jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2106488 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2021, Mme B, représentée par Me Herin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2020 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports l'a reclassée dans le corps des professeurs agrégés au 10ème échelon de la classe normale avec une ancienneté conservée de deux ans, sept mois et 29 jours, ensemble la décision par laquelle le ministre a implicitement refusé de faire droit à son recours hiérarchique du 11 janvier 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le ministre de l'éducation, qui ne pouvait unilatéralement modifier les dispositions réglementaires applicables à la date de son reclassement, a excédé sa compétence ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions des décrets n° 51-1423 du 5 décembre 1951 et n° 72-580 du 4 juillet 1972, telles qu'interprétés par la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation (Question écrite AN n° 26-486 JO du 6 avril 2021 page 2999), dès lors qu'elle aurait dû être reclassée au 11ème échelon avec une ancienneté conservée de quatre ans, cinq mois et douze jours.
Par un courrier du 10 février 2022, le ministre de l'éducation nationale a été mis en demeure de présenter des observations dans un délai de trente jours, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 26 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 octobre 2023 à 12 heures.
Le ministre de l'éducation nationale, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
Par un courrier du 26 septembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible, en cas d'annulation des décisions attaquées, d'enjoindre d'office au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de reclasser Mme B rétroactivement au 1er septembre 2020 dans le corps des professeurs agrégés au 11ème échelon du grade de classe normale avec une ancienneté dans cet échelon de quatre ans, cinq mois et 12 jours, et d'en tirer toutes les conséquences pécuniaires sur sa carrière, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Par un mémoire, enregistré le 2 octobre 2023, Mme B, représenté par Me Herin, a présenté des observations à cette information du tribunal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83- 634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 51-1423 du 5 décembre 1951 modifié ;
- le décret n° 72-580 du 4 juillet 1972 ;
- le décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Oriol, présidente-rapporteure,
- et les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 2 juillet 2020, le ministre de l'éducation nationale a nommé Mme B, professeure certifiée de mathématiques au 4ème échelon de la classe exceptionnelle, dans le corps des professeurs agrégés à compter du 1er septembre 2020. Par arrêté du 11 septembre 2020, l'intéressée a été classée au 10ème échelon du grade de classe normale de ce corps, avec une ancienneté conservée de deux ans, sept mois et 29 jours. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté en temps qu'il a limité son reclassement, alors qu'elle aurait pu prétendre à un reclassement au 11ème échelon avec une ancienneté conservée de quatre ans, cinq mois et douze jours, ensemble la décision par laquelle le ministre a implicitement refusé de faire droit à son recours hiérarchique du 11 janvier 2021.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".
3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 10 février 2022, le ministre de l'éducation nationale n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai de trente jours qui lui a été imparti et, en tout état de cause, avant la clôture de l'instruction fixée au 26 octobre 2023. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article 5 du décret n° 72-580 du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs agrégés de l'enseignement du second degré : " Les professeurs agrégés sont recrutés : / () 2° Dans la limite d'une nomination pour sept titularisations prononcées l'année précédente dans une discipline au titre du 1° ci-dessus parmi les professeurs certifiés, les professeurs de lycée professionnel et les professeurs d'éducation physique et sportive âgés de quarante ans au moins et justifiant de dix années de services effectifs d'enseignement, dont cinq ans dans leur corps, ayant répondu à un appel de candidatures dans des conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'éducation. Les services accomplis en qualité de directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques sont assimilés à des services d'enseignement. / Les nominations prévues au titre du présent 2° sont prononcées après inscription sur une liste d'aptitude arrêtée chaque année par le ministre chargé de l'éducation, après avis du groupe des inspecteurs généraux de l'éducation nationale de la discipline concernée et de la commission administrative paritaire nationale du corps des professeurs agrégés, sur la proposition des recteurs d'académie () ". Selon le II de l'article 6 du même décret : " Les candidats recrutés en application de l'article 5 (2°) ci-dessus sont nommés et titularisés en qualité de professeur agrégé au 1er septembre de l'année au titre de laquelle est organisé le recrutement et classés, à cette date, selon les dispositions du décret du 5 décembre 1951 susvisé ".
