vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2105998 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LOR HELENE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mai 2021 et 16 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Lor, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine, lui a notamment ordonné de se dessaisir de toutes les armes de catégorie B, C et D dont il est en possession ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure puisque les faits de violence sexuelle qui lui sont reprochés ne sont pas établis, de telle sorte qu'aucune procédure de dessaisissement ne pouvait être mise en œuvre sur le fondement du signalement de ces faits ;
- le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de droit, en abrogeant l'autorisation de détention d'un pistolet Glock, calibre 45 ACP, au motif qu'il était conservé dans sa résidence secondaire, puisque ni les articles 222-54 du code pénal et L. 317-8 du code de la sécurité intérieure n'interdisent la détention d'une arme à son domicile secondaire ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait puisque le pistolet Glock est stocké dans un coffre-fort situé dans sa résidence secondaire ainsi que le prévoit l'article R. 314-3 du code de la sécurité intérieure ;
- le préfet a commis une erreur de droit en lui interdisant la détention de toutes les armes dont il est en possession, y compris un fusil de marque Browning calibre 4,55 mm qui est une arme de catégorie D dont l'acquisition et la détention sont libres ;
- les mesures de dessaisissement des armes et d'interdiction d'acquisition et de détention d'armes de toute catégorie méconnaissent le principe de valeur constitutionnelle de présomption d'innocence ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit puisqu'elle ordonne le dessaisissement de toutes les armes qu'il détient et lui interdit de détenir des armes de telle sorte qu'il ne peut se dessaisir des armes auprès des services de l'État dès lors qu'il lui est interdit d'en détenir ;
- cette décision prononce une interdiction définitive d'acquisition et détention d'armes de toute catégorie et son inscription sur le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes alors que les faits d'agression sexuelle et de violence sur mineur dont il est accusé ne sont pas établis.
Par un mémoire, enregistré le 14 mars 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère ;
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;
- les observations de Me Leplat, avocate de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a déclaré l'acquisition et la détention de deux armes de catégorie C, pour lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine lui a délivré des récépissés les 12 octobre 2011 et 23 novembre 2011. Il a, en outre, été autorisé, le 22 octobre 2020, à acquérir quatre armes de catégorie B. Le préfet des Hauts-de-Seine a, par un arrêté du 7 avril 2021, abrogé ces récépissés et autorisations, ordonné à l'intéressé de se dessaisir de ses armes, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie et l'a informé de son inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA). Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cet arrêté du 7 avril 2021.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. Il ressort des termes de l'arrêté en litige qu'il a été pris au visa du code des relations entre le public et l'administration et du code de la sécurité intérieure. En outre, il énonce les résultats issus de l'enquête administrative diligentée par le préfet des Hauts-de-Seine, dont il ressort que, d'une part, l'intéressé est mis en cause pour des faits de violence sans incapacité sur un mineur de quinze ans par ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime entre le 1er janvier 2015 et le 9 mai 2020 et d'agression sexuelle incestueuse sur un mineur de quinze ans par ascendant entre le 1er janvier 2007 et le 31 décembre 2008 et, d'autre part, que M. B conserve le pistolet de marque Glock calibre 45 ACP dans sa résidence secondaire en Normandie alors qu'il avait indiqué le conserver, lors de sa demande d'autorisation, à Courbevoie. Dès lors, l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 7 avril 2021, qui précise les textes sur lesquels se fondent les différentes décisions qu'il édicte et l'ensemble des faits retenus pour caractériser que le comportement de M. B représente une menace d'atteinte à l'ordre public ou à la sécurité des personnes, comporte ainsi l'exposé, des considérations de droit et de fait qui le fondent. Par suite, M. B, n'est pas fondé à soutenir que ce dernier serait entaché d'une insuffisance de motivation.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable au litige : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. () ". Selon l'article L. 312-13 de ce code, il est interdit aux personnes ayant fait l'objet d'une procédure de dessaisissement prévue par l'article L. 312-11 d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. Aux termes de l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 ; () ". En outre, aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; () ".
