lundi 21 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2105020 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | LARROQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 avril 2021, M. D C A, représenté par Me Larroque, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 11 décembre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Cergy lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de mai 2019, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de prendre une nouvelle décision dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée de vices de procédure en ce qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité réalisé par un agent spécifiquement formé, qu'il n'a pas été informé de la possibilité de bénéficier d'un examen de santé gratuit et qu'il n'a pas été informé dans une langue qu'il comprend du non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que l'OFII n'a pas pris en compte sa vulnérabilité et n'a pas explicité les raisons pour lesquelles il aurait manqué à ses obligations ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'OFII n'établit pas qu'il aurait manqué à ses obligations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. C A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant soudanais né le 3 mars 1993, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée 18 octobre 2017 en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Le 5 juillet 2018, l'intéressé a été transféré aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Après son retour sur le territoire français, le 7 juillet 2018 selon ses déclarations, sa demande d'asile a été enregistrée en procédure " Dublin " le 31 juillet 2018. Par une décision du 26 septembre 2018, l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par courriel du 5 octobre 2020, l'intéressé a sollicité le rétablissement de ces conditions. Par une décision du 11 décembre 2020, dont il demande l'annulation, la directrice territoriale de Cergy de l'OFII a rejeté sa demande.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, l'admission provisoire de M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée est revêtue de la signature " Pour le directeur général et par délégation " de Mme B E " responsable du bureau de d'asile de l'OFII à Cergy ". En vertu de la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 14 février 2019 portant délégation de signature, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur (BOMI) n° 2019-03 du 15 mars 2019, Mme E avait qualité pour signer " tous les documents relatifs à l'asile dont elle a la charge ". Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit donc être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, la décision en litige, qui vise notamment l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision du Conseil d'Etat n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, rappelle que M. C A a fait l'objet d'un transfert vers l'Italie le 5 juillet 2018 et qu'il est revenu sur le territoire français le 7 juillet 2018 sans pouvoir justifier de sa demande d'asile en Italie ou des difficultés rencontrées, que sa demande d'asile a été réenregistrée en procédure " Dublin " puis requalifiée en procédure accélérée, que la remise d'une nouvelle attestation de demande d'asile n'implique pas automatiquement le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et que les motifs invoqués lors de son entretien ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenties. Elle énonce enfin qu'après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil est rejetée. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
5. En troisième lieu, si M. C A soutient qu'il n'est pas démontré que l'information prévue par les articles L. 744-7, R. 744-9 et D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui a été délivrée, ce moyen est inopérant à l'encontre d'une décision de refus de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui n'est pas prise au motif qu'il n'a pas respecté les obligations auxquelles l'intéressé a consenties. En tout état de cause, le formulaire d'offre de prise en charge, signé par le requérant le 18 octobre 2017, mentionne toutefois que l'intéressé " certifie avoir été informé dans une langue [qu'il comprend] des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil ". Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas été informé dans une langue qu'il comprend de l'information prévue par ces dispositions ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ". Aux termes de l'article R. 744-14 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / () ".
7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire d'offre de prise en charge de l'OFII produit en défense et signé par le requérant, que M. C A a certifié avoir été évalué par un agent de l'OFII, dans une langue qu'il comprend et avec le concours d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 18 octobre 2017. Il a également fait l'objet d'un nouvel entretien de vulnérabilité le 31 juillet 2018. Alors que les dispositions précitées des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposaient pas à l'OFII de lui accorder un nouvel entretien, un tel entretien pour examiner sa vulnérabilité lui a toutefois été accordé le 26 octobre 2020 lors de l'examen de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil qui n'a pas fait apparaitre de vulnérabilité particulière. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a sollicité lors de cet entretien avec un agent formé un avis MEDZO et une enveloppe avec un certificat médical confidentiel à faire remplir par un médecin lui a été remis. Ainsi, les moyens tirés de ce que M. C A n'a bénéficié d'aucune évaluation de sa vulnérabilité par un agent de l'OFII en méconnaissance des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce qu'il n'a pas été informé de la possibilité de bénéficier d'un examen de santé gratuit doivent être écartés.
8. En cinquième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. C A, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.
9. En sixième lieu, d'une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée et de ce qui a été exposé au point 7 qu'avant de lui refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'OFII a examiné et pris en compte la vulnérabilité du requérant. D'autre part, l'OFII n'avait pas à " expliciter la raison pour laquelle il n'a pas respecté les obligations auxquelles il a préalablement consenti " dès lors que le non-respect des obligations auxquelles il a consenti ne constitue pas le fondement de la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil mais celui de la décision lui refusant le bénéfice de ces conditions. Par suite, le moyen d'erreur de droit doit être écarté.
10. En septième et dernier lieu, le requérant, qui était âgé de vingt-sept ans à la date de la décision attaquée, ne fournit aucun élément de nature à attester de l'existence d'une situation de vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. L'intéressé était d'ailleurs hébergé, à la date de la décision attaquée, dans le cadre d'un hébergement d'urgence pour demandeur d'asile depuis le 9 octobre 2018. En outre, le requérant ne soutient pas ni même n'allègue qu'après son transfert en Espagne, les autorités italiennes auraient refusé d'examiner sa demande d'asile ou de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, alors qu'il n'est resté que deux jours en Italie. Ainsi, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée lui refusant le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. C A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère et M. Weiswald, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2023.
Le Président-rapporteur,
signé
R. Féral
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
J.-B. WeiswaldLa greffière,
signé
M. F
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026