5. D'autre part, de l'article 8 du décret n° 51-1423 du 5 décembre 1951 portant règlement d'administration publique pour la fixation des règles suivant lesquelles doit être déterminée l'ancienneté du personnel nommé dans l'un des corps de fonctionnaires de l'enseignement relevant du ministère de l'éducation nationale : " Les fonctionnaires qui appartenaient déjà en qualité de titulaire à un corps de fonctionnaires de l'enseignement relevant du ministère de l'éducation nationale () sont nommés dans leur nouveau grade avec une ancienneté égale à leur ancienneté dans leur précédent grade multipliée par le rapport du coefficient caractéristique de ce grade au coefficient caractéristique du nouveau grade. () ". Selon l'article 9 du même décret : " Les différents grades de fonctionnaires de l'enseignement sont affectés des coefficients caractéristiques suivants : / 1er groupe. - Professeur agrégé et fonctionnaires assimilés visés à l'article 2 du décret n° 49-902 du 8 juillet 1949 : 175 ; / () / 3e groupe - Professeur certifié et fonctionnaires assimilés visés à l'article 3 du décret précité : 135 () ". L'article 10 du même décret dispose que : " L'ancienneté dans le précédent grade est déterminée selon les modalités suivantes : / 1° Lorsque le fonctionnaire était classé à la classe exceptionnelle du corps auquel il appartenait, l'ancienneté est égale à l'ancienneté d'échelon acquise par l'intéressé, augmentée de la durée des services nécessaires pour accéder, sur la base de l'avancement à l'ancienneté, à un échelon de la classe normale déterminé selon les dispositions figurant à l'annexe I ; () ". En vertu de l'annexe I du même décret : " a) Pour les professeurs d'enseignement général de collège et les chargés d'enseignement d'éducation physique et sportive, cet échelon est fixé conformément au tableau de correspondance ci-après : / () 4ème échelon : 11ème échelon avec majoration de 13 ans () ".
6. Il ressort de ces dispositions que pour calculer l'ancienneté dans leur nouveau grade des professeurs certifiés qui étaient classés au 4ème échelon de la classe exceptionnelle, il convient de retenir l'ancienneté d'échelon acquise par les intéressés, augmentée de la durée des services nécessaires pour accéder, sur la base de l'avancement à l'ancienneté, au 11ème échelon de la classe normale, soit une durée de 26 ans en vertu de l'article 32 du décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés dans sa rédaction issue de l'article 19 du décret n° 2019-1554 du 30 décembre 2019, majorée de treize ans, puis de la multiplier par 135 sur 175 en vertu des dispositions précitées des articles 8 et 9 du décret du décret n° 51-1423 du 5 décembre 1951.
7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la feuille de classement établie par l'administration, que l'ancienneté de Mme B dans le 4ème échelon de la classe exceptionnelle des professeurs certifiés était de cinq mois et vingt jours. L'ancienneté de Mme B dans son ancien grade, au sens du décret n° 51-1423 du 5 décembre 1951, incluait donc cinq mois et vingt jours au titre de son ancienneté acquise dans le 4ème échelon de la classe exceptionnelle, 26 ans au titre de la durée des services nécessaires pour accéder au 11ème échelon de la classe normale, le tout majoré de 13 ans, soit un total de 39 ans, cinq mois et 20 jours. Dès lors, son ancienneté dans son nouveau grade, par application du rapport des coefficients de 135 sur 175, est de 30,45 ans, soit 30 ans, cinq mois et douze jours. Il ressort des dispositions de l'article 13 du décret n° 72-580 du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs agrégés que la durée des services nécessaires pour accéder, sur la base de l'avancement à l'ancienneté, au 11ème échelon de la classe normale des professeurs agrégés, est de 26 ans. Mme B disposant au 1er septembre 2020 d'une ancienneté de 30 ans, cinq mois et douze jours, elle devait donc être reclassée à cette date au 11ème échelon de la classe normale du corps des professeurs agrégés, avec une ancienneté de quatre ans, cinq mois et 12 jours.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à soutenir que l'arrêté du 11 septembre 2020, l'ayant reclassé au 10ème échelon de la classe normale des professeurs agrégés, avec une ancienneté conservée de deux ans, sept mois et 29 jours, est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées du décret n° 51-1423 du 5 décembre 1951. Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a donc lieu de l'annuler, ensemble la décision par laquelle le ministre a implicitement refusé de faire droit au recours hiérarchique de Mme B du 11 janvier 2021.
Sur l'injonction d'office :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
10. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de reclasser Mme B rétroactivement au 1er septembre 2020 dans le corps des professeurs agrégés au 11ème échelon du grade de classe normale avec une ancienneté dans cet échelon de quatre ans, cinq mois et douze jours, et d'en tirer toutes les conséquences pécuniaires sur sa carrière, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1err : L'arrêté du 11 septembre 2020 par lequel le ministre de l'éducation nationale a reclassé Mme B au 10ème échelon de la classe normale des professeurs agrégés, avec une ancienneté conservée de deux ans, sept mois et 29 jours, ensemble la décision par laquelle le ministre a implicitement refusé de faire droit au recours hiérarchique de Mme B du 11 janvier 2021, sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de reclasser Mme B rétroactivement au 1er septembre 2020 dans le corps des professeurs agrégés au 11ème échelon du grade de classe normale avec une ancienneté dans cet échelon de quatre ans, cinq mois et 12 jours, et d'en tirer toutes les conséquences pécuniaires sur sa carrière, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 2 000 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.
La présidente-rapporteure,
Signé
C. ORIOL
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
C. CORDARYLa greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026