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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2106675

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106675

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantJANURA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée le 19 mai 202 sous le numéro 2106675, Mme A, représentée par Me Janura, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2021 par lequel la directrice académique des services de l'éducation nationale (DASEN) des Hauts-de-Seine lui a retiré son emploi de directrice d'école à compter du 11 février 2021, ensemble la décision de rejet implicite de son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale de procéder à la reconstitution de sa carrière de directrice d'école et de la nommer sur un tel emploi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige du 1er février 2021 est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été précédé de l'avis de la commission administrative paritaire ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été précédé de la saisine du conseil de discipline et qu'elle n'a pas été invitée à consulter son dossier administratif ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il est dépourvu de base légale ;

- il est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est fondé sur le rapport de la DASEN du 9 décembre 2020 ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir révélant une sanction déguisée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 mars 2022 et le 27 novembre 2023, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er février 2021, auquel s'est substitué celui du 1er juillet 2021 ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

II- Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2021 sous le numéro 2113656, et des mémoires, enregistrés le 30 mai 2022, le 25 octobre 2023 et le 28 janvier 2024, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel la DASEN des Hauts-de-Seine lui a retiré son emploi de directrice d'école à compter du 1er juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale de procéder à la reconstitution de sa carrière, de l'inscrire sur la liste d'aptitude aux fonctions de direction, de la nommer sur un emploi de directrice d'école et de supprimer les écrits outrageants et diffamatoires contenus dans son dossier administratif ;

3°) de supprimer les écrits outrageants et diffamatoires contenus dans les écritures du recteur de l'académie de Versailles ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 6 000 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- l'arrêté en litige du 1er juillet 2021 est entaché d'un vice de procédure, faute de régularité de la procédure suivie devant la commission administrative paritaire ;

- il est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est fondé sur le rapport de la DASEN du 9 décembre 2020 ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir révélant une sanction déguisée ;

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison des illégalités entachant l'arrêté en litige et des agissements de harcèlement moral qu'elle a subis.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 mars 2022 et le 27 novembre 2023, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Il reprend ses moyens de défense de la requête n° 2106675 susvisée et fait valoir que les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 ;

- le décret n° 89-122 du 24 février 1989 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,

- les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public ;

- et les observations de Mme A.

Une note en délibéré a été produite par Mme A le 7 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, professeur des écoles, a été nommée directrice de l'école élémentaire " République " située à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine) à compter du 1er septembre 2017. Par arrêté du 1er février 2021, la directrice académique des services de l'éducation nationale (DASEN) des Hauts-de-Seine lui a retiré son emploi de directrice d'école à compter du 11 février 2021. Par ordonnance n° 2106646 du 4 juin 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a suspendu l'exécution de cet arrêté, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique. Par arrêté du 1er juillet 2021 pris en exécution de cette ordonnance, qui s'est substitué à celui du 1er février 2021, la DASEN des Hauts-de-Seine a retiré l'emploi de directrice de Mme A à compter du 1er juillet 2021. Par les présentes requêtes, Mme A demande notamment l'annulation de ces arrêtés, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique, et la réparation des préjudices nés des illégalités et agissements fautifs de la DASEN des Hauts-de-Seine.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2106675 et 2113656 présentées par Mme A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.

Sur la requête 2106675 :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :

3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors la disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