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement de l'avis de procédure du 2 février 2021 du procureur de la République du parquet du tribunal judiciaire de Nanterre, que, lors de sa garde à vue du 26 janvier 2021, M. B a reconnu les faits de violences commis sur son fils et d'agression sexuelle sur sa fille lorsqu'elle était adolescente. Il a été placé, par le juge des libertés et de la détention, sous contrôle judiciaire le 28 janvier 2021 avec interdiction de paraître au domicile de sa fille, d'entrer en contact avec elle, assorti d'une obligation de soins. Dans ces conditions, au regard de la gravité des faits de violence reprochés à M. B et nonobstant la circonstance qu'aucune condamnation pénale n'était intervenue à la date de la décision attaquée, ces faits traduisent une absence de maitrise de soi et un comportement imprévisible et potentiellement violent laissant craindre une utilisation par le requérant d'armes dangereuses pour autrui comme pour lui-même caractérisant ainsi un risque de trouble à l'ordre public et d'atteinte à la sécurité des personnes. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni entaché sa décision d'erreur de droit en retenant que le comportement du requérant était incompatible avec la détention d'armes de catégorie B, C et D en ordonnant à ce dernier de se dessaisir de toutes les armes en sa possession.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 312-39 du code de la sécurité intérieure : " Peuvent être autorisées à acquérir une arme, des munitions et leurs éléments des 1°, 8° et 10° de la catégorie B et à les détenir sur le lieu d'exercice de leur activité professionnelle les personnes majeures, exposées à des risques sérieux pour leur sécurité du fait de la nature ou du lieu d'exercice de cette activité. / Ces personnes peuvent être autorisées à acquérir et détenir à leur domicile ou dans une résidence secondaire, pour le même motif, une seconde arme du type mentionné au premier alinéa ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'autorisation d'acquisition et de détention d'une seconde arme de catégorie B dont les personnes exposées à des risques sérieux du fait de leur activité professionnelle peuvent être titulaires, est délivrée à raison d'un lieu de conservation de l'arme qui peut être le domicile ou la résidence secondaire de l'intéressé. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas informé le préfet des Hauts-de-Seine que le pistolet de marque Glock, calibre 45 ACP, matricule TWW697 était conservé dans sa résidence secondaire et non plus dans sa résidence principale ainsi qu'il l'avait déclaré le 22 septembre 2020 dans une attestation adressée au préfet des Hauts-de-Seine et alors qu'il n'était titulaire d'aucune autorisation lui permettant de conserver l'arme litigieuse dans sa résidence secondaire. Dans ces conditions, le préfet pouvait, sans commettre d'erreur de droit, se fonder sur l'absence d'information du changement du lieu de conservation de l'arme, pour en prononcer le dessaisissement. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En cinquième lieu, si le requérant soutient que le préfet des Hauts-de-Seine ne pouvait lui interdire la détention d'un fusil de marque Browning, calibre 4,55 mm, matricule CB006517 qui est une arme de catégorie D dont l'acquisition et la détention sont libres, il résulte toutefois des termes de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure que les personnes ayant fait l'objet d'une procédure de dessaisissement prévue par l'article L. 312-11 se voient interdire l'acquisition ou la détention d'armes, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie, y compris de catégorie D. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En sixième lieu, si le requérant soutient que les mesures de dessaisissement d'armes et d'interdiction d'acquisition et de détention d'armes de toute catégorie méconnaissent le principe de la présomption d'innocence issu de l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ce principe ne s'applique qu'aux peines et aux sanctions ayant le caractère d'une punition. Or, la mesure de dessaisissement d'armes prononcée à son encontre sur le fondement de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure et la mesure d'interdiction d'acquisition et de détention d'armes de toute catégorie prononcée sur le fondement de l'article L. 312-13 du même code ne constituent ni une peine ni une sanction ayant le caractère d'une punition mais une mesure de police administrative. Le moyen, inopérant, doit être écarté.
10. En septième lieu, aux termes de l'article R. 312-74 du code de la sécurité intérieure dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application de l'article L. 312-11, le détenteur se dessaisit de l'arme, des munitions ou de leurs éléments dans le délai de trois mois qui suit la notification de la décision lui ordonnant de s'en dessaisir, selon l'une des modalités suivantes : / 1° Vente à un armurier ou à un particulier dans les conditions fixées aux articles R. 314-16 et R. 314-17 ; / 2° (Abrogé) / 3° Destruction par un armurier dans les conditions prévues par arrêté du ministre de l'intérieur ; . 4° Remise à l'Etat aux fins de destruction dans les conditions prévues par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur, du ministre de la justice et du ministre chargé du budget. () "
11. Contrairement à ce que soutient le requérant, la mesure d'interdiction d'acquisition et de détention d'armes prononcée à son encontre en application de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure ne fait pas obstacle à ce qu'il remette les armes dont il a été dessaisi dans les conditions prévues à l'article R. 312-74 du code de la sécurité intérieure auxquelles l'arrêté attaqué renvoie. Le moyen ne peut qu'être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable au litige : " Il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure prévue à la présente sous-section d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. / Le représentant de l'Etat dans le département peut cependant décider de limiter cette interdiction à certaines catégories ou à certains types d'armes, de munitions et de leurs éléments. / Cette interdiction est levée par le représentant de l'Etat dans le département s'il apparaît que l'acquisition ou la détention d'armes, de munitions et de leurs éléments par la personne concernée n'est plus de nature à porter atteinte à l'ordre public ou à la sécurité des personnes ".
13. Si le requérant soutient que l'interdiction d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie prononcée à son encontre et son inscription sur le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes ont " des conséquences définitives ", cette interdiction peut être levée, contrairement à ce qu'il allègue. Dès lors, le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 7 avril 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Buisson, président ;
Mme Mettetal-Maxant, première conseillère ;
Mme L'Hermine, conseillère ;
Assistés de Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
M. L'Hermine
Le président,
signé
L. Buisson
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026