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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105848

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105848

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 avril 2021 et 1er mars 2023, Mme A, représentée par Me Hubert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2020 par lequel le maire de Noisy-sur-Oise a refusé de lui délivrer le permis de construire enregistré sous le numéro 9545620H0003, qu'elle sollicitait en vue de la construction d'une maison individuelle sur une parcelle cadastrée section B n° 473 sise lieu-dit " la cote grisy, communale n°1 " à Noisy-sur-Oise ; ensemble, la décision par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a formé à l'encontre de l'avis défavorable rendu par l'architecte des Bâtiments de France le 29 juillet 2020 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Noisy-sur-Oise de lui délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Noisy-sur-Oise le paiement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 3 novembre 2020 :

- cet arrêté méconnait l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est illégal en raison des illégalités dont sont entachés l'avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France en date du 29 juillet 2020 et la décision du 7 mars 2021 par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a formé à l'encontre de cet avis :

* la motivation de l'avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France est stéréotypée et insuffisante dès lors qu'il n'est fait référence qu'à un seul monument historique sans aucun lien avec la localisation du projet dont la construction a été refusée ;

* cet avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France, et par voie de conséquence la décision du 7 mars 2021 par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a formé à l'encontre de cet avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France du 29 juillet 2020, sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation, d'erreur de droit et violent l'article L. 621-30 du code du patrimoine ;

- cet arrêté, qui reproduit notamment les motifs contenus dans l'avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France, présente également une motivation stéréotypée et insuffisante ;

- il est entaché de plusieurs erreurs de fait ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article A paragraphe 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Noisy-sur-Oise ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir : le véritable motif du refus de lui délivrer le permis de construire litigieux, est la satisfaction de la volonté des voisins immédiats du projet qui sont propriétaires d'un château et ne souhaitent pas " avoir de voisins ".

En ce qui concerne la décision par laquelle le préfet de la région Ile-de-France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A à l'encontre de l'avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France du 29 juillet 2020 :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est lui-même entaché l'arrêté du 3 novembre 2020 ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir : le véritable motif du refus du projet litigieux est la satisfaction de la volonté des voisins immédiats du projet qui sont propriétaires d'un château et ne souhaitent pas " avoir de voisins ".

Par deux mémoire en défense, enregistrés les 17 octobre 2022 et 13 mars 2023, la commune de Noisy-sur-Oise, représentée par Me Lalanne, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 3 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France a implicitement rejeté le recours qu'elle a formé à l'encontre de l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France en date du 29 juillet 2020 sont irrecevables dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé à l'encontre de la décision de refus de permis de construire opposée à Mme A ;

- le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France est inopérant ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure ,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- et les observations de Me Lalanne, représentant la commune de Noisy-sur-Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a, en date du 11 juin 2020, déposé un dossier de demande de permis de construire, qu'elle a complété le 17 août 2020, en vue de se voir délivrer l'autorisation de construire une maison individuelle et ou ses annexes sur un terrain sis : lieu-dit " la cote grisy, communale n°1 " à Noisy-sur-Oise (97 270). L'architecte des Bâtiments de France consulté sur ce projet a rendu un avis conforme défavorable le 29 juillet 2020. Puis, par arrêté du 3 novembre 2020, le maire de Noisy-sur-Oise, a rejeté la demande de permis de construire de Mme A. Par courrier daté du 6 janvier 2021, Mme A a formé auprès du préfet de la région d'Ile-de-France, un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de l'avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France sur son projet de construction. Le silence gardé par celui-ci à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la réception de ce recours, a fait naître une décision implicite de rejet de ce recours, en date du 7 mars 2021. Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 3 novembre 2020 ainsi que de la décision implicite de rejet du préfet de la région d'Ile-de-France née le 7 mars 2021.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Noisy-sur-Oise :

