vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2104419 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GENTILHOMME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 31 mars 2021 et 14 septembre 2022, l'association immobilière scolaire du diocèse de Pontoise (AISDP), représentée par Me Cloché-Dubois et Me Plisson, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 février 2021 par laquelle la commune de Montmagny a exercé son droit de préemption urbain sur le bien sis 10, rue du Château à Montmagny, sur les parcelles cadastrées section AB, numéros 474, 650, 196, 929 et 207 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Montmagny une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de préemption est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que le propriétaire du bien avait renoncé à la vente et retiré sa déclaration d'intention d'aliéner avant que la décision de préemption ne lui soit notifiée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la vente a été décidée par l'association propriétaire en méconnaissance de ses propres statuts ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dès lors qu'elle ne fait pas apparaître la nature et la réalité du projet envisagé.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 juin 2022 et 26 septembre 2023, la commune de Montmagny, représentée par Me Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de l'AISDP sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que l'AISDP n'a pas d'intérêt pour agir ; l'identité de son représentant n'est pas indiquée, ni l'habilitation de cette personne à agir en justice au nom de l'association ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté pour l'AISDP a été enregistré le 19 mars 2024.
Par une ordonnance du 20 mars 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Buisson,
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,
- et les observations de Me Mimoun, représentant l'association immobilière scolaire du diocèse de Pointoise, de Me Guranna représentant la commune de Montmagny et de Me Battais représentant l'association des œuvres privées de Montmagny.
Considérant ce qui suit :
1. L'association des œuvres privées de Montmagny (AOP) est propriétaire d'un terrain sur lequel est édifiée une école, situé 10, rue du Château à Montmagny, sur les parcelles cadastrées section AB n° 474, 650, 196, 929 et 207. Par une délibération du 14 novembre 2019, son assemblée générale a décidé de le vendre à l'association immobilière scolaire du diocèse de Pontoise (AISDP) au prix de 200 000 euros. Une déclaration d'intention d'aliéner en date du 12 janvier 2021 a été déposée par le notaire mandaté par l'AOP à la mairie de Montmagny. Par une décision du 22 février 2021, notifiée le 1er mars suivant, le maire de Montmagny a exercé le droit de préemption urbain. Le 23 février 2021, le notaire a informé les services de la commune que sa cliente avait décidé de retirer sa déclaration d'intention d'aliéner. Par la présente requête, l'AISDP demande au tribunal d'annuler la décision du maire de Montmagny du 22 février 2021.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Montmagny :
2. D'une part, il ressort tant de la délibération du 14 novembre 2019 mentionnée au point 1 que de la rubrique G du formulaire de déclaration d'intention d'aliéner que l'AISDP était désignée par l'AOP comme l'acquéreur du bien litigieux au prix et conditions indiqués. Par suite, même en l'absence de toute promesse de vente entre les deux associations, l'AISDP établit à l'instance qu'elle présente, en sa qualité d'acquéreur évincé, un intérêt direct pour demander au tribunal l'annulation de la décision de préemption du 22 février 2021.
3. D'autre part, il ressort des écritures en réplique de l'AISDP que celle-ci est représentée à l'instance par son président, qui tient de l'article 17 des statuts de l'association le pouvoir de la représenter devant les juridictions de tous ordres, en vertu d'une délégation permanente du bureau de l'association. En outre, l'habilitation du président de l'AISDP pour agir au nom de l'association dans la présente instance est établie par le procès-verbal de réunion du bureau du 30 mars 2021 produit par la requérante. Dès lors, le président de l'AISDP avait qualité pour la représenter devant le tribunal.
4. Par suite, les deux fins de non-recevoir opposées par la commune de Montmagny doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 213-1 du code de l'urbanisme : " Sont soumis au droit de préemption institué par l'un ou l'autre des deux précédents chapitres : / 1° Tout immeuble ou ensemble de droits sociaux donnant vocation à l'attribution en propriété ou en jouissance d'un immeuble ou d'une partie d'immeuble, bâti ou non bâti, lorsqu'ils sont aliénés, à titre onéreux, sous quelque forme que ce soit () ".
