mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2106132 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | NESSAH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 mai 2021, Mme A, représentée par Me Nessah, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 26 mars 2021, en tant que celui-ci lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard de la loi du 11 juillet 1979 ;
- le préfet a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquelles elle avait présenté sa demande de titre de séjour ;
- le préfet a commis une erreur de droit en n'examinant sa situation qu'au seul regard de sa situation familiale et non pas en considération des éléments de fait relatifs à sa vie privée et son projet professionnel, comme l'y obligent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a également entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur sa situation privée ;
Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.
Par ordonnance du 5 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 9 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. Mme D A, ressortissante tunisienne née le 17 septembre 2000, est entrée en France le 24 octobre 2019, alors âgée de 19 ans, munie d'un visa d'une durée de validité d'un an expirant le 17 octobre 2020 délivré en application des dispositions de l'article R. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En vertu du 6° de celui-ci : " l'étranger qui dispose d'un visa pour un séjour d'une durée de validité de trois mois à un an et portant la mention " étudiant " sont dispensés de souscrire une demande de carte de séjour pendant la durée de validité de ce visa, à la condition toutefois qu'il déclare, au moyen d'un téléservice, dans un délai de trois mois à compter de la date de son entrée en France, notamment la date de cette entrée et son domicile ".
2. A l'approche de l'expiration de la durée de validité de son visa, le 7 octobre 2020, la requérante a sollicité auprès du préfet du Val-d'Oise la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable. Aux termes de ces dispositions : " I. - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention " étudiant ". () II. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte mentionnée au I est accordée de plein droit : 1° A l'étranger auquel un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois a été accordé dans le cadre d'une convention signée entre l'Etat et un établissement d'enseignement supérieur et qui est inscrit dans cet établissement ; (). ". Aux termes de l'article R. 313-36 du même code auquel renvoie l'article R. 311-3 dudit code précité : " Sauf dispositions réglementaires contraires, l'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente, outre les pièces mentionnées à l'article R. 313-4-1, les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci. S'il sollicite le renouvellement de la carte de séjour temporaire prévue au II de l'article L. 313-7, il présente en outre la justification qu'il dispose des moyens d'existence prévus au 1° de l'article R. 313-7. (). ".
3. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que l'étranger demandeur d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, après avoir bénéficié d'un visa de long séjour délivré à ce titre, doit avoir validé son visa antérieurement à sa demande de titre, dans les trois mois suivant la date de son entrée en France, conformément au dix-septième alinéa de l'article R. 311-3 précité. Il doit également présenter à l'appui de sa demande les éléments de nature à justifier qu'il bénéficie de ressources suffisantes, qu'il est pris en charge par une " assurance maladie " et du caractère réel et sérieux de ses études,
4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de titre présentée par Mme A aux motifs, d'une part, que celle-ci n'avait pas procédé à la validation de son visa de long séjour dans les trois mois de son arrivée en France et d'autre part, que le relevé de notes produit démontrait un absentéisme élevé ne permettant pas de considérer qu'elle poursuivait ses études de façon réelle et sérieuse.
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A n'a pas validé son visa conformément au dix-septième alinéa de l'article R. 311-3 précité. Pour autant, il ressort de ces mêmes pièces que l'agence nationale des titres sécurisés au sein de la direction générale des étrangers en France, a indiqué à la requérante par un courriel du 27 janvier 2021, que s'il lui était impossible désormais de valider électroniquement son visa, elle pouvait en solliciter la validation en préfecture, à titre exceptionnel. Mme A doit être regardée comme ayant cherché à effectuer ces démarches, par les nombreux courriels qu'elle a échangés avec ladite agence, l'Office français de l'Immigration et de l'Intégration ainsi que plusieurs services préfectoraux du département du Val-d'Oise, entre septembre 2020 et janvier 2021. Le préfet, auquel il appartenait d'examiner la situation de Mme A, au regard de l'ensemble des conditions mentionnées au point 3 du présent jugement, n'établit pas avoir examiné cette possibilité de procéder à cette validation à titre exceptionnel.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a d'abord suivi, sur l'année universitaire 2019/2020, le cours d'une classe " tremplin Sciences " à l'Ecole Technique Supérieure du Laboratoire (ETSL) de Paris, qu'elle n'a pu débuter toutefois qu'en cours de trimestre, en raison de la date d'obtention de son visa, intervenue seulement en octobre 2019. Les évaluations du travail réalisé au cours de ce premier trimestre étaient satisfaisantes. Si les évaluations du deuxième trimestre révèlent des absences nombreuses, toutes sont notées comme étant excusées sur le relevé de note produit par le préfet, en raison notamment de la crise sanitaire due au " covid19 " ayant perturbé alors le déroulement de toutes les formations. Le nombre de ces absences a été par ailleurs accentué, s'agissant de Mme A du fait de l'aggravation établie de l'état de santé de sa mère, ce qui l'a conduite légitimement à rejoindre précipitamment son pays, le 16 mars 2020, avant la fermeture des frontières et à y demeurer jusqu'à leur réouverture. En tout état de cause, les notes qu'elle a alors obtenues au cours de ce trimestre sont satisfaisantes, l'ensemble étant supérieur à la moyenne des notes obtenues par la classe, soit : 11,7 pour 9,52 et l'appréciation globale et littérale, portée en bas de page du relevé de notes, reste encourageante. Par ailleurs, la lettre de motivation produite par l'intéressée afin de poursuivre ensuite des études de psychologie à l'université de Paris Nord-Sorbonne, est très circonstanciée et les résultats obtenus pour le 1er semestre de l'année universitaire 2020/2021 en licence 1 de psychologie, sont convenables, dès lors qu'elle a été admise avec une moyenne de 11,195 et quelques très bonnes notes obtenues en certaines matières. Trois responsables de cette formation attestent d'ailleurs, le 14 avril 2021 qu'elle poursuit sérieusement ses études, qu'ils soutiennent son projet et appuient en conséquence sa demande de renouvellement de visa, jugée par eux parfaitement légitime.
7. Il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'en refusant de passer outre le défaut de validation de son visa, alors que l'intéressée, hébergée et soutenue en France par des membres de sa famille, disposait de ressources suffisantes, d'une couverture par la sécurité sociale et attestait du sérieux des études entreprises, en dépit des difficultés rencontrées, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de sa situation, au regard des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
10. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, mais seulement, que le préfet du Val-d'Oise procède au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A et que, dans l'attente de sa nouvelle décision, il lui délivre une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce d'enjoindre au préfet de délivrer cette autorisation provisoire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de réexaminer la situation de Mme A dans le mois suivant cette même notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais non compris dans les dépens :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à Mme A la somme de 1 200 euros, en application de ces dispositions, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 26 mars 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de réexaminer sa situation dans le mois suivant cette même notification.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au préfet du Val-d'Oise.
Copie en sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Pontoise.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme C et M. B, premiers conseillers,
Assistés de Mme Le Gueux, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
L. C
Le président,
signé
P. Thierry
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026