Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2104452

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2104452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGARCIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 31 mars 2021 et le 21 janvier 2022, Mme B, représentée par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 février 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer, à titre rétroactif, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle justifie de difficultés qui l'ont empêché de former sa demande d'asile dans les 90 jours après son arrivée en France ;

- par une décision du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat a reconnu l'incompatibilité partielle des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- l'administration ne s'est pas livrée à un examen particulier de sa vulnérabilité ;

- c'est à tort que l'OFII a estimé qu'elle ne se trouvait pas en situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par une décision du 28 juin 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante burkinabée née le 12 mars 1987, a présenté une demande d'asile enregistrée le 23 février 2021 en procédure accélérée. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle a présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil () ". Il résulte de ces dispositions que l'entretien avec le demandeur d'asile, qui a pour objet de connaître l'intégralité de sa situation et d'évaluer ses besoins, doit intervenir à l'occasion du dépôt d'une première demande d'asile et, en tout état de cause, avant que l'OFII ne statue sur l'octroi des conditions matérielles d'accueil.

3. Si l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que Mme B a bénéficié, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, d'un entretien personnel de vulnérabilité, la fiche d'évaluation qu'il produit à cet égard fait ressortir que cet entretien a eu lieu le 24 avril 2021, soit deux mois après la décision attaquée. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme établi que la requérante aurait bénéficié avant l'édiction de cette décision de l'entretien prévu par les dispositions législatives précitées.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte

5. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, et alors qu'en l'état de l'instruction les moyens de légalité interne n'apparaissent pas fondés, le présent jugement n'implique pas, comme se borne à le demander Mme B, que le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui octroie le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Les conclusions tendant au prononcé d'une telle injonction ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme que demande Mme B au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1 : La décision du 23 février 2021 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Garcia, conseil de Mme C, et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

Mme D et M. A, premiers conseillers,

Assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. D

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.