Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106628

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre (JU)
Avocat requérantGUNER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision implicite de la CPAM du Val-d'Oise refusant de communiquer à M. B les attestations de perception d'indemnités journalières pour les années 1988, 1989, 1997, 1998 et 1999. Saisi en excès de pouvoir, le tribunal a jugé que ces documents, relevant de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration, sont administratifs et communicables. Il a enjoint à la CPAM de les transmettre sous deux mois, sans astreinte, et a condamné l'organisme à verser 1 000 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2021, M. A B, représenté par Me Güner, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise a rejeté sa demande de communication de documents administratifs ;

2°) d'enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise de lui communiquer les attestations de perception d'indemnités journalières au titre de la maladie, ou d'un incident du travail pour les années 1988, 1989, 1997, 1998 et 1999 le concernant, à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le refus de communication est illégal et préjudicie gravement à ses droits dès lors que ce sont des documents qui ont seulement trait à sa situation professionnelle passée dont il a besoin pour faire valoir ses droits à la retraite auprès de sa caisse complémentaire.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise qui n'a pas présenté d'observation en défense.

Par une ordonnance du 11 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Buisson, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Buisson, magistrat désigné ;

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courriel du 22 octobre 2020, M. A B a saisi la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-d'Oise d'une demande tendant à la communication des différentes attestations de perception d'indemnités journalières au titre de la maladie ou d'un accident de travail pour les années 1988, 1989, 1997, 1998 et 1999. A la suite du silence gardé par l'administration sur cette demande, le requérant a saisi, le 2 décembre 2020 la commission d'accès aux documents administratif qui a rendu un avis favorable à la communication de ce document, le 14 janvier 2021. Par une décision implicite du 2 février 2022, dont le requérant demande l'annulation, le directeur général de la CPAM du Val-d'Oise a confirmé son refus initial de communication.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs. ". Aux termes de l'article L. 300-2 de ce code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ".

3. Comme l'a indiqué la commission d'accès aux documents administratifs dans son avis du 14 janvier 2020, les attestations de perceptions d'indemnités journalières perçues par M. B au titre de la maladie ou d'un incident du travail pour les années 1988, 1989, 1997, 1998 et 1999 constituent des documents entrant dans le champ des dispositions susvisées de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces documents aient été communiqués au requérant. Par suite, la décision du préfet de la CPAM du Val-d'Oise qui refuse au requérant la communication des documents administratifs sollicités est entachée d'illégalité.

4. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite du directeur général de la CPAM du Val-d'Oise lui refusant la communication des attestations de perceptions d'indemnités journalières au titre de la maladie ou d'un incident du travail pour les années 1988, 1989, 1997, 1998 et 1999.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que la CPAM du Val-d'Oise communique à M. B l'ensemble des attestations de perceptions d'indemnités journalières au titre de la maladie ou d'un incident du travail pour les années 1988, 1989, 1997, 1998 et 1999. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens et de lui impartir un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement pour y procéder. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la CPAM du Val-d'Oise la somme de 1 000 euros à verser au requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du directeur général de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-d'Oise du 2 février 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise de communiquer à M. B l'ensemble attestations de perceptions d'indemnités journalières au titre de la maladie ou d'un incident du travail pour les années 1988, 1989, 1997, 1998 et 1999 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

C. Duroux

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106628