Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103896

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantDEBRENNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise d’un recours en excès de pouvoir contre le refus de l’inspecteur du travail d’autoriser le licenciement pour motif économique de M. A, salarié protégé. La société soutenait que ce refus méconnaissait l’obligation de reclassement prévue à l’article L. 1233-4 du code du travail. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que l’administration n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que la société n’avait pas satisfait à son obligation de reclassement. La solution retenue confirme ainsi la légalité des décisions de l’inspecteur du travail et du rejet implicite du recours hiérarchique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 19 mars, 26 novembre 2021 et 26 juin 2024, la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise, représentée par Me Morice, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2020 par laquelle l'inspecteur du travail de l'unité départementale de Paris 5-6-7 de la DIRECCTE (devenu DRIEETS) Ile-de-France a refusé de lui accorder l'autorisation de licencier M. A pour motif économique et ensemble la décision implicite du 6 février 2021 rejetant son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre à l'inspecteur du travail de l'unité départementale de Paris 5-6-7 de la DIRECCTE (devenu DRIEETS) Ile-de-France de lui accorder l'autorisation de procéder au licenciement de M. C pour motif économique dans le délai d'un mois à compter du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision méconnait les dispositions de l'article L. 1233-4 du code du travail.

Par un mémoire en intervention et des pièces complémentaires enregistré le 13 juillet et 14 octobre 2021, M. A conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés ;

- dans l'hypothèse où le Tribunal considère que la société a respecté son obligation de reclassement, la décision en litige pourra être fondée sur le motif tiré de l'absence de motif économique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquelin, rapporteur,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Société Parisienne de la Piscine de Pontoise, qui est une filiale de la société S-PASS appartenant au groupe RECREA, est en charge de l'animation et de la gestion du " Quartier Sport " par délégation de service public passé avec la ville de Paris. M. A a été recruté par la SARL Société Parisienne de la Piscine Pointoise le 1er mars 1998 par contrat à durée indéterminée à temps partiel, en qualité de maître-nageur sauveteur, dont les fonctions recouvrent la surveillance des bassins, l'animation auprès du public, le nettoyage et le contrôle du respect des normes et du règlement intérieur. M. A est membre titulaire du comité social économique depuis le 18 décembre 2019. Par courrier du 1er juillet 2020, la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise a sollicité l'autorisation de procéder au licenciement pour motif économique de M. A auprès de l'inspection du travail. Par décision du 3 septembre 2020, l'inspecteur du travail de la DIRECCTE Ile-de-France a refusé de lui accorder l'autorisation de licenciement. Par courrier du 2 octobre 2020, la société a formé un recours hiérarchique auprès de la ministre du travail. Une décision implicite de rejet est née le 6 février 2021. Il s'agit des décisions contestées par la société requérante.

Sur les conclusions à fin d'annulation ;

2. Aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. À défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure. L'employeur adresse de manière personnalisée les offres de reclassement à chaque salarié ou diffuse par tout moyen une liste des postes disponibles à l'ensemble des salariés, dans des conditions précisées par décret. Les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précises ".

3. L'article D. 1233-2-1 du même code précise que : " I. -Pour l'application de l'article L. 1233-4, l'employeur adresse des offres de reclassement de manière personnalisée ou communique la liste des offres disponibles aux salariés, et le cas échéant l'actualisation de celle-ci, par tout moyen permettant de conférer date certaine. II. -Ces offres écrites précisent : a) L'intitulé du poste et son descriptif ; b) Le nom de l'employeur ; c) La nature du contrat de travail ; d) La localisation du poste ; e) Le niveau de rémunération ; f) La classification du poste. III. -En cas de diffusion d'une liste des offres de reclassement interne, celle-ci comprend les postes disponibles situés sur le territoire national dans l'entreprise et les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie. La liste précise les critères de départage entre salariés en cas de candidatures multiples sur un même poste, ainsi que le délai dont dispose le salarié pour présenter sa candidature écrite. Ce délai ne peut être inférieur à quinze jours francs à compter de la publication de la liste, sauf lorsque l'entreprise fait l'objet d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire. Dans les entreprises en redressement ou liquidation judiciaire, ce délai ne peut être inférieur à quatre jours francs à compter de la publication de la liste. L'absence de candidature écrite du salarié à l'issue du délai mentionné au deuxième alinéa vaut refus des offres ".

4. Pour s'acquitter de son obligation de reclassement, l'employeur doit procéder à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié, tant au sein de l'entreprise que dans celles du groupe auquel elle appartient, ce dernier étant entendu, à ce titre, comme les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. Le juge peut, pour s'assurer du respect de cette obligation, tenir compte de l'ensemble des circonstances de fait, notamment de ce que les recherches de reclassement conduites avaient débouché sur des propositions précises de reclassement, de la nature et du nombre de ces propositions, ainsi que des motifs de refus avancés par le salarié.

5. En l'espèce, il est constant que la société requérante a transmis par courrier du 12 juin 2020 à M. A, une liste des postes disponibles au sein du groupe RECREA et de la société S-PASS, à savoir 54 postes d'éducateur aquatique, 10 postes de surveillant aquatique, 10 postes d'agents hygiène et / ou entretien, 5 postes de conseiller relations clients, 3 postes d'agents d'accueil, 1 poste BNSSA, 1 poste d'accueil bowling. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que tous les postes proposés de la liste précitée sont de rémunération inférieure, tous compris entre 450 euros et 2100 euros mensuels, alors que le salaire de l'intéressé, pour les années 2019 et 2020, était compris entre 2416 euros et 3312 net mensuels, et d'autre part, que les postes de surveillant aquatique figurant sur cette liste, les seuls qui correspondent à ses fonctions telles que décrites dans son contrat de travail du 1er mars 1998, présentent des salaires compris entre 500 et 1540 euros mensuels. Par ailleurs, alors qu'il a pu bénéficier d'un contrat de mise à disposition pour un poste de maître-nageur sauveteur, au sein d'une filiale de S-PASS, du 11 mars 2019 au 30 juin 2020, aux conditions de son contrat initial, la société requérante n'établit pas sérieusement qu'elle ne pouvait proposer ce poste au titre du reclassement au-delà du 30 juin 2020. Il s'ensuit que la société requérante, dans ces conditions, n'établit donc pas qu'il n'existait au sein du groupe aucun poste disponible de catégorie équivalente assorti d'un niveau de rémunération similaire à celui du salarié, et n'apporte pas les éléments montrant qu'elle a fourni les efforts entrepris à l'obligation de reclassement sur un poste identique au sein du groupe. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 septembre 2020 et ensemble la décision née le 6 février 2021 par laquelle la ministre du travail a implicitement rejeté son recours hiérarchique du 2 octobre 2020. Il y a lieu, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner la substitution de motifs demandée, de rejeter ses conclusions à fin d'annulation ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'administration, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme demandée par la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise, la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise est rejetée.

Article 2 : La SARL Société Parisienne de la Piscine Pointoise versera à M. A la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Société Parisienne de la Piscine Pontoise, au ministre du travail, de la santé et des solidarités et à M. B A.

Copie en sera adressée à l'inspecteur du travail, de l'unité départementale l'unité départementale de Paris 5-6-7 de la DRIEETS Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

G. Jacquelin

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103896