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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2104461

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2104461

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2104461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNDIGO NZIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 30 mars 2021, le 31 août 2022, le 25 septembre 2022 et le 28 novembre 2022, Mme A D, représentée par Me Ndigo Nzie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 26 mars 2021 refusant de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 26 mars 2021 lui notifiant une obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Elle soutient que :

- en invoquant en défense une irrecevabilité, le préfet des Hauts-de-Seine

est réputé avoir renoncé à l'exécution de sa décision portant rejet de la demande de titre

de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des risques qu'elle encourt dans son pays ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, dès lors qu'elles reprennent des motifs erronés du jugement de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit tirée du fait que le préfet n'a pas jugé utile de donner à la requérante la possibilité de mieux exposer sa situation.

- elles méconnaissent l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la requérante verrait sa sécurité menacée en retournant dans son pays d'origine et qu'il n'est pas allégué que la requérante serait légalement admissible dans un autre pays.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête comme irrecevable.

Par un courrier du 2 mai 2023, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'arrêté en date du 26 mars 2021 ne prenant pas de nouvelle décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un courrier du 4 mai 2023, la requérante a répondu à ce moyen.

Mme D été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- et les observations de Me Ndigo Nzie, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante de la République Démocratique du Congo, née le 9 août 1993, entrée en France le 2 avril 2018, a sollicité une première fois l'asile le 25 mai 2018. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande le 31 août 2018, et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté son recours le 28 mai 2019. La requérante a formulé une première demande de réexamen le 14 août 2019, rejetée comme irrecevable par l'OFPRA et confirmée par la CNDA. En réponse à une deuxième demande de réexamen, le préfet des Hauts-de-Seine a, par une décision du 26 mars 2021, refusé de délivrer à l'intéressée une attestation de demandeur d'asile. Par la requête susvisée, Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. La circonstance que le préfet a, selon la requérante, opposé à tort une fin de non-recevoir, outre qu'elle est sans incidence sur la recevabilité du mémoire en défense, ne vaut pas renonciation à l'exécution des décisions attaquées par acquiescement aux prétentions de Mme D.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du préfet en date du 26 mars 2021 n'a fait que rappeler à la requérante l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 21 janvier 2021, sans prendre de nouvelle décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation de la décision du préfet du 26 mars 2021 d'obligation de quitter le territoire français sont irrecevables.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 743-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 743-1, sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, adoptée à Rome le 4 novembre 1950, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin et l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé lorsque : () 5° L'étranger présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ". En outre, aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Enfin, selon les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande de réexamen formée par Mme D a été définitivement rejetée par une décision de l'OFPRA, confirmée par une décision de la CNDA du 23 janvier 2020. Dès lors, l'intéressée se trouvait dans le cas, prévu au 5° de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut refuser de délivrer une attestation de demande d'asile.

6. La requérante fait valoir sa participation à une manifestation comme opposante politique, suite à l'élection du président C le 30 décembre 2018, où elle aurait été photographiée et filmée, ainsi que son adhésion à l'Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecidé) le 6 juillet 2021, parti d'opposition au pouvoir. Elle soutient également qu'elle serait exposée à des risques de persécution en cas de retour dans son pays d'origine, le République démocratique du Congo, où elle n'a plus comme soutient que ses frères, par ailleurs au chômage, son père et son oncle étant décédés. Sa demande d'asile a cependant fait l'objet d'un examen attentif à deux reprises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, qui ont conclu à l'impossibilité d'établir la réalité de ses craintes actuelles de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine. Si la requérante allègue qu'en cas de retour, elle risque d'être menacée par d'anciens camarades de l'UDPS estimant qu'elle les a trahis en choisissant le camp de l'adversaire de M. C, d'être retrouvée par ses gardiens de la prison de Makala ou par les policiers qui l'auraient violée au commissariat de Lufungula, ou interpelée à sa descente d'avion et réincarcérée, elle ne produit toutefois aucune pièce permettant de démontrer qu'elle serait exposée personnellement à des risques actuels, graves et personnels de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Mme D verse également au dossier une attestation d'un avocat, Me Omela Lopepe, soutenant que le domicile familial de la requérante au Congo aurait été pillé et que deux de ses frères auraient été frappés et torturés par les Combattants de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS). Cette attestation n'est cependant assortie d'aucun document permettant d'attester la réalité des faits allégués. Ainsi, le préfet n'a pas méconnu la réserve d'application de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui impose le respect des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ni entaché, par suite, sa décision d'une erreur d'appréciation ni d'un défaut d'examen sérieux de la situation de la requérante. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré des risques de torture soulevé contre la décision fixant le pays de destination doit être écarté. Il résulte également des dispositions précitées que le préfet n'était pas dans l'obligation de proposer un nouvel entretien à la requérante avant de lui refuser la délivrance d'une attestation de demandeur d'asile. Le moyen tiré du fait que la requérante, qui a pu faire valoir ses arguments devant l'OFPRA et la CNDA à deux reprises, ait été privée de la possibilité de mieux exposer sa situation, peut donc être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer à Mme D, une attestation de demandeur d'asile et a fixé le pays de destination, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Ndigo Nzie, conseil de Mme D, et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. B et M. Viain, premiers conseillers ;

assistés de Mme Tainsa, greffière.

Lu en audience publique le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2104461

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