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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2104605

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2104605

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2104605
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2021, M. B A, représenté par Me de Sèze, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 21 janvier 2021, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, avec effet depuis le mois de novembre 2020, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros à verser, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à Me de Sèze, qui sera autorisé à en percevoir directement le recouvrement.

M. A soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- est intervenue sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité ;

- est illégale, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne démontre pas que l'information obligatoire prévue par l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui a été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- est illégale, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'établissant pas qu'il n'aurait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.

Par une décision en date du 10 mai 2021, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

** M. A, demandeur d'asile de nationalité afghane, conteste la décision, en date du 21 janvier 2021, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Si, comme en l'espèce, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil, ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

3. La décision dont l'annulation est demandée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée.

5. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ".

6. Lorsqu'il est saisi d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder à un nouvel entretien d'évaluation de vulnérabilité avec le demandeur d'asile. Il ressort des pièces versées au dossier par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Nord, le 22 mars 2019, M. A a été évalué dans une langue qu'il comprend " avec le concours d'un interprète professionnel " et que, préalablement à la décision litigieuse, il a été reçu à la direction territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy, le 25 novembre 2020, pour un entretien visant à " estimer sa situation ". Au cours de cet entretien, le requérant a déclaré être hébergé par une particulière à Sennecey (Saône-et-Loire) de " façon précaire " et demandé la réalisation d'un avis " Medzo ". L'Office français de l'immigration et de l'intégration justifie également que le médecin coordonnateur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a recommandé, le 7 décembre 2020, " Niveau 0 : ne semble pas relever d'une priorité pour un hébergement pour des raisons de santé ". Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas été procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité ou que sa vulnérabilité n'aurait pas été prise en compte avant l'intervention de la décision en date du 21 janvier 2021.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet, dans le cadre de la procédure Dublin, d'une décision de transfert à destination de l'Allemagne et que ce transfert a eu lieu le 30 octobre 2019. Si le requérant, qui est revenu en France en novembre 2019, expose qu'au cours de son séjour en Allemagne, il n'a pas bénéficié des conditions matérielles d'accueil, qu'il n'a pas été mis en mesure de déposer sa demande d'asile et que les autorités allemandes lui ont indiqué oralement qu'il devait retourner en France ou dans son pays d'origine, il ne joint à sa requête aucune pièce établissant, par exemple, qu'il aurait engagé des démarches auprès des autorités allemandes pour faire valoir ses droits. Dans ces conditions, ainsi que le fait d'ailleurs valoir l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans son mémoire en défense, M. A ne démontre pas que sa demande d'asile aurait été rejetée par les autorités allemandes ou qu'il aurait été empêché d'introduire sa demande d'asile en Allemagne ou que les autorités de ce pays auraient refusé d'examiner celle-ci. Enfin, le requérant n'établit pas ni même n'allègue que les autorités allemandes lui ont fait obligation de quitter le territoire allemand à destination de la France. Il suit de là que M. A doit être regardé comme n'ayant pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

8. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° À l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend () que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () ".

9. L'Office français de l'immigration et de l'intégration joint à son mémoire en défense la copie de l'offre de prise en charge qu'il a faite au requérant et que celui-ci a signée le 22 mars 2019 à Lille en bénéficiant du concours d'un interprète professionnel. Il suit de là que le moyen tiré de ce que M. A n'a pas bénéficié de l'information obligatoire prévue par l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme manquant en fait.

10. Si M. A verse au dossier un certificat établi en date du 4 février 2021 par une psychiatre du centre psychiatrique d'orientation et d'accueil - centre Georges Daumézon, ce seul document, qui évoque sur le plan somatique un " asthme grave traité par aérosols et probable eczéma " et une " Symptomatologie anxio-dépressive avec troubles du sommeil et éléments évocateurs post-traumatiques ", ne suffit pas à établir qu'à la date à laquelle il a présenté sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil le requérant, né le 3 janvier 1993, se trouvait dans une situation d'une particulière vulnérabilité, qui justifierait l'annulation pour erreur d'appréciation de la décision contestée.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

13. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

F.-X. PROST

La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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