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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2104384

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2104384

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2104384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHATAIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n°2104386 et un mémoire, enregistrés les 31 mars et 6 septembre 2021 Mme C et M. J, représentés par Me Muriel Fayat, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2021 par lequel le Maire de Saint-Leu-la-Forêt a délivré à Mme F E un permis de construire une maison d'habitation 96 rue du Général Leclerc ;

2°) de condamner la Ville de Saint-Leu-la-Forêt et Mme E à verser aux requérants la somme de 2.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2021, Mme E, représentée par Me Philippe Gardarein conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme C et M. J la somme de 2 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens ;

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 juillet, 14 octobre 2021, la commune de Saint Leu la Forêt représentée par Me François Le Baut conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme C et M. J la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens ;

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés

II. Par une requête n° 2104384 et un mémoire enregistrés les 31 mars et 6 septembre 2021 M. I, représenté par Me Muriel Fayat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2021 par lequel le Maire de Saint-Leu-la-Forêt a délivré à Mme F E un permis de construire une maison d'habitation 96 rue du Général Lelerc ;

2°) de condamner la Ville de Saint-Leu-la-Forêt et Mme E à verser au requérant la somme de 2.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-le permis est signé d'une autorité incompétente ;

-la demande de permis de construire est incomplète au regard des dispositions des articles R. 541-2 et R. 431-9 du code de l'urbanisme ;

-le projet autorisé par le permis de construire n'est pas conforme aux dispositions des articles UA6 et UA3 du règlement du PLU de la commune

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 juillet, 14 octobre 2021, la commune de Saint Leu la Forêt représentée par Me François Le Baut conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. I la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens ;

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 7 avril 2023, la commune conclut au non-lieu à statuer et produit un arrêté du 30 novembre 2021 par lequel elle a rapporté l'arrêté attaqué du 2 février 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2021, Mme E, représentée par Me Philippe Gardarein conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. I la somme de 2 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens ;

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés

III. Par une requête n° 2210581 enregistrée le 13 juillet 2022 M. I, Mme C et M. J, représentés par Me Muriel Fayat demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le maire de la commune de Saint Leu-La Forêt a délivré à Mme F E un permis de construire une maison d'habitation 96 rue du général Leclerc à Saint-Leu-la-Forêt.

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le permis est signé d'une autorité incompétente ;

- la demande de permis de construire est incomplète au regard des dispositions des articles R. 451-2 et R. 431-5 du code de l'urbanisme ;

- le projet autorisé par le permis de construire n'est pas conforme aux dispositions des articles UA6 et UA3 du règlement du PLU de la commune

Par un mémoire en défense, enregistré les 7 avril 2023 la commune de Saint-Leu-la-Forêt, représentée par Me François Le Baut conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens ;

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat le 17 mai 2023 par ordonnance du même jour.

Les parties aux instances n° 2104386 et n° 2104384 ont reçu communication par le tribunal de la pièce jointe n°4 de la requête introductive d'instance dans l'affaire n° 22110581 et informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 février 2021 du maire de Saint-Leu-la-Forêt en raison du retrait de celui-ci par la décision du maire du 30 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baude, rapporteur

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 février 2021 le maire de la commune de Saint-Leu-la-Forêt a délivré à Mme F E un permis de construire une maison d'habitation d'une surface de plancher de 155,30 m² située 96 rue du général Leclerc. Ce permis a été retiré par un arrêté du maire le 30 novembre 2021 à la demande de Mme E. Par un arrêté du 21 février 2022 le maire de la commune de Saint-Leu-la-Forêt a de nouveau délivré un permis de construire à Mme E pour réaliser au 96 rue du général Leclerc une maison d'habitation d'une surface de plancher de 142,17 m². Les requérants demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de statuer sur celles-ci par une même décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 février 2021 :

