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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2104322

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2104322

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2104322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBOUKHELOUA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 mars 2021 et 21 mars 2023 sous le n° 2104322, M. B A, représenté par Me Boukheloua, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 septembre 2020 par laquelle le directeur général de la sécurité intérieure lui a fait part de son intention de mettre fin à son contrat à l'issue d'un délai de deux mois après la notification de la décision ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel le ministre de l'intérieur l'a licencié à compter du 10 novembre 2020 au soir ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux formé le 6 janvier 2021 contre ces deux décisions ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

s'agissant du courrier du 14 septembre 2020 :

- la décision est entachée d'un vice de compétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le comité technique paritaire ne s'est pas prononcé sur la suppression de son poste préalablement à son licenciement ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur d'appréciation et d'un détournement de pouvoir, dès lors que la suppression de son emploi n'est pas établie et que ce licenciement était en réalité mu par une volonté de la sanctionner après qu'il a dénoncé la dégradation de sa situation professionnelle ;

- l'administration a méconnu son obligation de reclassement ;

s'agissant de la décision du 13 novembre 2020

- la décision est entachée d'un vice de compétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que son auteur ne peut être identifié ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le comité technique paritaire ne s'est pas prononcé sur la suppression de son poste préalablement à son licenciement ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur d'appréciation et d'un détournement de pouvoir, dès lors que la suppression de son emploi n'est pas établie et que ce licenciement était en réalité mu par une volonté de la sanctionner après qu'il a dénoncé la dégradation de sa situation professionnelle ;

- l'administration a méconnu son obligation de reclassement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2023, et une pièce, reçue le 25 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive, au regard des dates de notification des décisions et dès lors que le recours gracieux exercé par le requérant n'a pu prolonger les délais de recours alors qu'il ne contenait l'exposé d'aucun fait, ni d'aucun moyen ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 22 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 avril 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 26 mai 2022 sous le n° 2207922, M. A, représenté par Me Boukheloua, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 48 314,98 euros en réparation des préjudices subis du fait des fautes commises à son égard, ainsi que les intérêts au taux légal et la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a fait l'objet d'un licenciement illégal et donc fautif, pour l'ensemble des moyens développés dans la requête n° 2104322 ;

- ce licenciement est également illégal et donc fautif, dès lors que son licenciement ne pouvait intervenir avant le 14 novembre 2020 pour lui permettre de disposer du préavis des deux mois prévu par l'article 46 du décret du 17 janvier 1986 ;

- l'État a commis une faute en ne lui versant aucune rémunération entre le 1er et le 14 novembre 2020, en ne lui versant aucune indemnité de licenciement et en ne lui versant pas l'indemnité compensatrice de congés payés à laquelle il avait droit ;

- l'État a également fait preuve d'un comportement fautif dès lors qu'entre le 5 janvier 2019 et le 10 novembre 2020, aucune tâche ne lui a été confiée, le plaçant dans une situation professionnelle indigne ;

- il a subi un harcèlement moral ;

- l'ensemble de ces fautes a généré un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il conviendra de réparer à hauteur de 20 000 euros ;

- il en a également résulté un préjudice matériel de 1 942,42 euros, correspondant au salaire non-perçu entre le 1er et le 14 novembre 2020, de 12 907,98 euros correspondant à l'indemnité de licenciement dont il a été privée et de 5 694,88 euros, correspondant à l'indemnité de congés payés qui ne lui a pas été versée, ainsi que deux mois de traitements et de primes, dont il aurait été privés, soit 7 769,70 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive, au regard des dates de notification des décisions et dès lors que le recours gracieux exercé par le requérant n'a pu prolonger les délais de recours alors qu'il ne contenait l'exposé d'aucun fait, ni d'aucun moyen ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- et les observations de Me Bouyx, représentant M. A.

M. A a produit une note en délibéré le 1er juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté à la direction générale de la sécurité intérieure le 11 décembre 2014, en dernière instance en qualité de chef de la cellule " économie numérique " par un contrat à durée déterminée signé le 5 janvier 2017 et reconduit pour trois années par avenant du 5 janvier 2019. Par un courrier reçu le 14 septembre 2020, son employeur l'a informé qu'il serait licencié après un préavis de deux mois à compter de la date de réception du courrier en raison de la suppression du besoin ou de l'emploi ayant justifié son recrutement. En outre, par un arrêté du 13 novembre 2020, le ministre de l'intérieur a mis fin à ses fonctions à compter du 10 novembre 2020. Par un recours gracieux daté du 6 janvier 2021, M. A a contesté ces deux décisions, le ministre ayant gardé le silence sur ce recours. Par la requête n° 2104322, M. A demande l'annulation de la décision du 14 septembre 2020, de l'arrêté du 13 novembre 2020 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

2. Par ailleurs, le 11 février 2022, M. A a saisi le ministre de l'intérieur d'une réclamation préalable indemnitaire en vue d'obtenir réparation de l'illégalité fautive de son licenciement. Par la requête n° 2207922, M. A demande la condamnation de l'État à l'indemniser de différentes fautes commises à son égard.