2. Le code de l'urbanisme dispose, en son article L. 621-32 : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1. " ; en son article L. 632-1 : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. () L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable. " ; en son article L. 632-2 : " I.- L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. () III.- Un recours peut être exercé par le demandeur à l'occasion du refus d'autorisation de travaux. Il est alors adressé à l'autorité administrative, qui statue. () En cas de silence, l'autorité administrative est réputée avoir confirmé la décision de l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation. () " ; en son article R. 424-14 : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus. () Le délai à l'issue duquel le préfet de région est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente en cas de recours du demandeur est de deux mois à compter de la réception de ce recours. () "

3. Si, en application de ces dispositions, l'avis du préfet de région se substitue à celui de l'architecte des Bâtiments de France, l'ouverture d'un tel recours administratif, qui est un préalable obligatoire à toute contestation de la position prise au regard de la protection d'un édifice situé dans un secteur sauvegardé, n'a ni pour objet ni pour effet de permettre l'exercice d'un recours contentieux contre cet avis. Il s'ensuit que la régularité et le bien-fondé de l'avis de l'architecte des bâtiments de France ou, le cas échéant, de la décision du préfet de région, ne peuvent être contestés qu'à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision de refus de délivrance du permis de construire sollicité par le pétitionnaire. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire que Mme A a formé à l'encontre de la décision de l'avis conforme défavorable rendu sur son projet de construction par l'architecte des Bâtiments de France en date du 29 juillet 2020, sont irrecevables. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Noisy-sur-Oise doit être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens soulevant, par voie d'exception, l'illégalité de l'avis émis par l'architecte des Bâtiments de France le 29 juillet 2020 :

4. En vertu de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme cité au point 2 du présent jugement, l'avis du 7 mars 2021, par lequel le préfet de la région d'Ile-de-France a implicitement mais nécessairement rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par la requérante, s'est substitué à l'avis défavorable initial de l'architecte des Bâtiments de France. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que l'avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France est entaché d'une insuffisance de motivation, d'une erreur de droit, d'une méconnaissance de l'article L. 621-30 du code du patrimoine ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation, soulevés par voie d'exception, doivent être écartés comme inopérants.

En ce qui concerne les moyens soulevant, par voie d'exception, l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la région Ile-de-France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A à l'encontre de l'avis conforme défavorable de l'ABF :

5. En premier lieu, ainsi qu'il a été énoncé au point précédent, les moyens soulevés par Mme A, par la voie de l'exception, à l'encontre de l'avis conforme défavorable de l'ABF sont inopérants, dans la mesure où la décision du préfet de la région Ile-de-France née tacitement le 7 mars 2021 s'y est substituée. Toutefois, en soutenant dans ses écritures que l'avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France est insuffisamment motivé et que la décision du préfet de la région Ile-de-France qui l'a implicitement confirmé, doit être annulée par voie de conséquence de cette illégalité, Mme A doit être regardée comme ayant également entendu diriger le moyen tiré de l'insuffisance de motivation à l'encontre de cette dernière décision du préfet de la région Ile-de-France.

6. Le code des relations entre le public et l'administration dispose, en son article L. 211-2 : " Les personnes physiques ou morale ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () " et impose de motiver notamment celles qui " Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire " ; en son article L. 232-4 : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

7. Mme A n'établit ni même n'allègue avoir formé une demande de communication des motifs de l'avis implicite du préfet de la région Ile de France, sur le fondement de l'article L. 232-4 précité. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette décision implicite, qui s'est substituée à l'avis défavorable de l'ABF, est insuffisamment motivée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En second lieu, et ainsi qu'il a été énoncé précédemment, par la décision du 7 mars 2021, le préfet de la région d'Ile-de-France a implicitement mais nécessairement confirmé l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France du 29 juillet 2020 motivé par la circonstance que le projet, en l'état, était de nature à porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur de l'Eglise de Saint-Germain-d 'Auxerre, classée monument historique et de la forêt de Carnelle, site naturel inscrit. Il comporte en outre les mentions suivantes : " Le terrain d'assiette du projet est situé en zone naturelle à vocation agricole, en hauteur par rapport au domaine public (voirie). Le projet d'une construction sur ce terrain à vocation non constructible entraîne une implantation isolée, en position dominante, sans lien avec les espaces bâtis de la commune. De plus, le talus longeant la voie serait complètement " bouleversé " et entaillé par l'accès au terrain en partie supérieure, engendrant un effet de tranchée inacceptable dans ce contexte. Ce projet est en complète contradiction avec l'environnement du monument historique protégé où le caractère naturel des lieux doit être préservé, car il contribue à la qualité de l'écrin bâti du Monument Historique ci-dessus nommé. ".

