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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2103619

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103619

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantTIGOKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mars 2020, M. A A, représenté par Me Tigoki, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision en date du 28 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Cergy a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner l'OFII aux dépens de l'instance ;

5°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une violation de la loi en ce que l'OFII n'a pas procédé à un nouvel examen de sa vulnérabilité préalablement à son édiction et s'est fondé sur l'évaluation établie lors de l'enregistrement de sa demande d'asile initiale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, en particulier au regard de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le directeur territorial de l'OFII s'est à tort considéré en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'on ne peut lui reprocher des manquements intervenus alors qu'il était en procédure " Dublin " et que c'est à tort qu'il a été regardé comme en fuite dès lors qu'il n'a pas refusé d'embarquer à destination de Malte ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision en date du 21 juin 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n°s 428530 et 428564 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 10 février 1977, a présenté une demande d'asile enregistrée le 29 novembre 2018 en procédure dite " Dublin " et a accepté, le même jour, les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). L'enregistrement de sa demande d'asile ayant révélé que les autorités maltaises en étaient responsables, M. A a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers Malte. Faute de s'être rendu à l'aéroport où l'attendait le vol à destination de ce pays prévu le 24 octobre 2019, M. A a été déclaré en fuite. Le directeur territorial de l'OFII de Cergy a donc décidé de suspendre ses conditions matérielles d'accueil par décision du 6 décembre 2019. A l'expiration de son délai de transfert, M. A a présenté une nouvelle demande d'asile en France, enregistrée en procédure accélérée le 27 janvier 2021. Il a également sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision en date du 28 janvier 2021, dont il demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Cergy a refusé de faire droit à cette demande.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 21 juin 2021, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 20 point 1 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, les artricles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le point 18 de la décision du Conseil d'Etat n° 428530 du 31 juillet 2019. Elle mentionne également que M. A, qui ne s'est pas présenté au vol aérien du 24 octobre 2019 vers Malte et a en conséquence été déclaré en fuite le 25 octobre 2019, n'a pas respecté, sans en justifier, l'exigence des autorités chargées de l'asile en vue de sa réadmission vers ce pays. Elle précise enfin que la situation de M. A ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des captures d'écran et des documents versés par le directeur général de l'OFII à l'appui de ses écritures, que M. A a bénéficié d'un premier entretien de vulnérabilité lors de son passage en guichet unique, le 29 novembre 2018, à l'occasion duquel son état de vulnérabilité a été évalué à 0 sur une échelle de 0 à 3, puis d'un second entretien, préalablement à la décision attaquée, ayant le même objet, le 27 janvier 2021 à Cergy. A cette occasion, M. A a notamment indiqué qu'il était hébergé de manière stable et n'a pas sollicité l'avis du médecin coordonnateur de zone. En outre, l'intéressé n'établit pas avoir porté à la connaissance de l'OFII des éléments faisant état d'une vulnérabilité particulière lors de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, ce dernier a bénéficié d'un nouvel examen de sa vulnérabilité préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure en l'absence d'examen préalable de vulnérabilité doir être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser de rétablir les conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. C, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. En particulier, ainsi qu'il a été dit au point précédent, alors que l'intéressé a bénéficié d'un examen de vulnérabilité le 27 janvier 2020, le directeur territorial de l'OFII s'est livré à un examen de la vulnérabilité de l'intéressé en se fondant sur des éléments contemporains de la demande de rétablissement et non sur les seuls éléments obtenus lors de l'enregistrement de sa demande d'asile initiale. Par suite, les moyens tirés du défaut d'un examen particulier de sa situation et de violation de la loi doivent être écartés.

6. En quatrème lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le directeur territorial de l'OFII de Cergy se serait cru en situation de compétence liée avant de l'édicter. Un tel moyen doit donc être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

8. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

9. D'une part, M. A ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 23 novelbre 2018, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, il résulte de ce qui est énoncé au point 8 du présent jugement que sa situation doit être appréciée au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction en vigueur avant le 1er janvier 2019.

10. D'autre part, en l'espèce, la cicronstance que la demande d'asile de M. A a été enregistrée en procédure accélérée le 27 janvier 2020 n'imposait pas à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil préalablement suspendue et l'OFII pouvait légalement prendre en compte, dans son appréciation, le non-respect des obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil et notamment les manquements aux obligations qui étaient les siennes dans le cadre de la procédure " Dublin ". En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire, sans enfant et âgé de quarante-trois ans à la date de la décision attaquée, ne présente aucun élément de nature à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. Par ailleurs si le requérant allègue qu'il n'a pas refusé d'embarquer à destination de Malte, il ressort toutefois des pièces produites par l'OFII et en particulier de l'extrait de procès-verbal, dont les mentions font foi jusqu'à preuve contraire, établi par l'agent de police judiciaire en résidence au centre de rétention administrative de Montreuil que l'intéressé a refusé d'embarquer à destination de Malte le 24 octobre 2019. En outre, comme le fait valoir l'OFII, le requérant ne justifie pas des raisons pour lesquelles il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 28 avril 2019 et le 26 janvier 2021. Or, en vertu des dispositions alors codifiées à l'article D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration. Par ailleurs, M. A ne fournit aucune précision sur sa situation et ses conditions de vie entre la date de suspension de ses conditions matérielles d'accueil, le 6 décembre 2019, décision qu'il n'a d'ailleurs pas contestée, et celle de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée et sur les raisons pour lesquelles il ne s'est pas manifesté auprès des autorités pendant cette période de près de treize mois. Par suite, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII aurait entaché la décision attaquée d'une erreur de droit. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et de sa vulnérabilité ne peut davantage être accueilli.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 28 janvier 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A oivent être rejetées.

Sur les dépens :

13. M. A n'établit pas avoir engagé de dépens dans la présente instance. Sa demande tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'OFII ne peut donc, en tout état de cause, qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais liés à cette instance.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

M. B et M. D, premiers conseillers,

assistés de Mme Khalfaoui, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

R. Féral

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

S. B

La greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

Le Greffier

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