3. Les requêtes dans les instances enregistrées sous les numéros 2104322 et 2207922 ont été introduites par le même requérant et présentent à juger des questions communes, qui ont fait l'objet d'une même instruction. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions d'annulation de la requête n° 2104322 :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

5. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a reçu notification de sa lettre de licenciement le 14 septembre 2020. Toutefois, cette décision ne comportait aucune mention relative aux voies et délais de recours. Au regard du délai raisonnable d'un an dont il disposait et de la circonstance qu'il a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 7 janvier 2021, M. A n'est pas tardif à en contester la légalité par la requête n° 2104322 introduite le 30 mars 2021.

7. D'autre part, le ministre n'a pas établi la date de notification de l'arrêté du 13 novembre 2020 ; M. A doit dès lors être regardé comme en ayant eu connaissance au plus tôt le 7 janvier 2021, date à laquelle il a formé un recours gracieux à son encontre ayant été implicitement rejeté. Par suite, M. A n'est pas davantage tardif à contester, par cette même requête, la légalité de cet arrêté et du rejet implicite de son recours contre ce dernier.

8. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions d'annulation doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 14 septembre 2020 :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 45-3 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État pris pour l'application des articles 7 et 7 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État : " Sans préjudice des dispositions relatives au licenciement pour faute disciplinaire, pour insuffisance professionnelle ou pour inaptitude physique, le licenciement d'un agent contractuel recruté pour répondre à un besoin permanent doit être justifié par l'un des motifs suivants : / 1° La suppression du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent ; () ". Aux termes du II de l'article 45-5 du même décret : " Lorsque l'administration envisage de licencier un agent pour l'un des motifs mentionnés au I du présent article, elle convoque l'intéressé à un entretien préalable selon les modalités définies à l'article 47. A l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article 1er-2, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. / Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement et la date à laquelle celui-ci doit intervenir, compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis prévu à l'article 46 ".

10. La décision du 14 septembre 2020 précise les considérations de fait et de droit justifiant le licenciement de M. A, conformément aux dispositions réglementaires citées au point précédent. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 861-1 du code de la sécurité intérieure : " Les actes réglementaires et individuels concernant l'organisation, la gestion et le fonctionnement des services mentionnés à l'article L. 811-2 et de ceux désignés par le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 811-4 ainsi que la situation de leurs agents sont pris dans des conditions qui garantissent la préservation de l'anonymat des agents. / () Par dérogation à l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions et les autres actes pris par les autorités administratives au sein des services mentionnés au premier alinéa du présent article peuvent comporter seulement, outre la signature, le numéro d'identification de leur auteur, attribué avec la délégation de signature et qui se substitue à la mention de ses prénom, nom et qualité. Le nombre de délégations de signature numérotées par service est fixé par arrêté du ministre compétent. Lorsque, dans le cadre d'une procédure engagée devant une juridiction administrative ou judiciaire, la solution du litige dépend d'une question relative à un acte non publié en application du présent article ou faisant l'objet d'une signature numérotée, ce dernier est communiqué, à sa demande, à la juridiction ou au magistrat délégué par celle-ci, sans être versé au contradictoire () ". L'article L. 811-2 du même code dispose : " Les services spécialisés de renseignement sont désignés par décret en Conseil d'Etat. Ils ont pour missions, en France et à l'étranger, la recherche, la collecte, l'exploitation et la mise à disposition du Gouvernement des renseignements relatifs aux enjeux géopolitiques et stratégiques ainsi qu'aux menaces et aux risques susceptibles d'affecter la vie de la Nation. Ils contribuent à la connaissance et à l'anticipation de ces enjeux ainsi qu'à la prévention et à l'entrave de ces risques et de ces menaces ".

12. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a produit les documents justifiant de la délégation de signature dont bénéficiait l'auteur de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de compétence doit être écarté.

13. En troisième lieu, si le requérant soutient que l'administration avait l'obligation de soumettre la suppression de son poste à un avis d'un comité technique avant de procéder à son licenciement, il ne se prévaut d'aucune disposition légale ou réglementaire ayant institué une telle obligation qui ne saurait donc être utilement invoquée. Ce moyen, inopérant doit, par suite, être écarté.