9. Mme A soutient que le projet de construction litigieux n'entraînera pas une implantation isolée dans la mesure où le terrain d'assiette de ce projet est situé à proximité d'un hangar agricole et en face de bâtiments. Elle ajoute également que le projet litigieux a été modifié afin de décaler l'implantation de la construction projetée dont l'entrée se situe au point le plus bas du talus qui ne sera dès lors pas " complètement bouleversé " par cette construction. Toutefois, à les supposer établies, ces circonstances ne sont pas à elles-seules suffisantes pour établir que la construction projetée ne porte pas atteinte à la conservation ou à la mise en valeur de l'Eglise de Saint-Germain-d'Auxerre, classée monument historique et de la forêt de Carnelle, site naturel inscrit.

10. Il résulte de ce qui a été énoncé aux points 8 et 9 du présent jugement, que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle le préfet de la région Ile-de-France a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de l'avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France méconnaît l'article L. 631- 30 [LGS1]du code du patrimoine et qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de l'arrêté du 3 novembre 2020 :

S'agissant des moyens de légalité interne soulevés à l'encontre du motif de refus opposé par la maire dans le cadre de la compétence liée résultant de l'avis conforme défavorable de l'ABF du 29 juillet 2020 :

11. Il résulte des dispositions citées au point 2 du présent jugement, que la délivrance d'une autorisation de construire est subordonnée, lorsque les travaux envisagés sont situés dans le champ de visibilité d'un édifice classé ou inscrit ou en co-visibilité avec celui-ci ou dans un secteur sauvegardé, à l'avis conforme de l'architecte des Bâtiments de France ou, lorsque celui-ci a été saisi, du préfet de région. En cas d'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France, confirmé, le cas échéant, par l'avis du préfet de région qui s'y substitue, l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation sollicitée se trouve en situation de compétence liée et doit en refuser la délivrance.

12. Ainsi qu'il a été énoncé aux points 8 et 9 du présent jugement, le moyen soulevé par voie d'exception et tiré de ce que l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France, auquel s'est substitué l'avis confirmatif implicite du préfet de la région d'Ile-de-France est entaché d'une erreur d'appréciation n'est pas fondé. La maire de Noisy-sur-Oise était donc tenu de refuser, pour ce motif, de délivrer à Mme A le permis de construire qu'elle sollicitait. Par suite, les moyens soulevés à l'encontre de ce motif, et tirés de ce qu'il présente une motivation stéréotypée et insuffisante, qu'il est entaché d'erreurs de fait, de droit, d'appréciation et qu'il violent l'article L. 621-30 du code du patrimoine sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

13. Par ailleurs, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué du 3 novembre 2020, ni des autres pièces du dossier que la maire de Noisy-sur-Oise se serait fondée sur la méconnaissance par le projet litigieux, des dispositions de l'article R. 111-27 [LGS2]du code de l'urbanisme pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité par Mme A. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement soutenir que cet arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions. Par suite, ce moyen doit être également écarté.

S'agissant des moyens de légalité interne soulevés à l'encontre du motif de refus opposé par la maire de Noisy-sur-Oise dans le cadre de son pouvoir d'instruction des dossiers de demande d'autorisation d'occupation des sols :

14. En premier lieu, l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme impose de motiver notamment les décisions de refus de permis de construire en mentionnant " l'intégralité des motifs justifiant cette décision, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 ".

