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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2106619

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106619

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCARLINI ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2021, Mme D C, représentée par Me Laillet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction et de la fonction publique hospitalière l'a reclassée et par conséquent la décision implicite de rejet, à la suite de son recours gracieux, formé le 10 février 2021 ;

2°) d'enjoindre le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière de la reclasser à l'échelon auquel elle était placée avant le 1er octobre 2020 et de procéder à une reconstitution de sa carrière, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière la somme de 3 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- l'arrêté attaqué du 12 octobre 2020 a été signé par une autorité incompétente ;

- Il est illégal par voie d'exception de l'illégalité du décret n°2020-1182 du 28 septembre 2020 sur lequel elle repose. Ce décret méconnait le principe d'égalité de traitement, prévu par les dispositions des article 1er et 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il méconnait le principe de non-discrimination prévu par l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 et le principe de confiance légitime ;

- il a pour effet de la reclasser à un échelon inférieur à celui qu'elle détenait avant le 1er octobre 2020, a le caractère de sanction disciplinaire.

La requête a été communiquée au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, notamment ses articles 1 et 6 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 14 ;

- le code de la santé publique ;

- la loi du n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n°2008-496 du 27 mai 2008 ;

- le décret n°2007-704 du 4 mai 2007 ;

- le décret n°2020-1182 du 28 septembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Griel, vice-président rapporteur

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, praticien hospitalier titulaire, exerce à l'hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt. Par un arrêté du 12 octobre 2020, pris sur le fondement du décret du 28 septembre 2020 relatif à la modification de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel, la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a reclassé Mme C à un échelon inférieur à celui auquel elle était placée avant le 1er octobre 2020, date d'entrée en vigueur du décret précité. Par un courrier, réceptionné par le CNG le 10 février 2021, Mme C a formé un recours gracieux contre l'arrêté du 12 octobre 2020. En l'absence de réponse de la part de la CNG dans le délai de deux mois, le requérant conteste l'arrêté de reclassement du 12 octobre 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En application de l'article 2 du décret du 4 mai 2007, relatif à l'organisation et au fonctionnement du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière et modifiant le code de la santé publique, le directeur de cet établissement assure, " en qualité d'autorité investie du pouvoir de nomination et, au nom du ministre chargé de la santé ", la " nomination et les autres actes de gestion de la carrière des praticiens hospitaliers ainsi que le suivi de l'évolution des emplois et des compétences les concernant "

3. L'arrêté du 12 octobre 2020, signé par Mme B, mentionne sa qualité de directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG), laquelle tient sa compétence des dispositions prévues aux articles R. 6152-8 à R. 6152-21 du code de la santé publique, pour nommer et reclasser les praticiens hospitaliers. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme B, directrice du CNG, n'est pas compétente pour signer l'arrêté de reclassement du 12 octobre 2020 doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

4. En premier lieu, Mme C soutient, par voie d'exception, que le décret n°2020-1182 du 28 septembre 2020, porte atteinte aux principes d'accès aux emplois publics et à l'égalité de traitement entre les agents appartenant à un même corps, qui sont garantis par les articles 1er et 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 et par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle fait également valoir que ce décret constitue une discrimination indirecte en méconnaissance de l'article 1er de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 et qu'il porte atteinte au principe de confiance légitime.

5. En deuxième lieu, le décret du 28 septembre 2020, relatif à la modification de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiels, en fusionnant, dans le cadre d'une revalorisation de ces émoluments, les quatre premiers échelons, d'une durée d'un an pour les deux premiers et deux ans pour les deux suivants, en un seul échelon d'une durée de deux ans. Ce décret définit également les conditions de reclassement des membres présents dans le corps, en prévoyant notamment, à son article 7, que les agents classés entre le premier et le troisième échelon sont reclassés, à compter de son entrée en vigueur, le 1er octobre 2020, au premier échelon de la nouvelle grille, sans que l'ancienneté acquise dans leur précédent échelon ne soit conservée, tandis que les praticiens classés au quatrième échelon sont reclassés à la même date en conservant leur ancienneté acquise dans leur précédent échelon.

6. Toutefois, la différence de traitement, résultant de la modification apportée par le décret du 28 septembre 2020 aux règles applicables au corps des praticiens hospitaliers, entre les agents qui ont été recrutés avant le 1er octobre 2020, date d'entrée en vigueur de la modification statutaire et ceux qui ont été recrutés sous l'empire des nouvelles dispositions est inhérente à la succession dans le temps des règles applicables et n'est pas, par elle-même, contraire au principe d'égalité et ne constitue pas une discrimination indirecte.

7. Eu égard aux modalités de reclassement retenues par le décret du 28 septembre 2020, qui placent au même niveau d'ancienneté dans l'échelon les praticiens nommés au 1er octobre 2020 et les praticiens précédemment classés entre le premier et le troisième échelon et reclassés à cette date au même premier échelon, et qui, par ailleurs, prévoient la conservation de l'ancienneté dans l'échelon des praticiens précédemment classés au quatrième échelon et au-delà, il ne résulte du décret aucune inversion illégale dans l'ordre d'ancienneté au sein du corps. La circonstance que le décret du 28 septembre 2020 se combine avec la règle, résultant de l'article R. 6152-17 du code de la santé publique, qui prévoit que le classement dans l'emploi de praticien hospitalier des agents qui sont nommés dans le même corps tient également compte, notamment, de la durée des fonctions de même nature effectuées antérieurement à leur nomination et présentant un intérêt pour le service public hospitalier, est sans incidence sur le respect du principe d'égalité entre agents d'un même corps, les fonctions ainsi prises en compte ne relevant pas d'une ancienneté dans le corps et n'entraînant ainsi aucune inversion illégale dans l'ordre d'ancienneté au sein du corps ni aucune discrimination indirecte basée sur l'âge.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que le décret du 28 septembre 2020 a pour effet, en violation du principe d'égalité de traitement des agents appartenant à un même corps, d'entraîner une rupture d'égalité et une inversion dans l'ordre d'ancienneté au détriment des agents recrutés dans ce corps avant la date d'entrée en vigueur du décret et de présenter un caractère discriminatoire fondé sur l'âge. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement et de non-discrimination doit être écarté.

9. En troisième lieu, dès lors que la situation de Mme C n'est pas régie par le droit de l'Union européenne, elle ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance du principe général de confiance légitime. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le décret du 28 septembre 2020 méconnaît le principe de confiance légitime. Ce moyen est dès lors inopérant et doit être écarté.

10. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du décret du 28 septembre 2020, doit être écarté.

11. En dernier lieu, Mme C soutient que l'arrêté du 12 octobre 2020, qui procède à son reclassement à un échelon inférieur à celui qu'elle détenait avant l'entrée en vigueur du décret, a le caractère de sanction disciplinaire.

12. Toutefois, si l'arrêté du 12 octobre 2020 a pour conséquence de reclasser Mme C au 9ème échelon de la nouvelle grille des émoluments des praticiens hospitaliers alors qu'elle était auparavant classée au 12ème échelon de l'ancienne grille, cette seule circonstance ne saurait être regardée comme conférant à ce reclassement un objet ou un effet équivalent au prononcé d'une sanction de l'abaissement d'échelon ou de la rétrogradation mentionnés à l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme C a fait l'objet d'un abaissement d'échelon ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions dirigées contre l'arrêté du 12 octobre 2020, n'appelle à aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requête à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme à verser à la requérante au titre des frais exposés par elle dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

Mme A, premiere conseillère,

M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. A

La présidente, rapporteur,

signé

H. LE GRIELLa Greffière,

signé

E. PRADEL

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

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