14. En quatrième lieu et d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'administration avait proposé un nouveau contrat à M. A en 2017 en vue de lui confier la conduite d'une cellule chargée de l'économie numérique, mais que ce projet a été arrêté dans le courant de l'année 2019, ce dont M. A avait été informé. L'administration a souhaité en conséquence, et conformément à la possibilité ouverte par les dispositions de l'article 45-3 du décret du 17 janvier 1986 citées au point 9, le licencier dès lors que son poste était supprimé. Les faits qui fondent le licenciement doivent donc être regardés comme établis.

15. D'autre part, si M. A soutient que son licenciement serait justifié par une volonté de le sanctionner après sa dénonciation de " mise au placard " depuis le début de l'année 2019, il ressort des pièces du dossier que cette absence d'occupation professionnelle a été non la cause, mais la conséquence du licenciement décidé par l'administration après la suppression de son poste, ce projet de licenciement ayant tardé à être mis en œuvre. De même, la circonstance que M. A ait été en désaccord sur les motifs stratégiques ayant conduit à la suppression de son poste n'est pas de nature à révéler une intention de lui nuire par la mesure contestée.

16. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur d'appréciation et du détournement de pouvoir doivent être écartés.

17. En cinquième lieu, aux termes de l'article 45-5 du décret du 17 janvier 1986 précité : " I. Le licenciement pour un des motifs prévus aux 1° à 4° de l'article 45-3 ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent, dans un autre emploi que la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement des agents non titulaires, n'est pas possible. Ce reclassement concerne les agents recrutés pour des besoins permanents par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée lorsque le terme de celui-ci est postérieur à la date à laquelle la demande de reclassement est formulée. L'emploi de reclassement est alors proposé pour la période restant à courir avant le terme du contrat. () II. () Cette lettre [de licenciement] invite également l'intéressé à présenter une demande écrite de reclassement, dans un délai correspondant à la moitié de la durée du préavis prévu à l'article 46 et indique les conditions dans lesquelles les offres de reclassement sont susceptibles de lui être adressées. () IV.- Lorsque l'agent refuse le bénéfice de la procédure de reclassement ou en cas d'absence de demande formulée dans le délai indiqué au troisième alinéa du II, l'agent est licencié au terme du préavis prévu à l'article 46 ".

18. Il ressort des termes de la décision attaquée que l'administration, conformément aux dispositions précitées, a invité à M. A à se signaler dans le délai d'un mois s'il souhaitait bénéficier d'un reclassement. L'intéressé, qui n'allègue, ni ne soutient s'être manifesté dans le délai prévu, ne saurait donc sérieusement soutenir que l'administration a méconnu l'obligation de reclassement mise à sa charge par les dispositions précitées de l'article 45-5 du décret du 17 janvier 1986.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de la décision du 14 septembre 2020 par laquelle M. A a été licencié à compter du 14 novembre 2020 doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 13 novembre 2020 :

20. Il résulte des termes des dispositions du 2ème alinéa du II de l'article 45-5 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État pris pour l'application des articles 7 et 7 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, citées au point 3, que toute décision de licenciement de M. A au motif de la suppression de son emploi devait être motivée. Toutefois, l'arrêté du 13 novembre 2020, qui se borne à viser l'ensemble du décret du 17 janvier 1986 sans apporter aucun élément de fait, ni s'approprier le sens de l'avis de la commission administrative paritaire qu'il vise, n'énonce pas les éléments de fait et de droit ayant justifié ce licenciement et sa nouvelle date d'effet qu'elle fixe au 10 novembre 2020. Par ailleurs, il ne fait pas référence à la lettre du 14 septembre 2020 qui précisait les motifs du licenciement. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision est entachée d'un défaut de motivation.

21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 13 novembre 2020 doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, la décision implicite par laquelle le recours gracieux de M. A contre cette décision a été rejeté.

Sur les conclusions indemnitaires de la requête n° 2207922 :

En ce qui concerne les fondements de responsabilité :

22. En premier lieu et d'une part, si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'État à l'égard d'un agent, elle ne saurait donner lieu à réparation si la même décision aurait pu légalement être prise. En l'espèce, l'annulation par le présent jugement de la décision du 13 novembre 2020 du ministre de l'intérieur en raison d'un défaut de motivation ne saurait donc ouvrir droit à réparation.