2. Par un arrêté du 30 novembre 2021 le maire de la commune de Saint-Leu-la-Forêt a procédé au retrait du permis de construire délivré le 2 février 2021 à Mme F E. Ce retrait a privé d'objet les requêtes n° 2104384 et 2104386 dirigées à l'encontre de cet arrêté. Il s'ensuit il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de ces requêtes.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 février 2022 :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 1er septembre 2021 le maire de la commune de Saint-Leu-la-Forêt a délégué à Mme H B, adjoint au maire, ses fonctions en matière d'actes d'urbanisme. Dès lors il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () f) La surface de plancher des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le tableau des surfaces par destination du formulaire CERFA indique une surface destinée à l'habitation de 142,17 m², que la déclaration des impositions indique, d'une part, une surface destinée à l'habitation de 142,17 m² et, d'autre part, une surface destinée au stationnement de 27,8 m², et que la notice architecturale indique une surface de 142,17 m² après déduction, notamment, des 27,8 m² du garage. Le tableau des surfaces par destination renvoie le pétitionnaire à l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme pour le calcul de la surface destinée à l'habitation, lequel déduit de celle-ci la surface de plancher aménagée en vue du stationnement des véhicules. Il en résulte que la demande, qui ne comportait aucune contradiction sur ce point de nature à fausser l'instruction du permis, doit être comprise comme prévoyant la création de 142,17 m² de surface habitable et de 27,8 m² d'aires de stationnement. En outre, si les requérants font valoir que la notice architecturale mentionne une surface dédiée au stationnement de 25 m², alors que les pièces précitées mentionnent une surface de 27,8 m², ils n'indiquent pas en quoi une telle variation a été de nature à fausser l'instruction du permis et à rendre le projet non-conforme au regard des dispositions de l'article UA12 du règlement. Dès lors, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R.451-2 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Un plan de masse des constructions à démolir ou, s'il y a lieu, à conserver ; c) Un document photographique faisant apparaître le ou les bâtiments dont la démolition est envisagée et leur insertion dans les lieux environnants. "

7. Il ressort des pièces du dossier que tant le formulaire CERFA que la notice architecturale indiquent que le projet prévoit la démolition du mur Est et d'une partie du mur Ouest et que les plans de masse de l'existant et du projet permettaient de repérer les ouvrages à démolir. En outre les requérants n'indiquent pas au regard de quelle règle d'urbanisme la conformité du projet n'a pas pu être vérifiée par le service instructeur en raison de l'incomplétude de la demande de permis. Dès lors il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 451-2 du code de l'urbanisme.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article UA6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " En UAa et UAd : Le long des axes identifiés aux documents graphiques par la légende [trait rouge] , les constructions seront implantées à l'alignement sur au moins 60 % de la façade du terrain. L'implantation des constructions devra s'harmoniser avec les constructions voisines de manière à minimiser les surfaces de pignons aveugles et leur perception depuis l'espace public ".

9. Il résulte de ces dispositions que si elles imposent aux pétitionnaires, afin de préserver un front urbain continu, de construire d'abord en limite d'alignement sur au moins 60 % de celle-ci, elles ne leur interdisent pas pour autant, une fois cette condition satisfaite, de construire au-delà de cette limite.

