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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2103895

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103895

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantTOURRET-MORICE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 19 mars, 26 novembre 2021 et 26 juin 2024, la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise, représentée par Me Morice, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2020 par laquelle l'inspecteur du travail de l'unité départementale de Paris 5-6-7 de la DIRECCTE (devenu DRIEETS) Ile-de-France a refusé de lui accorder l'autorisation de licencier M. B pour motif économique et ensemble la décision implicite du 6 février 2021 rejetant son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre à l'inspecteur du travail de l'unité départementale de Paris 5-6-7 de la DIRECCTE (devenu DRIEETS) Ile-de-France de lui accorder l'autorisation de procéder au licenciement de M. B pour motif économique dans le délai d'un mois à compter du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L.1233-4 du code du travail.

Par un mémoire en intervention enregistré le 29 juin 2023, M. B conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le motif économique n'est pas établi, dès lors que le personnel affecté dans le cadre de la délégation de service public devait être affecté à la ville de Paris, et que la cessation de l'activité n'est pas avérée ;

- la société a méconnu son obligation de reclassement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- a titre principal, dans l'hypothèse où le Tribunal considère que la société a respecté son obligation de reclassement, la décision en litige pourra être fondée sur le motif tiré de l'absence de motif économique ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquelin, rapporteur,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise (S3P), qui est une filiale de la société S-PASS appartenant au groupe RECREA, est en charge de l'animation et de la gestion du " Quartier Sport " par délégation de service public passé avec la ville de Paris. M. B a été recruté par la SARL Société Parisienne de la Piscine Pointoise le 7 septembre 1998 par contrat à durée indéterminée à temps partiel, en qualité de professeur de fitness. Il est membre suppléant du comité social économique depuis le 18 décembre 2019. Par courrier du 1er juillet 2020, la société parisienne de la piscine pontoise a sollicité l'autorisation de procéder au licenciement pour motif économique de M. B auprès de l'inspection du travail. Par décision du 3 septembre 2020, l'inspecteur du travail de la DIRECCTE Ile-de-France a refusé de lui accorder l'autorisation de licenciement. Par courrier du 2 octobre 2020, la société a formé un recours hiérarchique auprès de la ministre du travail. Une décision implicite de rejet est née le 6 février 2021. Il s'agit des décisions contestées par la société requérante.

Sur les conclusions à fin d'annulation ;

2. Aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. A défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure. L'employeur adresse de manière personnalisée les offres de reclassement à chaque salarié ou diffuse par tout moyen une liste des postes disponibles à l'ensemble des salariés, dans des conditions précisées par décret. Les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précises ".

3. L'article D. 1233-2-1 du même code précise que : " I. -Pour l'application de l'article L. 1233-4, l'employeur adresse des offres de reclassement de manière personnalisée ou communique la liste des offres disponibles aux salariés, et le cas échéant l'actualisation de celle-ci, par tout moyen permettant de conférer date certaine. II. -Ces offres écrites précisent : a) L'intitulé du poste et son descriptif ; b) Le nom de l'employeur ; c) La nature du contrat de travail ; d) La localisation du poste ; e) Le niveau de rémunération ; f) La classification du poste. III. -En cas de diffusion d'une liste des offres de reclassement interne, celle-ci comprend les postes disponibles situés sur le territoire national dans l'entreprise et les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie. La liste précise les critères de départage entre salariés en cas de candidatures multiples sur un même poste, ainsi que le délai dont dispose le salarié pour présenter sa candidature écrite. Ce délai ne peut être inférieur à quinze jours francs à compter de la publication de la liste, sauf lorsque l'entreprise fait l'objet d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire. Dans les entreprises en redressement ou liquidation judiciaire, ce délai ne peut être inférieur à quatre jours francs à compter de la publication de la liste. L'absence de candidature écrite du salarié à l'issue du délai mentionné au deuxième alinéa vaut refus des offres ".

4. Pour s'acquitter de son obligation de reclassement, l'employeur doit procéder à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié, tant au sein de l'entreprise que dans celles du groupe auquel elle appartient, ce dernier étant entendu, à ce titre, comme les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. Le juge peut, pour s'assurer du respect de cette obligation, tenir compte de l'ensemble des circonstances de fait, notamment de ce que les recherches de reclassement conduites avaient débouché sur des propositions précises de reclassement, de la nature et du nombre de ces propositions, ainsi que des motifs de refus avancés par le salarié.

5. En l'espèce, il est constant que la société requérante a transmis par courrier le 12 juin 2020 à M. B des propositions individuelles de postes de reclassement. Sur cette liste figuraient 10 postes d'agents d'entretien, 5 postes de conseiller relation clientèle, 4 postes d'agents d'accueil et 3 postes d'éducateur forme. Si la société requérante a proposé 3 postes d'éducateurs forme au salarié, il ressort que sa candidature à ses postes a été refusée. Il ressort des pièces du dossier que les temps de travail étaient très nettement supérieurs aux horaires qu'il effectue au titre de son contrat de professeur de fitness. Or, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport de la direction générale du travail en date du 21 mai 2021, établi dans le cadre du recours hiérarchique formé par la société requérante, que des postes équivalents au sein de la SNC LA VAGUE ont été occupés par des auto-entrepreneurs en janvier 2019, alors qu'ils auraient pu être proposés en priorité aux salariés de la société requérante, dès lors que la cessation de l'activité était connue dès le 14 novembre 2018, date à laquelle la ville de Paris a signé un avenant de prolongation à la convention de délégation de service public, qui arrivait à échéance le 31 décembre 2018. Il s'ensuit que la liste des postes proposées à M. B le 12 juin 2020 ne peut être considérée comme exhaustive, et que dès lors les recherches de reclassement de M. B ne répondent pas aux exigences des dispositions de l'article L. 1233-4 du code du travail, à savoir qu'elles n'aboutissent pas à la proposition d'emplois relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent. Dans ces conditions, il n'est pas démontré que la société requérante a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié dans le groupe auquel elle appartient.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 septembre 2020 et ensemble la décision implicite de rejet née le 6 février 2021 par laquelle la ministre du travail a implicitement rejeté son recours hiérarchique du 2 octobre 2020. Il y a lieu, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner la substitution de motifs demandée, de rejeter ses conclusions à fin d'annulation, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise dénommé " le Quartier Sport ", à M. A B, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 10 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

G. Jacquelin

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103895

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