 mai 2022, l'association Collectif pour le respect du quartier Etienne Dolet, représentée par Me Jean-Marie Pouilhe, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président de l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris a rejeté sa demande tendant à ce que soit convoqué l'organe délibérant compétent en matière d'aménagement aux fins d'abroger la délibération du 20 juin 2012 du conseil municipal de Malakoff portant création de la zone d'aménagement concerté (ZAC) " Dolet-Brossolette " ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler cette décision implicite en tant qu'elle refuse de convoquer l'organe délibérant compétent en matière d'aménagement aux fins d'abroger celles des dispositions de la délibération du 20 juin 2012 mentionnée ci-dessus, qui portent création du secteur " Dolet Nord " de la ZAC " Dolet-Brossolette " ;
3°) d'enjoindre à l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris d'abroger la délibération du 20 juin 2012 portant création de la ZAC " Dolet-Brossolette " dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris d'abroger la délibération du 20 juin 2012 mentionnée ci-dessus en tant qu'elle porte création du secteur " Dolet Nord " de la ZAC " Dolet-Brossolette ", dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou d'élaborer une nouvelle étude d'impact et de la soumettre à l'avis de l'autorité environnementale dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt pour agir ;
- son président est habilité à la représenter dans l'instance ;
- la décision attaquée n'est pas l'acte portant création de la ZAC " Dolet-Brossolette ", mais la décision refusant de l'abroger ;
- la requête n'est pas tardive ;
- la ZAC a été modifiée sans respecter les procédures prévues à cet effet par le code de l'urbanisme ;
- la ZAC a été modifiée sans mettre en cohérence l'étude d'impact dans les conditions prévues par le code de l'environnement.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2021, l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris, représenté par Me Jean-Louis Peru, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'association Collectif pour le respect du quartier Etienne Dolet de la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'association n'a pas intérêt pour agir ;
- son président n'a pas été habilité à la représenter dans l'instance ;
- l'association n'a pas produit la décision attaquée ;
- la requête est tardive ;
- les moyens de procédure ne sont pas invocables ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Stéphane Eustache, premier conseiller,
- les conclusions de M. Arnaud Boriès, rapporteur public,
- et les observations de Me Pasquio, substituant Me Peru, représentant l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 20 juin 2012, le conseil municipal de Malakoff a créé la zone d'aménagement concerté (ZAC) " Dolet-Brossolette ", comportant les sites " Valette-Brossolette ", " Dumont-Valette " et " Dolet-Brossolette ", ce dernier site comprenant un secteur dénommé " Dolet-Nord ". Par un courrier du 22 octobre 2020, l'association Collectif pour le respect du quartier Etienne Dolet a demandé à la maire de Malakoff de convoquer le conseil municipal en vue d'abroger cette délibération. Le Collectif pour le respect du quartier Etienne Dolet demande l'annulation de la décision implicite rejetant leur demande.
Sur l'objet du litige :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 100-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Au sens du présent code et sauf disposition contraire de celui-ci, on entend par : / 1° Administration : () les collectivités territoriales, leurs établissements publics administratifs () ". Aux termes de l'article L. 114-2 du même code : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ". Aux termes de l'article L. 114-3 du même code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie () ".
3. Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / 1° Lorsque la demande ne tend pas à l'adoption d'une décision présentant le caractère d'une décision individuelle () ". Aux termes de l'article L. 243-2 du même code : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. / L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'urbanisme : " Le périmètre et le programme de la zone d'aménagement concerté sont approuvés par délibération du conseil municipal ou de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale ou dans les conditions prévues par décret en Conseil d'État, en application de l'article L. 151-7-2. / () / La décision qui approuve le périmètre et le programme de la zone peut également approuver l'aménagement et l'équipement de celle-ci. / Une même zone d'aménagement concerté peut être créée sur plusieurs emplacements territorialement distincts ". En vertu de l'article L. 5219-5 du code général des collectivités territoriale, " L'établissement public territorial, en lieu et place de ses communes membres, exerce de plein droit les compétences en matière de : / 1° Politique de la ville : / () / 2° () aménagement () ".
5. Enfin, aux termes de l'article L. 5219-2 du code général des collectivités territoriales : " Dans le périmètre de la métropole du Grand Paris, sont créés, au 1er janvier 2016, des établissements publics de coopération intercommunale dénommés " établissements publics territoriaux ". Sous réserve du présent chapitre, ces établissements publics sont soumis aux dispositions applicables aux syndicats de communes () ". Aux termes de l'article L. 5211-1 du même code : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. / Pour l'application des dispositions des articles L. 2121-8, L. 2121-9 (), ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 1 000 habitants et plus () ". Aux termes de l'article L. 2121-9 du même code : " Le maire peut réunir le conseil municipal chaque fois qu'il le juge utile () ".
6. En vertu des dispositions précitées, si le président d'un établissement public territorial n'est pas compétent pour abroger lui-même l'acte créant une zone d'aménagement concerté, qui ne peut être abrogé que par l'organe délibérant compétent en la matière, il est en revanche tenu, si cet acte est illégal, de convoquer cet organe aux fins de procéder à cette abrogation.
7. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 22 octobre 2020, l'association requérante a demandé à la maire de Malakoff de convoquer le conseil municipal de cette commune aux fins d'abroger la délibération du 20 juin 2012 par laquelle ce conseil avait approuvé la création de la ZAC " Dolet-Brossolette ". Par un courrier du 13 novembre 2020, la maire de Malakoff a transmis cette demande, en application de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, au président de l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris, qui est compétent de matière d'aménagement et qui a accusé réception de sa saisine par un courrier du 17 décembre 2020.
8. Le silence gardé pendant plus de deux mois à compter de la date de saisine de la maire de Malakoff a fait naître une décision implicite de rejet en application de l'article L. 114-3 et du 1° de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration. La requérante demande l'annulation de cette décision.
Sur la légalité de la décision attaquée :
9. La requérante fait valoir que, par un arrêté du 12 juin 2019, modifié le 28 février 2020, la maire de Malakoff a autorisé la construction d'un immeuble d'habitation sur les parcelles cadastrées M 65 et M 69 dans cette commune, comportant 70 logements d'une surface de plancher totale de 4 626 m² ainsi qu'un parc de stationnement souterrain.
10. En premier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir, pour soutenir que la délibération du 20 juin 2012 est devenue illégale, de l'illégalité des arrêtés des 12 juin 2019 et du 28 février 2020 mentionnés ci-dessus, notamment au regard des règles de prospect établies par le règlement du plan local d'urbanisme.
11. A cet égard, contrairement à ce que soutient la requérante, les arrêtés des 12 juin 2019 et du 28 février 2020 mentionnés ci-dessus n'ont ni pour objet ni pour effet de modifier la délibération du 20 juin 2012 portant création de la ZAC " Dolet-Brossolette ". La seule circonstance que ce projet de construction sera en partie édifié sur la parcelle cadastrée M 65, qui n'appartient pas à la ZAC, et qu'il a pour objet de supprimer 43 des 123 places de stationnement de la résidence édifiée sur cette parcelle, n'a pas pour effet de modifier le périmètre initial de la ZAC.
12. En deuxième lieu, la requérante, qui a présenté une demande tendant à abroger, et non à modifier, la délibération du 20 juin 2012 portant création de la ZAC " Dolet-Brossolette " ne peut pas utilement soutenir que le président de l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris aurait refusé de convoquer l'organe délibérant de cet établissement aux fins d'une telle modification. La requérante ne peut ainsi utilement invoquer dans l'instance ni la méconnaissance de l'article R. 311-7 du code de l'urbanisme prévoyant que le dossier de réalisation doit compléter en tant que de besoin l'étude d'impact conformément au III de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement, ni la méconnaissance du deuxième alinéa de l'article R. 311-12 du code de l'urbanisme prévoyant que la modification d'une ZAC est prononcée dans les formes prescrites pour la création de la zone.
13. En troisième lieu, l'association Collectif pour le respect du quartier Etienne Dolet soutient que la réalisation du projet immobilier mentionné ci-dessus constitue une circonstance nouvelle justifiant, en application de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration, l'abrogation de la délibération du 20 juin 2012, aux motifs que ce projet prendra place en partie sur une parcelle cadastrée M 65, n'appartenant pas à la ZAC.
14. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet immobilier ne prévoit de créer que 427 m² de surface de plancher sur une partie réduite de la parcelle cadastrée M 65, alors que, d'une part, ce projet prévoit de créer 4 199 m² de surface de plancher sur la parcelle contiguë cadastrée M 69, qui est incluse dans le périmètre de la ZAC, et que, d'autre part, le site " Dolet-Brossolette " de la ZAC doit accueillir au total 10 000 m² de logement. En outre, le projet immobilier ne prévoit pas de modifier la surface habitable de la résidence Malakoff Habitat édifiée sur la parcelle cadastrée M 65, mais seulement de supprimer 43 des 123 places de stationnement aériennes de cette résidence et de lui affecter 27 des places de stationnement du parc souterrain créé sous le nouveau bâtiment édifié sur la parcelle cadastrée M 69.
15. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le périmètre initial de la ZAC serait devenu illégal, en n'incluant pas, en tout ou partie, la parcelle cadastrée M 65. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas fondée à soutenir que ce projet immobilier aurait pour effet d'augmenter le nombre de logements aidés dans la ZAC. Enfin, si la requérante soutient que le projet de construction aura pour effet de renchérir le coût de l'aménagement de la ZAC, elle ne produit pas d'élément précis et circonstancié à l'appui de ses allégations.
16. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions de la requête tendant à l'annulation, en tout ou partie, de la décision implicite par laquelle le président de l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris a refusé de convoquer l'organe délibérant de cet établissement aux fins d'abroger la délibération du 20 juin 2012 portant création de la ZAC " Dolet-Brossolette " doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
18. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la requérante le versement d'une somme de 2 000 euros à l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de l'association Collectif pour le respect du quartier Etienne Dolet est rejetée.
Article 2 : L'association Collectif pour le respect du quartier Etienne Dolet versera une somme de 2 000 euros à l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Collectif pour le respect du quartier Etienne Dolet et à l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris.
Copie en sera transmise pour information au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience publique du 12 juin 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Thomas Bertoncini, président de chambre,
- Mme Zohra Saïh, première conseillère,
- M. Stéphane Eustache, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
S. Eustache
Le président de la 8ème chambre,
signé
T. Bertoncini
La greffière,
signé
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,