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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105826

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105826

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantDAKHLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 28 avril 2021, le président tribunal administratif de Melun a renvoyé, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la SARL Beltrans au tribunal administratif de Cergy-Pontoise territorialement compétent pour statuer.

Par une requête enregistrée le 17 mars 2021, la SARL Beltrans, représentée par son gérant en exercice, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 février 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 100 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros ;

2°) d'annuler les titres de perception correspondant émis le 11 juin 2020 ;

3°) de la décharger du paiement des sommes de 18 100 euros et 2 124 euros.

Elle soutient que :

- elle était de bonne foi dès lors que lors de son embauche, le salarié a présenté un permis de conduire lui laissant penser qu'il disposait d'un titre de séjour l'autorisant à travailler et qu'il n'a travaillé que six jours pour la société ;

- elle est dans une situation financière délicate et est dans l'incapacité de payer la somme qui lui est réclamée.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête de la SARL Beltrans.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête de la SARL Beltrans est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été présentée par un avocat, en méconnaissance de l'article R. 431-2 du code de justice administrative ; et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'ont pas produit d'observations en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 24 juillet 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, rapporteure,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Beltrans est une société de transports de marchandises qui emploie plusieurs chauffeurs livreurs. Le 10 juillet 2019, les services de gendarmerie ont procédé à un contrôle de l'un des véhicules appartenant à la société et conduit par M. A B et ont constaté que celui-ci était dépourvu de titre l'autorisant à travailler en France. Par un courrier du 26 décembre 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a invité la SARL Beltrans à présenter ses observations. Par une décision du 5 février 2020, l'OFII a mis à sa charge la contribution spéciale à hauteur de 18 100 euros et la contribution forfaitaire à hauteur de 2 124 euros. Deux titres de perception ont été émis le 11 juin 2020 en vue du recouvrement de ces sommes. Par sa requête, la SARL Beltrans doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation la décision du 5 février 2020 et des titres de perception émis le 11 juin 2020 ainsi que la décharge des sommes correspondantes.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat () ". Et, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l'article L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail ou, si l'employeur entre dans le champ d'application de ces articles, le montant des sanctions pénales prévues par le chapitre II du présent titre. L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider cette contribution. A cet effet, il peut avoir accès aux traitements automatisés des titres de séjour des étrangers dans les conditions définies par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 5221-8 du code du travail, " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312 1. ".

3. Il résulte de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces articles, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, et sauf à ce que le salarié ait justifié avoir la nationalité française, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et que, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.

4. Pour contester les montants mis à sa charge au titre de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire, la SARL Beltrans fait valoir que lors de l'embauche de M. B, celui-ci avait présenté un permis de conduire valide et qu'il n'a travaillé que six jours pour la société. Toutefois, il résulte de l'instruction, et en particulier du procès-verbal produit en défense par l'OFII, que la SARL Beltrans n'avait pas vérifié, avant l'embauche de son salarié, que celui-ci disposait bien d'un titre de séjour l'autorisant à travailler en France alors que cette obligation lui incombait en vertu des dispositions précitées de l'article L. 5221-8 du code du travail. Par ailleurs, si la société se prévaut de sa bonne foi, cet élément est sans incidence sur la décision contestée dès lors qu'aucun élément intentionnel n'est nécessaire à la caractérisation du manquement et qu'il lui appartenait d'entreprendre toutes les démarches utiles afin de vérifier la régularité de la situation du salarié. En outre, il résulte du texte même de l'article L. 8251-1 du code du travail, que la sanction est applicable quelle que soit la durée d'emploi de l'étranger. Dès lors, la circonstance alléguée que M. B n'aurait travaillé que quelques jours pour la société est sans incidence sur la matérialité de l'infraction ayant justifié les contributions litigieuses. Enfin, si la SARL Beltrans fait valoir que l'application des contributions litigieuses risque de compromettre sa situation financière, elle ne produit aucune pièce permettant de l'établir.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense par l'OFII, que la SARL Beltrans n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 5 février 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 100 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros ni par suite les titres de perception émis à son encontre ni la décharge des sommes correspondantes.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Beltrans est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Beltrans, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

Mme Fabas, conseillère,

Mme Debourg, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Fabas

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2105826

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