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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2103841

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103841

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCABINET RACINE PARIS

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pipon substituant Me Bitton et représentant M. B et celles de Me Cruceru représentant la société GEFCO.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par la société GEFCO en qualité de " responsable technique cellule développement " en contrat à durée indéterminée à compter du 5 septembre 2001 et occupait en dernier lieu le poste de " Business product analyst " au sein de la direction des systèmes informatiques. Il a été élu en qualité de membre suppléant du collège cadre du CSE. Par un courrier du 19 mars 2020, la société GEFCO a sollicité auprès de l'inspection du travail l'autorisation de licencier l'intéressé pour motif économique. Par une décision du 6 mai 2020, l'inspection du travail a refusé d'autoriser son licenciement au motif que la société avait manqué à son obligation de reclassement. Le 25 juin 2020, la société GEFCO a formé un recours hiérarchique contre cette décision. Par une décision du 21 janvier 2020, le ministre du travail a retiré le rejet implicite du recours hiérarchique du 31 octobre 2020, a annulé la décision de l'inspection du travail et a autorisé le licenciement de M. B. Par la présente requête, il demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () : 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ". () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin aux termes des articles R. 2421-5 et R. 2421-12 du code du travail " la décision de l'inspecteur du travail est motivée () ".

3. Il ressort de la décision d'autorisation de licenciement contestée que le ministre du travail a visé les dispositions applicables du code du travail. Il a ainsi développé dans sa décision les éléments qu'il a pris en compte s'agissant de la réalité du motif économique et notamment les éléments sur lesquels il s'est fondé pour considérer que la réorganisation projetée était nécessaire pour sauvegarder la compétitivité de l'entreprise. Elle mentionne également le respect par la société GEFCO de l'obligation de recherche de reclassement du salarié et de l'absence de lien avec les fonctions représentatives exercées ou l'appartenance syndicale de M. B, ce qui, par suite, lui a permis de connaître les motifs qui ont conduit à l'autorisation de licenciement. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision d'autorisation de licenciement ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, contrairement à ce que fait valoir le requérant, l'absence de convocation d'un ancien membre du comité social et économique qui avait démissionné de son mandat de suppléant au sein du CSE n'est pas de nature à vicier la procédure. Par suite, ce moyen sera écarté.

5. En troisième lieu, M. B soutient que la société GEFCO a procédé à son changement de poste dès le mois de juillet 2018 afin de le faire rentrer dans le périmètre du plan de sauvegarde de l'emploi, en prévoyant la suppression future du poste sur lequel il a été affecté. Toutefois et d'une part, cette modification a eu lieu plus de dix-huit mois avant la mise en œuvre du plan de sauvegarde de l'emploi et a eu lieu durant une refonte globale de la cartographie des emplois au sein de la société. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment des fiches de poste produites en défense que l'emploi occupé par M. B est celui de " business product analyst " et non de chef de projet " MOA " dès lors que l'essentiel de sa mission est de concevoir des solutions informatiques en fonction des besoins. Par suite, ce moyen sera écarté.

6. En quatrième lieu, l'article L. 1233-4 du code du travail prévoit que " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré dans l'entreprise ou dans les entreprises du groupe auquel l'entreprise appartient. Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. A défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure. L'employeur adresse de manière personnalisée les offres de reclassement à chaque salarié ou diffuse par tout moyen une liste des postes disponibles à l'ensemble des salariés, dans des conditions précisées par décret. Les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précises ".

7. Pour apprécier si l'employeur a satisfait à son obligation en matière de reclassement, l'autorité administrative doit s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'il a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié, au sein de l'entreprise puis dans les entreprises du groupe auquel elle appartient, ce dernier étant entendu comme comportant les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. L'employeur doit s'efforcer de proposer au salarié des offres de reclassement écrites, précises et personnalisées, portant, si possible, sur un emploi équivalent.

8. Aux termes de l'article D. 1233-2-1 du code du travail : " I.- Pour l'application de l'article L. 1233-4, l'employeur adresse des offres de reclassement de manière personnalisée ou communique la liste des offres disponibles aux salariés, et le cas échéant l'actualisation de celle-ci, par tout moyen permettant de conférer date certaine. II.- Ces offres écrites précisent : a) L'intitulé du poste et son descriptif ; b) Le nom de l'employeur ; c) La nature du contrat de travail ; d) La localisation du poste ; e) Le niveau de rémunération ; f) La classification du poste. III.- En cas de diffusion d'une liste des offres de reclassement interne, celle-ci comprend les postes disponibles situés sur le territoire national dans l'entreprise et les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie. La liste précise les critères de départage entre salariés en cas de candidatures multiples sur un même poste, ainsi que le délai dont dispose le salarié pour présenter sa candidature écrite. Ce délai ne peut être inférieur à quinze jours francs à compter de la publication de la liste, sauf lorsque l'entreprise fait l'objet d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire. Dans les entreprises en redressement ou liquidation judiciaire, ce délai ne peut être inférieur à quatre jours francs à compter de la publication de la liste. L'absence de candidature écrite du salarié à l'issue du délai mentionné au deuxième alinéa vaut refus des offres ".

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 4 novembre 2019, l'employeur a, d'une part, adressé au salarié la liste de l'ensemble des postes disponibles sur le territoire national au sein du groupe GEFCO ainsi qu'au sein du groupe actionnaire PSA et d'autre part, lui a adressé une proposition personnalisée sur un poste d'" IT project manager " en interne. Si le rejet de la candidature de M. B sur le poste proposé d' " IT project manager " au motif d'une absence d'expérience de chef de projet et d'un niveau d'anglais insuffisant pourrait remettre en doute le caractère réel et sérieux de cette proposition personnalisée, l'envoi de la liste précitée de l'ensemble des postes disponibles, laquelle est conforme aux dispositions de l'article D. 1233-2-1 du code du travail précité, permet de considérer que la société GEFCO a respecté son obligation de classement, sans que M. B puisse utilement invoquer le fait que sa candidature a été rejetée sur trois des postes de cette liste, alors qu'il n'établit ni même n'allègue qu'aucun autre poste de cette liste ne correspondait à son profil. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance par la société GEFCO de son obligation de le reclasser doit être écarté.

10. En cinquième lieu, M. B fait valoir qu'il a subi un traitement discriminatoire dès lors que l'un de ses homologues a été placé sur un poste de " project manager " afin de ne pas être concerné par le plan de sauvegarde de l'emploi. Toutefois, la seule mention de la situation d'un autre salarié ne permet pas d'établir l'existence d'un traitement discriminatoire. En outre, il n'établit pas que son âge ou sa situation de travailleur handicapé aurait eu un impact sur le poste sur lequel il a été placé. Par suite, ce moyen sera écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société GEFCO SA et à la DRIEETS Ile-de-France, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme réclamée par la société GEFCO sur le fondement des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société GEFCO présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, la société GEFCO et la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Beaufaÿs, président ;

Mme Colin, première conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

Le président,

signé

F. Beaufaÿs

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2103841

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