lundi 21 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2105206 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | GOUJON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 16 avril 2021 et le 30 juillet 2021, M. C B, représenté par Me Goujon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 29 septembre 2020 dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai de huit jours, sous astreinte de dix euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de suspension du 29 septembre 2020 a été prise par une autorité incompétente ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'OFII n'a pas pris en compte sa vulnérabilité et a considéré à tort qu'il n'avait pas respecté ses obligations ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 25 et 26 mai 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les conclusions contre la décision implicite de rejet de son recours gracieux sont irrecevables et que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision du Conseil d'Etat n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par la décision n° 428530-428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'État statuant au contentieux a prononcé l'annulation, sans en différer les effets, des dispositions du 12° de l'article 1er du décret n° 2018-1359 du 28 décembre 2018 susvisé, insérant au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile un article D. 744-37-1 prévoyant notamment que tout recours contentieux contre la décision de refus prise sur le fondement de l'article L. 744-7 du code précité est précédé d'un recours administratif préalable devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
2. M. B, ressortissant pakistanais né le 11 décembre 1981, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 28 juin 2019 en procédure dite " Dublin " et a accepté, le même jour, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a ainsi bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le préfet des Hauts-de-Seine, par du 31 juillet 2019, a décidé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le 25 février 2020, l'intéressé a été déclaré en fuite. Par courrier du 22 juin 2020, l'OFII l'a informé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'intéressé a présenté des observations par courriel du 20 juillet 2020. Par une décision du 29 septembre 2020, l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par courriel du 17 décembre 2020, l'intéressé a formé un recours devant le directeur général de l'OFII pour contester cette décision de suspension. Ce recours, qui ne pouvait revêtir, en application de ce qui a été dit au point précédent, le caractère d'un recours administratif préalable obligatoire doit être regardé, compte tenu de son objet, comme un recours hiérarchique. Le directeur général de l'OFII n'a pas répondu à ce recours. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision implicite de rejet de son recours hiérarchique.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'étendue des conclusions à fin d'annulation :
4. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux et / ou un recours hiérarchique avant de former un recours contentieux. L'exercice de tels recours administratifs n'ayant d'autre objet que d'inviter l'administration à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet de ces décisions doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet des recours administratifs dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. En conséquence, il appartient au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet d'un ou des recours administratifs, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. Ainsi, M. B doit être regardé comme demandant tant l'annulation de la décision du 29 septembre 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, que celle de la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours hiérarchique, les conclusions aux fins d'annulation de cette dernière décision étant dès lors, contrairement à ce que fait valoir l'OFII en défense, recevables.
En ce qui concerne la légalité des décisions :
5. En premier lieu, par une décision du 3 décembre 2018, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme A D, directrice territoriale à Montrouge, à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Montrouge telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 modifiée portant organisation générale de l'OFII, au nombre desquelles comptent les décisions de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de suspension du 29 septembre 2020 serait entachée d'un vice d'incompétence doit être écarté.
6. En deuxième lieu, la décision de suspension du 29 septembre 2020, qui vise notamment les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n° 428530, point 18, mentionne qu'elle lui a notifié par courrier du 22 juin 2020 son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et que ce motif justifie la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Elle mentionne en outre que l'examen de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaitre de facteur de vulnérabilité particulière, ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, la décision de suspension en litige comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les personnes atteintes de maladies graves () / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 28 juin 2019. Lors de cet entretien aucun élément de vulnérabilité particulier n'a été relevé, l'agent de l'OFII ayant procédé à l'entretien estimant la vulnérabilité à 0 sur une échelle allant de 0 à 3. En outre, il ressort des dispositions précitées que si l'OFII doit apprécier la vulnérabilité de l'étranger avant de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, il n'est toutefois pas tenu de le convoquer à un entretien de vulnérabilité. En l'espèce, l'OFII fait valoir, sans être sérieusement contesté, qu'il a procédé à un examen de la vulnérabilité du requérant préalablement à la décision contestée. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure en l'absence d'évaluation de sa vulnérabilité doit être écarté.
9. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision de suspension du 29 septembre 2020 ni des autres pièces du dossier qu'avant de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. La seule circonstance qu'elle ne fasse pas mention des observations que le requérant a présentées le 20 juillet 2020 ne suffit pas à établir un défaut d'examen sérieux de sa situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
10. En cinquième et dernier lieu, M. B ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 28 juin 2019, sa situation est régie par les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018. Si dans sa décision du 31 juillet 2019, Association La Cimade et autres, n° 428530, 428564, visée ci-dessus, le Conseil d'État a jugé que ces articles étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il a également jugé que, dans l'attente de leur modification par le législateur, il reste néanmoins possible à l'OFII, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur d'asile et après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil lorsqu'il a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.
11. D'une part, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 8, que l'OFII, avant de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, a procédé à un examen de sa vulnérabilité. Il ressort en outre des pièces du dossier, que le requérant, qui était célibataire et âgé de trente-neuf ans à la date de la décision contestée, ne justifie d'aucune vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. S'il produit des documents médicaux qui font état de ce qu'il est suivi depuis 2019 pour une " gynécomastie droit " ainsi que des cervicalgies, ces seuls éléments ne suffisent toutefois pas à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. D'autre part, il ressort des pièces produites en défense par l'OFII qu'en vue de l'exécution de son transfert auprès des autorités allemandes, M. B était convoqué auprès des services de la préfecture le 25 février 2020 afin qu'il puisse embarquer le lendemain à 12h30 à destination de Francfort. Si l'intéressé soutient qu'il n'a pu se rendre à cette convocation en raison de son état de santé, les documents qu'il produit n'établissent nullement qu'il aurait été dans l'impossibilité de se rendre à cette convocation. Dans ces conditions, et quand bien même il a honoré l'ensemble de ses autres convocations, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'OFII a considéré qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces dernières en vue de l'exécution effective de son transfert. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commis l'OFII doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère et M. Weiswald, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2023.
Le Président-rapporteur,
signé
R. Féral
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
J.-B. WeiswaldLa greffière,
signé
M. E
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026