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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2104139

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2104139

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2104139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUYGHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistrés les 22 mars 2021 et 13 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Yomo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mars 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Montrouge a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision attaquée :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que l'OFII, en se bornant à lui remettre une fiche d'évaluation de vulnérabilité, ne lui a pas laissé la possibilité de formuler des observations écrites.

Par deux mémoires, enregistrés les 27 et 30 octobre 2023, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 2 novembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante malienne née le 8 mai 1999, déclare être entrée en France le 25 mai 2020. Elle a déposé une demande d'asile le 18 mars 2021. Par deux décisions du même jour, la directrice territoriale de l'OFII à Montrouge a, d'une part, refusé de l'admettre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et, d'autre part refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil à son égard. Compte tenu du contexte dans laquelle elle a été prise, cette seconde décision est superfétatoire par rapport à la première. Par la présente requête, Mme A doit ainsi être regardée comme contestant cette première décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, la décision du 18 mars 2021 refusant d'admettre Mme A aux conditions matérielles d'accueil mentionne les textes sur lesquels elle se fonde ainsi que la circonstance que l'intéressée a présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France, sans motif légitime. Dès lors, cette décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée. La circonstance que la décision du même jour refusant à l'intéressée le rétablissement des conditions d'accueil, qui se confond avec la précédente, n'en reprenne pas la motivation est sans incidence à cet égard.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ". Aux termes de l'article D. 744-38 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours ".

5. Mme A soutient que les services de l'OFII, qui se sont bornés à lui remettre une fiche d'évaluation de vulnérabilité, ne lui ont pas laissé la possibilité de produire d'observations écrites. Toutefois, il ressort des propos mêmes de la requérante qu'elle a fait l'objet d'une évaluation de vulnérabilité avant que l'OFII ne prenne sa décision, de sorte qu'il lui a alors été loisible de formuler des observations écrites ou orales. Dans ces conditions, le moyen sus-analysé ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

M. Viain, premier conseiller,

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

L'assesseur le plus ancien,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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