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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105850

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105850

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105850
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCORNU-LOMBARD-SORY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril et 28 juillet 2021 sous le n°2105850, la SAS Dourdin, représentée par Me Cornu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mars 2021 par laquelle Pôle Emploi services a rejeté son recours exercé contre la décision du 14 janvier 2021 refusant de lui accorder les aides à l'embauche d'un demandeur d'emploi en contrat de professionnalisation concernant Mme C ;

2°) de condamner Pôle emploi services au paiement de la somme de 4 000 euros en réparation du préjudice subi ;

3°) de mettre à la charge du Pôle emploi services la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que d'une part, elle établit, par la production d'une attestation, avoir envoyé sa demande par courrier simple dans le délai de trois mois imparti par les dispositions du décret n°2011-524 du 16 mai 2011, d'autre part, qu'aucune disposition n'impose l'envoi de la demande par un courrier en lettre recommandée avec accusé de réception et enfin, qu'elle a été contrainte de procéder par courriers simples en raison du confinement lié à la crise sanitaire ;

- elle a régularisé la situation et doit pouvoir bénéficier du droit à l'erreur prévu par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 juillet et 7 septembre 2021, Pôle Emploi services conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril et 28 juillet 2021 sous le n°2105852, la SAS Dourdin, représentée par Me Cornu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mars 2021 par laquelle Pôle emploi services a rejeté son recours exercé contre la décision du 14 janvier 2021 refusant de lui accorder les aides à l'embauche d'un demandeur d'emploi en contrat de professionnalisation concernant M. A ;

2°) de condamner Pôle emploi services au paiement de la somme de 4 000 euros en réparation du préjudice subi ;

3°) de mettre à la charge du Pôle emploi services la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que, d'une part, elle établit, par la production d'une attestation, avoir envoyé sa demande par courrier simple dans le délai de trois imparti par l'article 5 de la délibération du conseil d'administration de Pôle Emploi n°2011/18 du 24 mai 2011 relatif à l'aide forfaitaire à l'employeur (AFE) dans le cadre du contrat de professionnalisation, d'autre part, qu'aucune disposition n'impose l'envoi de la demande par un courrier en lettre recommandé avec accusé de réception et enfin, qu'elle a été contrainte de procéder par courriers simples en raison du confinement lié à la crise sanitaire ;

- elle a régularisé la situation et doit pouvoir bénéficier du droit à l'erreur prévu par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 juillet et 7 septembre 2021, Pôle emploi services conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

III. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril et 28 juillet 2021 sous le n°2105905, la SAS Dourdin, représentée par Me Cornu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mars 2021 par laquelle Pôle emploi services a rejeté son recours exercé contre la décision du 14 janvier 2021 refusant de lui accorder les aides à l'embauche d'un demandeur d'emploi en contrat de professionnalisation concernant M. B ;

2°) de condamner Pôle emploi services au paiement de la somme de 4 000 euros en réparation du préjudice subi ;

3°) de mettre à la charge du Pôle emploi services la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que, d'une part, elle établit par la production d'une attestation avoir envoyé sa demande par courrier simple dans le délai de trois imparti par l'article 5 de la délibération du conseil d'administration de Pôle Emploi n°2011/18 du 24 mai 2011 relatif à l'aide forfaitaire à l'employeur (AFE) dans le cadre du contrat de professionnalisation, d'autre part, qu'aucune disposition n'impose l'envoi de la demande par un courrier en lettre recommandée avec accusé de réception et enfin, qu'elle a été contrainte de procéder par courriers simples en raison du confinement lié à la crise sanitaire ;

- elle a régularisé la situation et doit pouvoir bénéficier du droit à l'erreur prévu par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 juillet et 7 septembre 2021, Pôle emploi services conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2011-524 du 16 mai 2011 relatif à l'aide à l'embauche des demandeurs d'emploi de quarante-cinq ans et plus en contrat de professionnalisation ;

- la délibération n°2011/18 du 24 mai 2011 du conseil d'administration de Pôle emploi relative à l'aide forfaitaire à l'employeur (AFE) dans le cadre du contrat de professionnalisation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Dourdin a embauché Mme C, M. A et M. B dans le cadre de contrats de professionnalisation en janvier 2020. Elle a sollicité le bénéfice de l'aide forfaitaire à l'employeur s'agissant des emplois de M. A et M. B et le bénéfice de l'aide forfaitaire à l'employeur et de l'aide à l'embauche des 45 ans et plus s'agissant de l'embauche de Mme D C. Par des décisions du 14 janvier 2021, Pôle emploi a rejeté ces demandes. Par des courriers des 19 janvier 2021 et 12 février 2021, la société a formulé des recours gracieux à l'encontre de chacune de ces décisions. Par des décisions du 3 mars 2021, Pôle emploi services a rejeté ses recours. Par les requêtes n°2105850, 2105852 et 2105905, la société demande l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2105850, 2105852 et 2105905 ont été introduites par la même société, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 3 mars 2021 :

3. Aux termes de l'article L. 6325-1 du code du travail : " Le contrat de professionnalisation a pour objet de permettre d'acquérir une des qualifications prévues à l'article L. 6314-1 et de favoriser l'insertion ou la réinsertion professionnelle. Ce contrat est ouvert : 1° Aux personnes âgées de seize à vingt-cinq ans révolus afin de compléter leur formation initiale ; 2° Aux demandeurs d'emploi âgés de vingt-six ans et plus ; 3° Aux bénéficiaires du revenu de solidarité active, de l'allocation de solidarité spécifique ou de l'allocation aux adultes handicapés ou aux personnes ayant bénéficié d'un contrat conclu en application de l'article L. 5134-19-1 ".