15. Il résulte de ces dispositions que la maire de Noisy-sur-Oise, qui était tenue de refuser de délivrer le permis de construire sollicité par Mme A en raison de l'avis conforme défavorable rendu par l'architecte des Bâtiments de France le 29 juillet 2020, devait également mentionner, le cas échéant, dans l'arrêté portant refus de délivrance de ce permis de construire, les autres motifs de refus que le service instructeur a relevé à l'occasion de l'instruction du dossier de demande de permis de construire litigieux. Ces motifs, qui n'ont pas été opposés en application d'une situation de compétence liée résultant de l'avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France, et qui concernent l'absence de conformité du projet de construction à des dispositions issues du règlement du plan local d'urbanisme de Noisy-sur-Oise, peuvent donc être utilement contestés par Mme A dans le cadre du présent recours.

16. En deuxième lieu, le paragraphe 1 de l'article A du règlement du plan local d'urbanisme de Noisy-sur-Oise - DESTINATION DES CONSTRUCTIONS, USAGES DES SOLS ET NATURE D'ACTIVITE dispose : " () Dans l'ensemble de la zone A, sont soumises à conditions : / - Les constructions à usage d'habitation ne peuvent être autorisées que si elles sont liées et nécessaires aux activités agricoles. Elles sont, à ce titre, considérées comme des constructions à destination de l'exploitation agricole. () " Le lien de nécessité, qui doit faire l'objet d'un examen au cas par cas, s'apprécie entre, d'une part, la nature et le fonctionnement des activités de l'exploitation agricole qui doivent obligatoirement impliquer la présence rapprochée et permanente de l'exploitant sur le site d'exploitation et, d'autre part, la destination de la construction ou de l'installation projetée.

17. En l'espèce, pour refuser de délivrer à Mme A le permis de construire qu'elle sollicitait, la maire de Noisy-sur-Oise, a relevé, d'une part, que Mme A déclare sa résidence et son siège d'exploitation au chemin du champ de la croix à Noisy-sur-Oise, d'autre part, que la construction projetée a vocation à constituer la résidence principale de Mme A et de son époux, mais aussi que ladite exploitation agricole est reprise par sa fille et son gendre qui habiteront sur place. Elle a dès lors considéré que le projet de construction dont elle était saisie par Mme A, consistant en la construction d'une maison individuelle de plain-pied à destination d'habitation, n'était pas lié et nécessaire à l'activité agricole exercée jusqu'alors par cette dernière, et qu'ainsi, à supposer que cette activité agricole nécessite la présence rapprochée et permanente de son exploitant sur le site d'exploitation, cette condition ne pourrait être appréciée qu'eu égard à sa fille, en sa qualité de nouvelle exploitante.

18. Toutefois, il ressort de la notice descriptive annexée au dossier de demande de permis de construire que Mme A a déclaré que sa fille rejoindra avec sa famille (conjoint et enfants), l'exploitation, " en vue de la conduire conjointement " selon une nouvelle gestion dite " BIO ". Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir qu'en considérant qu'elle cessait son activité d'agricultrice, au bénéfice de sa fille et son gendre, la maire de Noisy-sur-Oise a commis une erreur de fait qui l'a conduit à faire une inexacte application de l'article A paragraphe 1 du règlement du plan local d'urbanisme.

19. Cependant, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

20. Il résulte de ce qui a été énoncé précédemment, que l'un des motifs retenus par la maire de Noisy-sur-Oise pour rejeter la demande de permis de construire de Mme A est entaché d'illégalité. Toutefois, la commune de Noisy-sur-Oise doit être regardée comme demandant, dans son mémoire en défense, qui a été communiqué à la Mme A, une substitution de motifs en faisant valoir que le projet de construction litigieux, même justifié par la cogérance de l'exploitation par Mme A, sa fille et son gendre, n'est pas conforme à l'article A paragraphe 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Noisy-sur-Oise.

21. D'une part, il est constant que Mme A est bien gérante de l'EARL A, créée le 1er avril 2009, dont l'activité principale, (code NAF 0111Z) consiste en la culture de céréales et de légumineuses. Il est également constant qu'à la date de l'arrêté attaqué, Mme A, en sa qualité d'exploitante d'une activité agricole, résidait avec son mari, dans un bâtiment à usage d'habitation, implanté sur le siège de son exploitation, qui bénéficie, dès lors qu'il est lié et nécessaire à cette activité agricole, du régime d'exception prévu à l'article A paragraphe 1 du règlement du plan local d'urbanisme permettant de le regarder comme étant destiné à l'exploitation agricole.

