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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105594

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105594

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGRIOLET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête, enregistrée le 25 avril 2021 sous le n°2105594, M. E D, représenté par Me Fabienne Griolet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-Oise a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse et de son fils ;

2°) d'enjoindre au Préfet du Val-d'Oise de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son fils A D et de son épouse B C dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de condamner le Préfet du Val-d'Oise à lui verser la somme de 1 500 euros en application de l'article L761-1 du Code de justice administrative.

Il soutient que la décision de refus implicite de regroupement familial :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- méconnaît l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- méconnaît l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête pour irrecevabilité.

Il soutient que la décision de rejet implicite n'était pas encore née à la date de la requête et que le requérant n'était donc pas recevable à en demander l'annulation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le la requête doit être considérée comme dirigée contre sa décision explicite du 25 juin 2021 et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II- Par une requête enregistrée le 3 août 2021 sous le n°2110008, M. E D, représenté par Me Arnaud Persidat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet en date du 25 juin 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa femme Amel C et de son fils A F D ;

2°) d'enjoindre au préfet d'accorder à sa femme et à son fils le bénéfice du regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision de rejet de la demande de regroupement familial est entachée d'une erreur de fait, en ce qu'elle ne tient pas compte de la totalité de ses salaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens de celle-ci ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- et les observations de Me Arnaud Persidat, pour M. D, dans l'affaire n° 2110008.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant algérien, détenteur d'un certificat de résidence algérien valable du 10 janvier 2013 au 9 janvier 2023, résidant chez sa mère en France et employé en contrat à durée indéterminée par la société Guintoli comme conducteur d'engin, a sollicité, par une demande enregistrée le 4 juin 2020 auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le regroupement familial au bénéfice de son épouse B C et de son fils A F D, résidant en Algérie. Le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande par une décision du 25 juin 2021, en raison des ressources insuffisantes du requérant. Par la requête susvisée, M. D demande au tribunal l'annulation de la décision du préfet et d'enjoindre au préfet d'accorder le bénéfice du regroupement familial à sa femme et à son fils.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2105594 et n°2110008, qui présentent à juger des questions semblables relatives à la situation d'un même requérant ont fait l'objet d'une instruction commune et il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la requête n° 2105594 dirigée contre la décision implicite de rejet de la demande de regroupement familial :

3. En premier lieu, en termes de l'article L.421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'autorité administrative statue sur la demande dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. Il informe le maire de la décision rendue ". Par ailleurs, aux termes de l'article L.421-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du dossier complet, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois prévu à l'article L. 421-4 ".

4. En l'espèce, le requérant fait valoir qu'en l'absence de réponse dans un délai de 6 mois à sa demande de regroupement familial enregistrée le 4 juin 2020, est née une décision implicite de rejet le 4 décembre 2020, conformément aux dispositions de l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'administration, en vertu des dispositions de l'article L.421-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, seule l'attestation de dépôt de dossier complet fait courir le délai de six mois prévu à l'article L. 421-4 de ce code. Par suite, et dès lors que cette attestation n'a été adressée que le 12 janvier 2021 au requérant et qu'une décision explicite de rejet est intervenue le 25 juin 2021, soit dans le délai de six mois précité, aucune décision implicite n'est née. Dès lors, la requête n°2105594 dirigée contre cette décision inexistante est irrecevable.

Sur la requête n° 2110008 dirigée contre la décision explicite de rejet de la demande de regroupement familial :

5. Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile ". En outre, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnelle de croissance ". Par ailleurs, aux termes du titre II du protocole annexé à l'accord franco-algérien, dans sa rédaction issue du troisième avenant : " les membres de la famille s'entendent du conjoint d'un ressortissant algérien, de ses enfants mineurs ainsi que des enfants de moins de dix-huit ans dont il a juridiquement la charge en vertu d'une décision de l'autorité judiciaire algérienne, dans l'intérêt supérieur de l'enfant ". Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations contraires expresses de l'accord, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Parmi ces dispositions procédurales figurent les règles relatives aux modalités de constitution et de présentation des demandes d'autorisation de regroupement familial. Enfin, aux termes de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le champ d'application inclut les ressortissants algériens : " les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ".

6. Il résulte de l'ensemble de ces stipulations et dispositions que le caractère suffisant du niveau des ressources d'un demandeur d'une autorisation de regroupement familial s'apprécie sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du seul salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

7. Il ressort des pièces du dossier que la moyenne mensuelle brute des revenus perçus par M. D au cours de la période de référence, à savoir les douze mois qui ont précédé le dépôt de sa demande de regroupement familial, s'élève à 1 136 euros, soit un montant nettement inférieur au salaire minimum de croissance brut fixé, pour cette période, à 1539,42 euros. L'intéressé soutient percevoir un complément de salaire chaque mois, sans toutefois préciser la manière dont il est pris en compte dans ses bulletins de salaire et sans que ce versement n'ait une incidence sur le salaire brut mensuel figurant sur ces bulletins. Par ailleurs, s'il produit une attestation de son employeur affirmant qu'il perçoit un revenu mensuel net moyen de 2 302 euros, cette indication n'est corroborée ni par lesdits bulletins ni par l'avis d'imposition de l'intéressé sur les revenus 2019. Dès lors, et eu égard aux incohérences du dossier, le requérant ne justifie pas de son niveau effectif de rémunération au cours de la période de référence. Dans ces conditions, en retenant, pour rejeter sa demande de regroupement familial, que M. D ne justifiait pas de ressources suffisantes, le préfet n'a ni commis d'erreur de fait ni méconnu les stipulations et dispositions précitées.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par M. D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction de la requête de M. D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. L'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de M. D présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

Mme Edert, vice-présidente,

M. Viain, premier conseiller,

Lu en audience publique le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C.HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

2, 2110008

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