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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2106400

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106400

jeudi 24 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106400
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSARHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2021, M. C A, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 15 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 15 mars 2021, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat à verser son conseil la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle de lui verser directement cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation en méconnaissance des dispositions des articles L. 744-1 et L. 744-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'OFII n'a pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations et porte atteinte à la dignité humaine et au droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 28 juin 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 2 août 1995, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 19 septembre 2018 en procédure dite " Dublin " et a accepté, le même jour, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par arrêté du 2 janvier 2019, l'autorité préfectorale a décidé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par décision du 23 mai 2019, l'OFII lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour non-présentation aux autorités chargées de l'asile. A l'expiration du délai de transfert, le requérant s'est présenté auprès des services préfectoraux qui, le 2 juillet 2020, ont enregistré sa demande d'asile en procédure normale. M. A a alors sollicité auprès des services de l'OFII le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 15 mars 2021, dont il demande l'annulation, l'OFII a rejeté sa demande.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il ressort des pièces du dossier que par décision du 28 juin 2021, postérieure à la date d'introduction de la présente requête, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée est revêtue de la signature de Mme B D, directrice territoriale de l'OFII à Montrouge. En vertu de la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 décembre 2018 portant délégation de signature, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur (BOMI) n° 2019-01 du 17 janvier 2019, Mme D avait qualité pour signer la décision dont l'annulation est demandée. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit donc être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, la décision en litige, qui vise l'article 20 point 1 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, les articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n°428530, point 18, mentionne que M. A a fait l'objet d'une décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, qu'il présente une demande de rétablissement, mais que les motifs qu'il évoque ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il a consenti lors de l'offre de prise en charge de l'OFII. Elle indique également que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaitre de facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins en matière d'accueil. Ainsi, la décision en litige, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour lui permettre de la contester utilement Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire d'offre de prise en charge de l'OFII produit en défense et signé par le requérant, que M. A a certifié avoir été évalué par un agent de l'OFII, dans une langue qu'il comprend et avec le concours d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 19 septembre 2018. Les dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposaient pas à l'OFII de lui accorder un nouvel entretien lors de l'examen de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet d'un nouvel entretien de vulnérabilité, le 8 septembre 2020, préalablement à la décision attaquée, qui n'a pas fait apparaitre de vulnérabilité particulière. L'intéressé a indiqué à cette occasion être hébergé par l'OFII et a sollicité un avis MEDZO pour lequel une enveloppe et un certificat médical confidentiel à faire remplir par un médecin lui ont été remis. L'intéressé n'a cependant jamais retourné à l'OFII l'enveloppe et le certificat médical. Ainsi, le moyen tiré de ce que M. A n'a bénéficié d'aucune évaluation de sa vulnérabilité en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait ces dispositions.

7. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A, en particulier au regard de sa vulnérabilité, avant de refuser le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. A cet égard, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il ressort des pièces versées au dossier par le directeur général de l'OFII à l'appui de son mémoire en défense que le requérant a bénéficié d'un entretien préalablement à la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier en méconnaissance des articles L. 744-1 et L. 744-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

9. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

10. D'une part, M. A ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 19 septembre 2018, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, il résulte de ce qui est énoncé au point précédent que sa situation doit être appréciée au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction en vigueur avant le 1er janvier 2019.

11. D'autre part, il résulte de ce qui est énoncé au point 9 du présent jugement que la circonstance que la demande d'asile du requérant ait été enregistrée en procédure normale et que sa demande d'asile soit encore en cours d'examen à la date de la décision contestée ne faisait pas légalement obstacle à ce que l'OFII lui refuse le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Enfin, il ressort des pièces du dossier que si le requérant, qui était célibataire et âgé de vingt-cinq ans à la date de la décision contestée, fait valoir son état de santé, il se borne à produire un compte rendu opératoire d'une intervention intervenue le 30 janvier 2019 en ambulatoire pour une fistule anale et un bulletin de situation. Ainsi, l'intéressé ne produit aucun document médical contemporain de la décision attaquée faisant apparaitre des problèmes de santé. En tout état de cause, l'intéressé n'établit pas que, même sans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, il ne pourrait bénéficier d'un suivi approprié à son état de santé alors qu'il est titulaire d'une attestation de demandeur d'asile et peut ainsi bénéficier d'une couverture santé. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas les éléments avancés par l'OFII selon lesquels il est hébergé. Dans ces conditions, l'intéressé ne présente aucun élément de nature à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. Par ailleurs, M. A ne justifie pas des raisons pour lesquelles il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 13 juin 2019 et le 2 juillet 2020 et ne s'est pas présentée auprès de l'autorité préfectorale avant l'expiration du délai de transfert. Il ne fournit pas davantage de précision sur sa situation et ses conditions de vie entre la décision de suspension de ses conditions matérielles d'accueil, qu'il n'a au demeurant pas contestée, et celle de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et sur les raisons pour lesquelles il ne s'est pas manifesté auprès des autorités pendant cette période. En conséquence, l'OFII ne saurait être regardé comme ayant méconnu les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou porté atteinte au droit d'asile ou à la dignité humaine. La décision contestée n'a pas davantage méconnu les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces stipulations. Par suite ces moyens doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de rejet de sa demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère et M. Weiswald, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2023.

Le Président-rapporteur,

signé

R. Féral

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J.-B. WeiswaldLa greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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