22. D'autre part, à la date de l'arrêté attaqué, aucune des pièces produites par Mme A ne permet de démontrer que sa fille a été nommée cogérante de cette exploitation. En particulier, l'attestation de sécurité sociale agricole (MSA Ile-de-France) mise à jour le 4 février 2021, précise que seule Mme A C est membre affiliée à titre principal et que sa fille, B A, est membre non salarié non affilié. Par ailleurs, la lettre manuscrite rédigée par la fille de la requérante au soutien de son recours, qui énonce que " la demande de permis de construire pour un logement individuel à Noisy-sur-Oise est faite pour [ses] parents car [elle envisage], avec [son] conjoint et [ses] enfants, de venir s'installer en tant que double actif sur la maison de l'exploitation pour la reprise d'une partie de l'exploitation. ", atteste du caractère purement éventuel du projet de cogestion de l'exploitation agricole précitée.

23. Enfin, les pièces du dossier ne permettent pas davantage d'établir qu'en sus de l'activité agricole de culture de céréales et de légumineuses, Mme A exploite une activité d'élevage de 250 poules pondeuses ni même que l'exercice allégué de cette activité nécessite la présence permanente et rapprochée de Mme A et de sa fille.

24. Il résulte de ce qui a été énoncé aux points 20 à 23 du présent jugement, que Mme A n'établit pas que le projet de construction d'une seconde maison à usage d'habitation, sur une parcelle classée en zone A du règlement du plan local d'urbanisme est lié et nécessaire à l'activité agricole de culture des céréales et légumineuse de son exploitation.

25. Il ne résulte pas de l'instruction que la maire de Noisy-sur-Oise aurait pris une décision différente à l'égard de Mme A, si elle avait retenu ce motif en se fondant sur les éléments développés aux points 20 à 23 du présent jugement. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le permis de construire qu'elle sollicitait, la maire de Noisy-sur-Oise a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article A paragraphe 1 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, ce moyen doit être écarté.

26. En dernier lieu, le détournement de pouvoir alléguée par Mme A et tiré de ce que le refus de permis de construire en litige est uniquement motivée par la circonstance que " les châtelains " qui résident en face du terrain d'assiette du projet " ne souhaitent pas avoir de voisins " n'est pas établi par les pièces du dossier. Par suite, il ne peut qu'être écarté.

S'agissant du moyen de légalité externe soulevé à l'encontre de l'arrêté du 3 novembre 2020 :

27. Ainsi qu'il a été énoncé précédemment, l'arrêté du 3 novembre 2020 comporte deux motifs de refus de délivrer le permis de construire sollicité par Mme A, et la maire de Noisy-sur-Oise se trouvait en situation de compétence liée pour opposer l'un d'eux, en raison de l'avis conforme défavorable de l'architecte des Bâtiments de France du 29 juillet 2020. Dans ces conditions, et contrairement aux moyens soulevés à l'encontre du motif énoncé au point 17, le moyen de légalité externe, tiré de ce que l'arrêté du 3 novembre 2020, dans son ensemble, a été pris en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit dès lors être écarté.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais du litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Noisy-sur-Oise, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée sur leur fondement par Mme A.

30. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A, la somme demandée sur le fondement de ces mêmes dispositions, par la commune de Noisy-sur-Oise.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de la commune de Noisy-sur-Oise, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Noisy-sur-Oise.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023 à laquelle siégeaient :

M. Dussuet, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

La rapporteure,

C. Zaccaron Guérin Le président,

J.P. Dussuet

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

[LGS1]Dans les visas vous mentionnez l'article L. 621-30 du code du patrimoine

[LGS2]Dans les visas vous mentionnez l'article R. 111-21

No 21058482

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