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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105146

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105146

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantDEBRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 14 avril 2021 et 19 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Debray, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 26 octobre 2020, 19 novembre 2020 et 27 janvier 2021 par lesquelles le conseil départemental des Hauts-de-Seine lui a décompté trente-neuf jours de congés pour l'année 2020 et la décision du 17 février 2021 de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge du conseil départemental des Hauts-de-Seine la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le conseil départemental des Hauts-de-Seine a fait une application abusive de la règle des congés " à la demande du service " issue de sa délibération du 15 décembre 1995 ;

- elle n'a reçu aucune notification préalable à la retenue des trente-neuf jours de congés " à la demande du service " ;

- le conseil départemental des Hauts-de-Seine lui a décompté, de manière rétroactive, trente-neuf jours de congés sur l'année 2020 au titre des congés " à la demande du service " alors qu'elle n'a jamais demandé l'exercice de son droit à congés et qu'elle était restée disponible pour répondre à ses demandes d'accueil ;

- les décisions attaquées sont illégales car elles portent atteinte à son droit au repos ;

- les décisions attaquées sont illégales car elles la privent de son indemnité de congés non pris ;

- les décisions attaquées sont illégales car elles méconnaissent le principe d'égalité de traitement ;

- le conseil départemental des Hauts-de-Seine a conscience de l'illégalité des décisions attaquées puisque par mail du 8 juin 2021, il a informé les assistantes familiales de la suppression de cette règle des congés " à la demande du service " à compter du 1er janvier 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2023, le conseil départemental des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un courrier du 11 octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application des dispositions de l'article L. 423-33 du code de l'action sociale et des familles.