10. Il ressort des pièces du dossier que la rue du Général Leclerc, au droit de laquelle est implanté le projet, est située le long d'un axe identifié par un trait rouge dans le document graphique du plan local d'urbanisme, et que son terrain d'assiette est, au droit de cette voie, déjà entièrement bâti à l'alignement. Dès lors c'est sans méconnaître les dispositions de l'article UA6 que le maire a pu autorisé Mme E à construire sur le reste de l'unité foncière. Il y a lieu, par conséquent, d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de cet article.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article UA3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Pour être constructible, tout terrain doit présenter au minimum un accès automobile sur une voie publique ou privée, répondant à l'importance et à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles à édifier, notamment en ce qui concerne la commodité, la sécurité de la circulation et des accès, l'enlèvement des ordures ménagères ainsi que les moyens d'approche permettant une lutte efficace contre l'incendie. () La largeur hors tout (ou passage libre) au niveau du portail sera au minimum de 3,5 m ". Et aux termes du lexique du règlement : " Constitue une voie privée pour l'application du présent règlement, tout passage desservant au moins deux terrains et disposant des aménagements nécessaires à la circulation tant des personnes que des véhicules, sans distinction de son régime de propriété (indivision, servitude de passage, etc.) ". Enfin, aux termes de l'article 5 des dispositions spécifiques applicables à l'évolution des constructions existantes non conformes aux dispositions du présent règlement : " Sauf à ce que le règlement de PLU prévoit des dispositions particulières, toute demande de permis de construire portant sur un immeuble existant non-conforme aux règles générales édictées par le règlement applicable à la zone, ne peut être accordée que pour des travaux qui • ont pour objet d'améliorer la conformité de cet immeuble avec les dites règles ou qui sont sans effet à leur égard ; • visent à assurer la mise aux normes des constructions en matière d'accessibilité des personnes handicapées ".

12. Il résulte de ces dispositions qu'elles ne s'appliquent, s'agissant de l'obligation de maintenir une distance minimale de passage libre de 3,50 mètres, que lorsque l'accès prévu par le projet comporte un portail.

13. Le projet comporte à l'ouest de l'unité foncière un accès automobile sur une voie privée résultant d'une servitude constituée en 2014 sur le fonds voisin. Cette voie assure ainsi la desserte des deux propriétés depuis la rue du Général Leclerc. Si la largeur de cet accès est contestée par les parties, les requérants faisant valoir qu'elle ne saurait excéder l'emprise au sol de la servitude de passage, soit 2,60 m, alors que la demande de permis de construire mentionne une largeur de 3,20 m, il est constant qu'aucun portail n'est envisagé pour cet accès qui n'était dès lors pas soumis à l'obligation de présenter un passage libre de 3,50 mètres. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que si la largeur du passage libre existant permettant d'accéder depuis la rue du Général Leclerc à la voie privée desservant l'unité foncière est inférieure à 3,50 mètres, la démolition du mur ouest prévue par le projet aura pour conséquence d'augmenter la largeur de l'accès piéton existant et permettra alors le passage d'un véhicule. La réalisation du projet aura ainsi pour effet d'améliorer la conformité de l'unité foncière du projet au regard de l'article UA3 du règlement.

14. En outre, si les requérants soutiennent que la commodité de la circulation sur la voie privée sera compromise par le projet, ni l'étroitesse de la voie privée à sa jonction avec la rue du Général Leclerc, qui demeure inchangée, ni la configuration des lieux ne font obstacle à ce que les véhicules des occupants des deux maisons d'habitation desservies par la voie, d'une longueur de quelques mètres à peine, puissent manœuvrer dans des conditions qui demeurent satisfaisantes. La démolition du mur ouest permettra d'ailleurs d'améliorer la visibilité des conducteurs empruntant la voie depuis la rue du Général Leclerc. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'écarter dans ses deux branches le moyen tiré de la non-conformité du projet avec l'article UA6 du règlement du plan local d'urbanisme .

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de commune de Saint-Leu-la-Forêt, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions des requérants en ce sens doivent être rejetées.

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants les sommes demandées par Mme E et par commune de Saint-Leu-la-Forêt sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les requêtes n° 2104384 et 2104386 tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 février 2021 du maire de Saint-Leu-la-Forêt.

Article 2 : la requête n°2210581 tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 février 2022 est rejetée.

Article 3 :Les conclusions de la commune de Saint-Leu-la-Forêt et de Mme E tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. D I, à Mme C, à M. J, à la commune de Saint-Leu-la-Forêt et à Mme F E.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron-Guerin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le rapporteur,

F.-E. Baude Le président,

P. Thierry

La greffière,

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22105812

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