mardi 23 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2106600 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ISRAEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mai 2021 et le 20 mai 2021, M. C, représenté par Me Israël, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou à défaut de réexaminer sa situation, de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour ou une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai d'un mois à compter de la date de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros qui sera versée à Me Israël sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- en fixant le Congo comme pays de destination, l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 7 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juillet 2021.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Thierry, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais, né le 1er avril 1971, expose être entré en France en 2012 pour y solliciter l'asile. En dépit du rejet de cette demande, M. C indique être demeuré sur le territoire français et a sollicité, le 12 février 2019 un titre de séjour en qualité de " salarié " sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (dans sa rédaction alors applicable). Par un arrêté du 28 avril 2021, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, par arrêté n° 21-008 en date du 1er avril 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise, d'une délégation de signature du préfet du Val-d'Oise, à l'effet de signer notamment " la délivrance des récépissés, autorisations provisoires de séjour, titre de séjour, documents de circulation pour étrangers mineurs, documents de voyage collectif " et " toute obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire, toute décision fixant le pays de destination ". Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par M. C, qu'il a présenté une demande de titre de séjour uniquement sur le fondement des dispositions de L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (dans leur rédaction alors applicables). M. C ne produit aucun document établissant qu'il a saisi le préfet d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement. Ainsi, le préfet du Val-d'Oise n'était pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé était susceptible de remplir les conditions en vue de la délivrance d'un titre sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qu'il n'a d'ailleurs pas fait. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et ne peut qu'être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 3138-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. "
6. Il résulte des propres indications de M. C qu'il est entré en France en novembre 2012. Il ne peut dès lors sérieusement soutenir qu'à la date de la décision attaquée, le 28 avril 2021, il séjournait en France depuis plus de dix ans. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour mentionnée dans les dispositions précitées.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / () ".
8. D'une part, M. C qui ne se prévaut d'aucune activité professionnelle, ne démontre aucune insertion stable et ancienne sur ce point. D'autre part, alors que dans son arrêté le préfet du Val-d'Oise expose que les documents produits par le demandeur ne permettent pas de justifier de sa présence en France en 2013 2016 et 2017, M. C n'a produit aucun document permettant de justifier de sa présence continue en France ni au titre de ces années, ni d'ailleurs, au titre des autres. En tout état de cause, la seule durée de séjour en France ne constitue pas par elle-même une considération humanitaire ou un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées.
9. Par ailleurs, M. C expose qu'il a constitué une cellule familiale depuis le mois de juillet 2016 avec une compatriote, mère de trois enfants, tous scolarisés et dont il s'occupe. Il produit à cet effet une attestation de sa compagne qui date leur relation depuis 2017 et indique qu'il accompagne les enfants à l'école et les ramène à la maison. Une seconde attestation établie par une gardienne d'école indique qu'il vient chercher " sa fille " régulièrement. M. C ne précise toutefois pas la nationalité des enfants de sa compagne, ni les attaches de celle-ci sur le territoire français à la date de la décision attaquée alors que le titre de séjour de cette dernière, valable un an, était en cours de renouvellement à la date de la décision attaquée. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la cellule familiale que M. C indique former avec sa compagne et ses enfants ne puisse se reconstituer en dehors du territoire français, notamment dans leur pays d'origine commun. M. C lui-même y a vécu jusqu'à l'âge de 41 ans, et y résident, selon les mentions non contredites de l'arrêté en litige, ses deux enfants majeurs, ses parents et son frère. Enfin M. C ne fait état d'aucune insertion sociale ou amicale particulière.
10. Dans ces circonstances, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et ainsi méconnu les stipulations et dispositions précitées.
11. En sixième lieu, les dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger fait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
12. Au vu des circonstances énoncées précédemment aux points 8 et 9 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que, le préfet du Val-d'Oise, en estimant que l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé au titre du travail et de la vie privée et familiale ne répondait pas à des considérations humanitaires ou ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels, a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Enfin, si M. C soutient dans ses écritures qu'en cas de retour dans son pays d'origine, " il serait soumis à des traitements inhumains et dégradants " il n'apporte aucune indication sur les motifs ou circonstances qui seraient susceptibles de l'exposer à de tels traitements proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut dès lors qu'être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les conclusions à fin d'annulation de M. C devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet du Val-d'Oise et à Me Israël
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Baude, premier conseiller,
M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.
Le président,
signé
P. Thierry L'assesseur le plus ancien,
signé
F.-E. Baude
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21066002
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026