Par une ordonnance du 21 septembre 2023, la clôture d'instruction, initialement fixée au 12 juillet, puis au 20 septembre 2023, a été reportée au 13 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Courtois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée par le conseil départemental des Hauts-de-Seine en qualité d'assistante familiale au sein du service de l'aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à compter du 25 juin 2014. Par lettres du 26 octobre 2020, du 19 novembre 2020 et du 27 janvier 2021, le conseil départemental des Hauts-de-Seine lui a notifié le décompte de ses jours de congés pour l'année 2020 qui mentionnait la retenue de trente-neuf jours de congés " à la demande du service " correspondant aux absences des enfants qu'elle gardait pour les périodes du 19 au 21 février 2020, du 21 juillet au 11 août 2020, du 26 au 29 octobre 2020 et du 22 au 31 décembre 2020. Par courrier du 30 novembre 2020, Mme A a effectué un recours gracieux tendant au réexamen de sa situation qui a été rejeté par une décision du 17 février 2021. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation des décisions fixant ce décompte et la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. L'assistant familial constitue, avec l'ensemble des personnes résidant à son domicile, une famille d'accueil ". Aux termes de l'article L. 423-33 du même code, dans sa version en vigueur à la date des décisions attaquées, applicable aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public en vertu de l'article L. 422-1 de ce code : " Les assistants familiaux ne peuvent se séparer des mineurs qui leur sont confiés pendant les repos hebdomadaires, jours fériés, congés annuels, congés d'adoption ou congés de formation ou congés pour évènements familiaux sans l'accord préalable de leur employeur. / La décision de celui-ci est fondée sur la situation de chaque enfant, en fonction, notamment, de ses besoins psychologiques et affectifs et des possibilités de remise à sa famille naturelle. Elle tient compte aussi des souhaits de la famille d'accueil. / Toutefois, sous réserve de l'intérêt de l'enfant, l'employeur doit autoriser l'assistant familial qui en a effectué la demande écrite à se séparer simultanément de tous les enfants accueillis pendant une durée minimale de jours de congés annuels et une durée minimale de jours à répartir sur l'année, définies par décret./ L'employeur qui a autorisé l'assistant familial à se séparer de tous les enfants accueillis pour la durée de ses congés payés organise les modalités de placement de ces enfants en leur garantissant un accueil temporaire de qualité pour permettre à l'assistant familial chez qui ils sont habituellement placés de faire valoir ses droits à congés. / Lorsque l'enfant est maintenu chez l'assistant familial pendant la période de congés annuels de ce dernier, la rémunération de celui-ci est maintenue et s'ajoute aux indemnités prévues à l'article L. 773-4. () Avec leur accord écrit, il est institué un report de congés au bénéfice des assistants familiaux qui n'ont pas utilisé la totalité des droits ouverts au cinquième alinéa. Ce compte permet à son titulaire d'accumuler des droits à congés rémunérés, par report des congés annuels ". Enfin, aux termes de l'article D. 423-26 du même code, en vigueur à la date des décisions attaquées : " La durée minimale prévue au troisième alinéa de l'article L. 423-33 est de 21 jours calendaires dont au minimum 12 jours consécutifs. La demande de l'assistant familial doit parvenir à son employeur au plus tard trois mois avant le premier jour de congé sollicité () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le conseil départemental des Hauts-de-Seine, employeur de Mme A, a retenu dans le décompte de ses congés annuels au titre de l'année 2020 trente-neuf jours de congés dits " à la demande du service " pour les périodes du 19 au 21 février 2020, du 21 juillet au 11 août 2020, du 26 au 29 octobre 2020 et du 22 au 31 décembre 2020, correspondant aux périodes d'absence des enfants du domicile de la requérante à compter du quatrième jour de cette absence. Pour procéder à cette retenue, le conseil départemental s'est fondé sur une délibération du conseil général des Hauts-de-Seine en date du 15 décembre 1995 relative aux nouvelles dispositions concernant les assistants maternels employés au titre de l'aide sociale à l'enfance, qui prévoit que sont considérés comme jours de congés " les absences de l'enfant uniquement à partir du quatrième jour afin de ne pas pénaliser les assistants maternels en cas de départ de l'enfant le week-end, ce qui respecte l'esprit de la loi du 12 juillet 1992 ". Toutefois, dès lors que les dispositions précitées de l'article L. 423-33 du code de l'action sociale et des familles, qui fixaient les droits à congés des assistants familiaux depuis leur entrée en vigueur le 1er mai 2008, ne prévoyaient pas la possibilité d'une retenue sur les jours de congés annuels pour un motif lié à l'absence du mineur confié à l'assistant familial, le département des Hauts-de-Seine ne pouvait légalement se fonder sur cette délibération pour procéder à une retenue sur les congés annuels de la requérante, les " congés dans l'intérêt du service " qu'elle prévoit pour les assistants maternels employés au titre de l'aide sociale à l'enfance, étant devenues contradictoires avec les dispositions législatives précitées de l'article L. 423-33 du code de l'action sociale et des familles. En outre, il n'est pas sérieusement contesté par le conseil départemental des Hauts-de-Seine que les jours d'absence des enfants gardés par Mme A, qui ont donné lieu à la retenue contestée, correspondaient à des périodes où la requérante devait se tenir à la disposition du service en cas de nécessité. C'est donc à tort que le conseil départemental a décompté les trente-neuf jours en litige. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, les décisions du conseil départemental des Hauts-de-Seine procédant à une retenue totale de trente-neuf jours de congés " à la demande du service " ainsi que celle rejetant le recours gracieux de Mme A, qui méconnaissent le champ d'application de la loi, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

5. Le motif de l'annulation des décisions attaquées implique nécessairement qu'il soit enjoint au conseil départemental des Hauts-de-Seine de procéder à une régularisation de la situation administrative de Mme A au regard de ses droits à congés au titre de l'année 2020 en tenant compte des annulations prononcées, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge du conseil départemental des Hauts-de-Seine la somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du conseil départemental des Hauts-de-Seine en date du 26 octobre 2020, 19 novembre 2020, 27 janvier et 17 février 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au conseil départemental des Hauts-de-Seine de procéder à une régularisation de la situation administrative de Mme A au regard de ses droits à congés au titre de l'année 2020, en tenant compte des annulations prononcées à l'article 1er, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : Le département des Hauts-de-Seine versera à Mme A une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au conseil départemental des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 29 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Courtois, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteur,

signés

M-A Courtois

La présidente,

signé

E. Drevon-Coblence

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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