23. D'autre part, M. A soulève dans la présente instance un nouveau moyen à l'encontre de la décision du 13 novembre 2020 tiré de son caractère rétroactif. Il résulte de l'instruction que cette décision, qui lui a été notifiée le 14 novembre 2020, fixait une nouvelle date de licenciement au 10 novembre 2020, soit avant même l'intervention de ladite notification et avant le terme de son préavis de deux mois qui avait commencé à courir le 14 septembre 2020, date de réception de sa lettre de licenciement. La décision du 13 novembre 2020 est ainsi illégale en tant qu'elle a fixé une date de licenciement antérieure au 14 novembre 2020.

24. Enfin, il résulte des termes du présent jugement que la décision du 14 septembre 2020 par laquelle l'administration avait licencié M. A à compter du 14 novembre 2020 n'est entachée d'aucune illégalité.

25. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de l'État en raison du licenciement illégal de M. A doit être engagée seulement en ce que son licenciement a pris effet avant le 14 novembre 2020.

26. En deuxième lieu, le requérant soutient que l'administration a eu un comportement fautif en omettant de lui verser sa rémunération entre le 1er et le 14 novembre 2020 et en ne lui versant ni indemnité de licenciement, ni indemnités compensatrice de congés payés. Toutefois, en se bornant à produire ses bulletins de salaires des mois de janvier à octobre 2020 ne permettant pas d'appréhender l'ensemble des revenus salariaux qu'il a reçus de la part de son employeur en 2020, le requérant n'établit aucunement avoir été privé de son salaire entre le 1er et le 10 novembre 2020, date de son licenciement par l'effet de l'arrêté du 13 novembre 2020, ni des indemnités qui lui étaient dues en conséquence de son licenciement. En revanche, il est fondé à soutenir que l'État est fautif à ne pas lui avoir versé son salaire entre le 10 et le 14 novembre 2020, période au cours de laquelle il a été illégalement évincé de son emploi.

27. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la disparition de la cellule " économie numérique " que dirigeait M. A a été actée au plus tard en janvier 2019 et qu'en conséquence que ce dernier s'est retrouvé sans tâche effective à compter de cette date, l'administration lui ayant annoncé immédiatement son licenciement mais en ayant retardé la mise en œuvre effective. Cette situation, dès lors qu'elle s'est prolongée, comme l'indique le requérant, jusqu'à son départ en autorisation spéciale d'absence le 2 décembre 2019, soit pendant près d'une année ne répondait plus aux nécessités de la gestion normale des personnels de la direction qui l'employait. En s'abstenant de donner à M. A, pendant une longue période, des fonctions effectives, l'État a, dans les circonstances de l'espèce, commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

28. En dernier lieu, M. A soutient, à l'appui des mêmes arguments que ceux développés au point précédent, avoir été exposé à une situation de harcèlement moral. Toutefois, la seule circonstance que son employeur a tardé à le licencier alors que la disparition de son poste avait été actée depuis longtemps en raison d'une réorientation stratégique sans lien avec sa personne ne saurait être regardée comme un élément de fait susceptible de laisser présumer une telle situation.

29. Il résulte ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander réparation des préjudices en raison de l'illégalité fautive de la décision du 13 novembre 2020 dans la mesure où cette dernière est en partie rétroactive, en raison de l'absence de versement de son salaire entre le 10 et le 14 novembre 2023 et en raison du comportement fautif de l'État l'ayant laissé sans fonction réelle pendant près d'une année.

En ce qui concerne la réparation des préjudices.

30. En premier lieu, M. A se prévaut d'un préjudice financier lié à des traitements et primes non-versées ainsi qu'à un défaut de paiement par l'administration des indemnités liées à son licenciement. Toutefois et comme il a été dit au point 26, M. A est seulement fondé à demander le versement des traitements et indemnités qui lui étaient dus entre le 10 novembre 2020, date à laquelle son licenciement a pris illégalement effet, et le 14 novembre 2020. Au regard des sommes mentionnées à son bulletin de paie du mois d'octobre 2020, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en condamnant l'État à verser à M. A la somme de 537 euros.

31. En second lieu, la circonstance que M. A a été laissé dans une situation d'incertitude sans occupation effective dans l'attente d'un licenciement qui a mis plusieurs mois à être mis en œuvre lui a nécessairement causé un préjudice moral et des troubles dont les conditions d'existence dont il sera fait une juste réparation en lui attribuant la somme de 2 000 euros.

32. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. A la somme de 2 537 euros en réparation des fautes mentionnées au point 29.

Sur les frais liés au litige :

33. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 13 novembre 2020 du ministre de l'intérieur est annulé ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux de M. A contre cette décision.

Article 2: L'État est condamné à verser à M. A la somme de 2 537 (deux mille cinq cent trente-sept) euros.

Article 3: L'État versera à M. A la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2104322 et 2207922 est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme Monteagle et M. C, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

signé

M. MonteagleLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2104322 et 220792

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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