4. Aux termes de l'article 1er du décret du 16 mai 2011 relatif à l'aide à l'embauche des demandeurs d'emploi de quarante-cinq ans et plus en contrat de professionnalisation : " Les employeurs peuvent demander le bénéfice d'une aide de l'Etat pour toute embauche de demandeurs d'emploi âgés de quarante-cinq ans et plus en contrat de professionnalisation ". Aux termes de l'article 5 du même décret, " Pour bénéficier de l'aide, l'employeur adresse à Pôle emploi une demande dans les trois mois suivant le début de l'exécution du contrat de professionnalisation ou, pour les embauches antérieures à la date de publication du présent décret, suivant la date de cette publication. / Cette demande comprend une copie du contrat de professionnalisation accompagnée, le cas échéant, de la décision de prise en charge financière de l'organisme paritaire collecteur agréé ou, à défaut, de la preuve de dépôt du contrat auprès de cet organisme. / Pour donner lieu à paiement, l'employeur fait parvenir à Pôle emploi, dans les trois mois suivant chacune des échéances mentionnées à l'article 3, une déclaration attestant que le contrat de professionnalisation est en cours à ladite échéance. "

5. Aux termes de l'article 5 de la délibération du conseil d'administration de Pôle Emploi n°2011/18 du 24 mai 2011 relatif à l'aide forfaitaire à l'employeur (AFE) dans le cadre du contrat de professionnalisation : " chaque versement de l'aide est effectué sous réserve : - que l'action de professionnalisation soit toujours en cours à chaque échéance précitée, à défaut l'aide n'est pas due ; - que l'employeur soit à jour de ses obligations déclaratives et de paiement à l'égard des organismes de recouvrement des cotisations et des contributions de sécurité sociale et d'assurance chômage. Il dispose d'un délai de quinze mois à partir du début de l'exécution du contrat pour se mettre en conformité avec les obligations précitées à défaut l'aide n'est pas due ; - de la réception par Pôle Emploi dans les trois mois suivant chacune des échéances, d'une déclaration dûment complétée par l'employeur attestant de la poursuite de l'action de professionnalisation à ladite échéance. La demande d'aide doit être faite auprès de pôle emploi au plus tard trois mois après l'embauche en contrat de professionnalisation ".

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Pôle Emploi a refusé l'octroi des aides sollicitées au motif que les demandes ont été déposées plus de trois mois après la date de début d'exécution du contrat. S'il est constant qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose l'envoi de ces demandes en courrier recommandé avec accusé de réception, il appartient à la société de démontrer que cette demande a été envoyée et réceptionnée par Pôle Emploi dans le délai imparti. Or, par la seule production d'une attestation émanant d'une salariée de la société, attestant du fait qu'elle a procédé à l'envoi de ces demandes le 31 mars 2020 par courriers simples, la SAS Dourdin n'établit pas de manière probante avoir formulé ces demandes d'aides dans le délai imparti par les dispositions précitées. En outre, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas pu procéder à l'envoi de sa demande en recommandé en raison du contexte sanitaire dès lors que les délais échus ont été prorogés, en application de l'ordonnance susvisée du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, jusqu'à 24 août 2020, date à laquelle le confinement de la population n'était plus en vigueur. Par suite, en refusant de lui octroyer les aides sollicitées, Pôle Emploi n'a entaché ses décisions, ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur d'appréciation.

7. En second lieu, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de son droit à l'erreur prévu par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que les décisions litigieuses ne constituent pas des sanctions. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la SAS Dourdin n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 3 mars 2021 par lesquelles Pôle Emploi a rejeté ses demandes d'aides à l'embauche de demandes d'emploi en contrat de professionnalisation. Les conclusions aux fins d'annulation doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Il résulte de tout de ce qui précède que les décisions litigieuses ne sont entachées d'aucune illégalité. Il s'ensuit, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la société requérante doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Pôle emploi services, qui n'est pas la partie perdante en l'espèce, les sommes réclamées par la SAS Dourdin au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SAS Dourdin sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Dourdin et à Pôle emploi services.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Jacquelin, premier conseiller,

Mme Debourg, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

signé

T. DEBOURG

La présidente,

signé

H. LE GRIELLa greffière,

signé

E. PRADEL

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2105850, 2105852 et 2105905

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