6. L'offre de vente résultant de la déclaration d'intention d'aliéner souscrite par le propriétaire d'un bien soumis à l'un des droits de préemption institués par le titre 1er du livre II du code de l'urbanisme constitue, jusqu'à son éventuelle acceptation par le titulaire de ce droit, une simple pollicitation qui peut être rétractée unilatéralement par ce propriétaire. Les dispositions de l'article L. 213-7 du code de l'urbanisme, aux termes desquelles : " A défaut d'accord sur le prix, tout propriétaire d'un bien soumis au droit de préemption, qui a manifesté son intention d'aliéner ledit bien, peut ultérieurement retirer son offre () " n'ont ni pour objet, ni pour effet de faire obstacle à une rétractation antérieure à la décision du titulaire du droit de préemption. Il en résulte que le propriétaire d'un bien soumis au droit de préemption peut renoncer à son intention d'aliéner, sans aucune condition, tant que l'autorité compétente pour exercer le droit de préemption n'a pas fait connaître son accord sur le prix de cession proposé.
7. Par un courrier électronique du 23 février 2021, le notaire mandataire de l'AOP a informé les services de la commune de Montmagny de la renonciation de l'AOP à la vente du bien sis 10, rue du Château à Montmagny, dont la commune a accusé réception le lendemain. Or, par une décision du 22 février 2021, la commune de Montmagny avait décidé de préempter ce bien. Toutefois, cette décision ayant été adressée au notaire, par retour de courriel, le 24 février 2021, et notifiée par courrier recommandé le 1er mars suivant, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas soutenu en défense, que la décision de préemption avait été portée à la connaissance du propriétaire du bien avant sa renonciation à la vente du 23 février 2021. Par suite,
eu égard au retrait de la déclaration d'intention d'aliéner, intervenu avant la notification de la décision de préemption, cette décision n'a pu légalement prendre effet, sans que la commune puisse utilement contester le mandat du notaire pour effectuer cet acte de renonciation, ni se prévaloir de ce que le président de l'AOP, qui n'était en tout état de cause pas le seul détenteur des pouvoirs de l'association pour effectuer les formalités relatives à cette vente, ait manifesté son désaccord a posteriori.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors applicable : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. () ". Aux termes de l'article L. 300-1 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. () ".
9. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.
10. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que la commune de Montmagny a exercé son droit de préemption urbain au motif que " le bien est situé à proximité du périmètre de rénovation du centre-ville et qu'il est intéressant pour renforcer l'attractivité de l'opération de constituer une réserve foncière pour la construction d'un futur établissement public ". Compte tenu des termes très généraux de la décision, qui ne fait pas apparaître, à sa seule lecture, la nature du projet poursuivi par la commune, l'AISDP est fondée à soutenir que la décision litigieuse était insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme.
11. D'autre part, si la décision mentionne " la construction d'un futur établissement public " pour justifier la préemption du terrain litigieux, sur lequel est sise une école privée, la commune fait valoir, dans ses premières écritures, que l'objectif du projet est le maintien d'une école communale dans le centre-ville, avant d'indiquer, dans son deuxième mémoire en défense, qu'elle souhaite " créer un nouvel établissement d'enseignement public sur le terrain préempté, sans, pour autant, supprimer l'établissement d'enseignement privé existant " sur la parcelle. Dans ces conditions, dès lors qu'elle invoque des motifs contradictoires, au soutien desquels n'intervient la production d'aucune pièce en rapport avec le projet et antérieure à la décision de préemption, la commune ne justifie pas de la réalité et de l'antériorité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme en vue duquel la décision de préemption aurait été prise. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 210-1 doit être accueilli.
12. Il résulte de ce qui précède que l'association requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 22 février 2021 par laquelle la commune de Montmagny a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur les parcelles cadastrées AB 474 650 196 929 207 situées 10, rue du Château à Montmagny. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Montmagny, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros à verser à l'AISDP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice. En revanche, les conclusions présentées au titre des mêmes dispositions par la commune de Montmagny ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commune de Montmagny du 22 février 2021 est annulée.
Article 2 : La commune de Montmagny versera à l'AISDP la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de Montmagny sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association immobilière scolaire du diocèse de Pontoise, à la commune de Montmagny et à l'association des œuvres privées de Montmagny.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Buisson, président ;
- Mme Garona, première conseillère ;
- M. Ausseil, conseiller ;
assistés de Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le président-rapporteur,
signé
L. Buisson
L'assesseure la plus ancienne,
signé
E. GaronaLa greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026