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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2102736

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102736

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2102736
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSAINT-GEORGES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2021, la société ISOCLEAN, représentée par Me Gruwez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 23 décembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office française de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 17 novembre 2020 par laquelle il lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 7 240 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros et la décharge des sommes correspondantes ;

2°) d'annuler les titres de perception émis en vue du recouvrement de ces sommes ;

A titre subsidiaire :

3°) de prononcer la minoration du montant de la contribution spéciale à la somme de 3 620 euros ;

4°) d'annuler partiellement la décision 23 décembre 2020 en tant qu'elle met à sa charge la contribution forfaitaire relative aux frais de réacheminement ainsi que le titre de perception émis en vue de son recouvrement ;

En tout état de cause :

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la sanction n'est pas fondée dès lors qu'elle est de bonne foi puisqu'elle a procédé à toutes les formalités administratives et que la pièce d'identité de M. A B ne présentait pas les caractéristiques d'un faux document à première vue ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la société ISOCLEAN doit bénéficier de la réduction prévue à l'article R. 8253-2 du code du travail sit au taux de 1 000 fois le taux horaire minimum garanti ;

- l'OFII a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, dès lors que la contribution forfaitaire relative aux frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constitue pas une sanction automatique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, la direction départementale des finances publiques de l'Essonne conclut à sa mise hors de cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquelin, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique ;

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 novembre 2019, les services de la police nationale ont interpellé lors d'un contrôle d'identité, un individu en situation irrégulière sur le territoire français déclarant travailler pour la société ISOCLEAN. A la suite de l'audition de la présidente de cette société, les services de police ont relevé que la SAS ISOCLEAN, situé à Boulogne Billancourt (92) ayant pour objet une activité de nettoyage de vitre, employait un ressortissant étranger dépourvu de titre l'autorisant à travailler et à séjourner en France. Par une décision du 17 novembre 2020, le directeur général de l'OFII a appliqué à la société, la contribution spéciale pour un montant de 7 240 euros, et la contribution forfaitaire pour un montant de 2 124 euros. Le 7 décembre 2020, la société a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, rejeté par décision du 23 décembre 2020. Deux titres de perception ont été émis le 27 novembre 2020 aux fins de recouvrer lesdites sommes. Par sa requête, la société requérante demande l'annulation de cette décision ainsi que celle des deux titres de perception et la décharge des sommes correspondantes.

Sur l'étendue du litige :

2. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il suit de là que les conclusions de la société ISOCLEAN dirigées contre la seule décision du 23 décembre 2020 par laquelle le directeur général de l'OFII a statué sur son recours gracieux doivent être regardées comme étant également dirigées contre la décision initiale du 17 novembre 2020 mettant à sa charge les contributions en litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge des décisions en litige :

En ce qui concerne le bien-fondé de la sanction :

4. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code, dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces articles, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, et sauf à ce que le salarié ait justifié avoir la nationalité française, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et que, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un État pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

7. La société fait valoir qu'elle est de bonne foi, dès lors, d'une part, que M. A B lui a présenté une photocopie de sa carte nationale d'identité italienne, dont elle n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité après avoir effectué toutes les diligences requises à son niveau, et d'autre part, que ni l'URSSAF, ni la caisse primaire d'assurance maladie, n'avaient détecté qu'il s'agissait d'une fausse carte d'identité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que " Monsieur C A B s'est présenté auprès de la société ISOCLEAN comme un ressortissant italien. Il leur a remis une photocopie de sa carte d'identité " et que les lettres " ITA " apparaissent en style manuscrit de manière visible, sur la copie de la pièce d'identité du salarié versée au dossier par le requérant. Dans ces conditions, en se contentant de la seule photocopie de la carte nationale d'identité mentionnée, sans exiger la présentation de son original, alors qu'il appartenait à l'employeur de procéder à la vérification de ces pièces par comparaison avec le document original, et par ailleurs, en omettant de porter une attention à la nationalité du salarié, comme le déclare la gérante de la société lors de son audition par les services de police, la société n'a pas pris les précautions qui lui auraient permis de vérifier si ces documents étaient usurpés ou falsifiés. La circonstance que ni l'URSSAF, ni la caisse primaire d'assurance maladie n'avaient détecté que la carte d'identité du salarié était fausse, ne saurait en aucun cas être de nature à dispenser la société requérante de ses obligations. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la minoration de la contribution spéciale :

8. Aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I. - Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II. - Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. - Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ".

9. Si la société requérante fait valoir qu'elle aurait dû bénéficier d'une minoration correspondant à 1 000 fois le taux horaire, puisque M. A B a été licencié conformément à la réglementation en vigueur, en percevant l'ensemble des salaires et des indemnités qui lui étaient dues, et que le procès-verbal d'infraction ne mentionnait que l'emploi d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, la société requérante n'apporte aucun élément permettant de démontrer qu'elle s'est acquittée des salaires et des indemnités mentionnées au 2° de l'article précité afin de mettre en œuvre le III du même article. Dès lors, les conclusions présentées par la société ISOCLEAN aux fins de minoration du montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail par application de 1 000 fois le taux horaire minimum garanti ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne l'application de la contribution forfaitaire :

10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement, les dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en tant qu'il régit les conditions dans lesquelles la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement est susceptible d'être prononcée, n'a pas pour effet d'instituer une sanction de caractère automatique.

11. En l'espèce, comme énoncé au point 7 du présent jugement, la société n'a pas pris les précautions qui lui auraient permis de vérifier si les documents litigieux étaient usurpés ou falsifiés. Dans ces circonstances, le directeur général de l'OFII n'a pas commis d'erreur d'appréciation, en appliquant la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement qui n'est pas automatique. Dès lors, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 17 novembre 2020 et du 23 décembre 2020 par lesquelles le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge la contribution spéciale pour un montant de 7 240 euros et forfaitaire pour un montant de 2 124 euros ainsi que par voie de conséquence la décharge totale ou partielle de ces sommes.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme réclamée par la société ISOCLEAN au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'État, qui en tout état de cause n'est pas partie au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société ISOCLEAN est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société ISOCLEAN, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

G. Jacquelin

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2102736

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