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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2104951

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2104951

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2104951
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantESSONO NGUEMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 avril 2021 et le 27 juillet 2021, Mme C E A, représentée par Me Essono Nguema, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui faire une offre de prise en charge, de procéder à l'entretien prévu par les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'aucune information préalable ne lui a été donnée dans une langue qu'il comprend sur les conditions matérielles d'accueil, la nécessité d'accepter l'offre faite et des possibilités de les retirer ou de les refuser en méconnaissance des dispositions de l'article R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'OFII n'a pas procédé à l'entretien prévu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen individuel ;

- il découle du défaut d'examen et du vice de procédure une erreur de droit ;

- l'article " d '- " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est contraire au droit de l'Union européenne ;

- les dispositions du 3° et du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour du droit des étrangers sont contraires au droit de l'Union européenne ;

- l'OFII n'a pas pris en compte sa vulnérabilité ;

- elle justifie du dépôt de sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire national en raison de motifs légitimes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme E A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Mme E A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A, ressortissant colombienne née le 16 janvier 1966, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 23 mars 2021 en procédure accélérée. Par une décision du même jour, dont elle demande l'annulation dans la présente requête, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle avait présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français.

2. En premier lieu, par une décision du 3 décembre 2018, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme B D, directrice territoriale à Montrouge, à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Montrouge telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 modifiée portant organisation générale de l'OFII, au nombre desquelles comptent les décisions de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice d'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige, vise les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de l'article D. 744-37 du même code et précise que l'intéressée a présenté une demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français. Dès lors la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait alors que l'exigence de motivation n'implique pas qu'elle mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, pour soutenir qu'il n'a pas été informé dans une langue qu'il comprend des conditions d'octroi et des modalités de refus des conditions matérielles d'accueil, Mme E A ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'étaient pas encore entrées en vigueur à la date de la décision attaquée, ni même de celles du I de l'article R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, qui figurent dans une sous-section intitulée " Lieux d'hébergements pour demandeurs d'asile " qui concernent seulement les lieux d'hébergement des demandeurs d'asile. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure et d'une erreur de droit doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ".

6. Contrairement à ce que soutient Mme E A, il ressort des pièces du dossier qu'elle a bénéficié d'un entretien individuel lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 23 mars 2021 au cours duquel sa situation, et, dans ce cadre, sa vulnérabilité, a été examinée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme E A, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité. En particulier, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été reçue en entretien par un agent de l'OFII le 23 mars 2021, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante et d'erreur de droit doit être écarté.

8. En sixième lieu, si Mme E A soutient, d'une part, que l'article " L. '- " est contraire au droit de l'Union Européenne, en ne citant pas expressément l'article dont il s'agit, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. D'autre part, Mme E A ne saurait utilement soutenir que les dispositions du 3° et du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont contraires au droit de l'Union européenne dès lors que ces dispositions n'étaient pas encore en vigueur à la date de la décision attaquée qui n'a pas été prise sur leur fondement, mais sur celui des dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables.

9. En septième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () 2° Refusé si le demandeur () n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ". Aux termes de l'article L. 723-2 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " () / III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; ".

10. Il est constant que Mme E A est entrée en France le 17 août 2020 et que la demande d'asile de la requérante n'a été enregistrée que le 23 mars 2021. Si Mme E A soutient qu'elle a connu des problèmes pratiques sur la plateforme téléphonique mise en place par l'OFII, retardant la date effective d'enregistrement de sa demande d'asile, elle ne produit aucun élément de preuve de nature à établir ses allégations et démontrant que le dépassement du délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile serait imputable à l'impossibilité de joindre la plateforme téléphonique. En outre, de telles difficultés ne sauraient expliquer un délai de plus de sept mois pour procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile. De même si elle se prévaut de la situation de confinement au printemps 2020, celui-ci a pris fin en mai 2020 et n'était plus en vigueur à la date de son arrivée sur le territoire français. Enfin, si elle fait valoir qu'elle a dû s'occuper de sa fille handicapée, elle n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation démontrant que l'état de santé de sa fille l'aurait empêché de présenter sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours. Dans ces conditions, la requérante ne justifie d'aucune motif légitime pour avoir présenté sa demande d'asile au-delà de ce délai et l'OFII a pu légalement lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

11. En huitième et dernier lieu, Mme E A soutient que sa situation de femme isolée avec une enfant handicapée justifiait que lui soit octroyé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de son entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 23 mars 2021, elle a répondu que la famille était hébergée par une connaissance, qu'aucun des membres de la famille n'a besoin d'un tiers pour les actes essentiels de la vie courante, n'a fait état d'aucun problème de santé particulier et n'a pas sollicité l'avis du médecin de l'OFII. En outre, l'intéressée ne produit aucun document quant à l'état de santé de sa fille et ses éventuelles besoins en matière d'accueil. Par suite, au regard de l'état de vulnérabilité de Mme E A, le directeur territorial de l'OFII de Cergy n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, MM. Amazouz et Weiswald, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

Le Président-rapporteur,

signé

R. Féral

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

S. AmazouzLa greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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