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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2106562

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106562

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106562
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2021, M. B D A, représenté par Me Nombret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 22 mars 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Cergy lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir son droit aux conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif, dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement de cette somme à son profit.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa situation de vulnérabilité et, d'autre part, qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations avant son édiction ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la fuite n'est pas caractérisée en l'espèce ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée du 22 mars 2021 doivent être regardées comme dirigées contre la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil en date du 26 juillet 2021, prise en exécution de l'ordonnance n° 2106555 du 11 juin 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de la décision contestée du 22 mars 2021 ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'État n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Amazouz a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 7 février 1996, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 22 septembre 2020 en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Par une décision du 22 mars 2021, le directeur territorial de l'OFII à Cergy lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. A l'appui de sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2021. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions de la requête :

3. M. A ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 22 septembre 2020, sa situation est régie par les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018. Si dans sa décision du 31 juillet 2019, Association La Cimade et autres, n° 428530, 428564, visée ci-dessus, le Conseil d'État a jugé que ces articles étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il a également jugé que, dans l'attente de leur modification par le législateur, il reste néanmoins possible à l'OFII, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur d'asile et après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil lorsqu'il a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire d'offre de prise en charge, produit par le directeur général de l'OFII et signé par M. A, que l'intéressé a certifié avoir été évalué par un agent de l'OFII, dans une langue qu'il comprend et avec le concours d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 22 septembre 2020. Ainsi, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa situation de vulnérabilité doit être écarté.

5. En deuxième lieu, si M. A soutient, sans autre précision, qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations avant l'édiction de la décision attaquée, le directeur général de l'OFII produit un courrier du 1er mars 2021 par lequel le directeur territorial de l'OFII à Cergy l'a informé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et invité à présenter des observations dans un délai de quinze jours. Alors que ce courrier comporte le numéro de suivi d'un courrier recommandé, le requérant ne soutient ni n'allègue qu'il n'aurait pas reçu ce courrier du 1er mars 2021. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations avant l'édiction de la décision attaquée.

6. En troisième lieu, la décision contestée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

7. En quatrième lieu, pour suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A, le directeur territorial de l'OFII à Cergy s'est fondé sur le motif que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Si le requérant fait valoir que l'OFII ne précise pas quelles convocations il aurait manqué, le directeur général de l'OFII produit un tableau de convocations, signé par l'intéressé le 20 novembre 2020, attestant qu'il ne s'est pas présenté à des convocations de la préfecture du Val-d'Oise les 31 décembre 2020 et 15 janvier 2021, soit postérieurement au jugement du tribunal en date du 22 décembre 2020 rejetant son recours dirigé contre l'arrêté du 20 novembre 2020 ordonnant son transfert aux autorités slovènes. M. A, qui ne fournit aucune précision pour expliquer son absence à ces convocations, ne produit par ailleurs aucun élément de nature à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en lui suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de M. A à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A, à Me Nombret et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

S. AmazouzLe président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière

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