4. Le recteur de l'académie de Versailles demande au tribunal de constater qu'il a, par son arrêté du 1er juillet 2021 édicté en cours d'instance, substitué l'arrêté attaqué du 1er février 2021 et de juger, en conséquence, que les conclusions présentées par Mme A contre ce dernier sont devenues sans objet. Toutefois, l'arrêté du 1er juillet 2021 ne peut être regardé comme ayant retiré l'arrêté du 1er février 2021 dès lors qu'il n'a pas été procédé à la réintégration rétroactive de Mme A à compter du 11 février 2021. Ainsi, l'arrêté du 1er juillet 2021 constituait une décision d'abrogation de l'arrêté du 1er février 2021 qui avait reçu un commencement d'exécution à compter du 11 février 2021. Par suite, et contrairement à ce que soutient le recteur de l'académie de Versailles, la requête dirigée à l'encontre de l'arrêté du 1er février 2021 a conservé son objet. L'exception de non-lieu doit dès lors être écartée.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 11 du décret n° 89-122 du 24 février 1989 relatif aux directeurs d'école, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les instituteurs nommés dans l'emploi de directeur d'école peuvent se voir retirer cet emploi par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, dans l'intérêt du service, après avis de la commission administrative paritaire départementale unique compétente, à l'égard des instituteurs et des professeurs des écoles. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas contesté par le recteur de l'académie de Versailles, que l'arrêté du 1er février 2021 par lequel la DASEN des Hauts-de-Seine a prononcé le retrait de l'emploi de directrice d'école de Mme A n'a pas été précédé de la saisine de la commission administrative paritaire. Mme A a donc été privée d'une garantie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qui n'apparaissent pas, en l'état du dossier, de nature à fonder une annulation, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er février 2021, ensemble la décision de rejet implicite de son recours hiérarchique.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que l'arrêté du 1er février 2021 par lequel la DASEN des Hauts-de-Seine a retiré l'emploi de directrice d'école de Mme A à compter du 11 février 2021, ensemble la décision de rejet implicite de son recours hiérarchique, sont illégaux. Dès lors que l'exécution de cet arrêté a été suspendue par l'ordonnance n° 2106646 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 4 juin 2021 et qu'il résulte des points 9 à 16 ci-après du présent jugement que l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel la DASEN des Hauts-de-Seine a retiré l'emploi de directrice d'école de Mme A à compter du 1er juillet 2021 n'est pas illégal, il y a seulement lieu d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de tirer toutes les conséquences de droit et financières de l'annulation de la décision du 1er février 2021 pour la période comprise entre le 11 février 2021 et le 1er juillet 2021.

Sur la requête 2113656 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du décret n° 82-451 du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires : " Les commissions administratives paritaires comprennent en nombre égal des représentants de l'administration et des représentants du personnel. Elles ont des membres titulaires et un nombre égal de membres suppléants. ". Selon l'article 41 de ce même décret : " Les commissions administratives ne délibèrent valablement qu'à la condition d'observer les règles de constitution et de fonctionnement édictées par la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat et par le présent décret, ainsi que par le règlement intérieur. En outre, les trois quarts au moins de leurs membres doivent être présents lors de l'ouverture de la réunion. Lorsque ce quorum n'est pas atteint, une nouvelle convocation est envoyée dans le délai de huit jours aux membres de la commission qui siège alors valablement si la moitié de ses membres sont présents. () ".

10. Ni les dispositions précitées, ni aucune autre règle, ni enfin aucun principe, ne subordonnent la régularité des délibérations des commissions administratives paritaires à la présence effective en séance d'un nombre égal de représentants de l'administration et de représentants du personnel.

11. Il ressort du procès-verbal de la commission administrative paritaire réunie le 1er juillet 2021 qu'elle était composée paritairement de treize représentants de l'administration et de neuf membres du personnel et que le quorum était ainsi atteint. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient Mme A, il ressort de la feuille d'émargement de ladite commission versée à l'instance qu'au moins quatre représentants de l'administration et huit représentants du personnel, dont deux suppléants, l'ont signée, de sorte qu'ils ont été régulièrement convoqués. La circonstance, à la supposer établie, que le neuvième enseignant ayant siégé en commission n'ait pas signé la feuille d'émargement n'a pas privé Mme A d'une garantie et n'a pas eu d'incidence sur le sens de l'avis ni, par voie de conséquence, sur le sens de l'arrêté en litige. En outre, la circonstance que le procès-verbal mentionne treize votes et six absences de vote, alors que vingt-deux votants étaient présents, constitue une erreur de plume qui n'a pu altérer la sincérité du résultat eu égard à l'écart de voix déterminant entre les dix votes favorables et les deux votes défavorables. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait fait preuve d'une animosité particulière à l'encontre de Mme A qui aurait été susceptible de mettre en cause son impartialité. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'avis de la commission administrative paritaire était entaché d'irrégularité.

12. En deuxième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté en litige que la DASEN des Hauts-de-Seine, au vu du rapport du 9 décembre 2020 se fondant lui-même sur le rapport d'inspection du 18 mars 2019 et de différents courriers et courriels d'enseignants et parents d'élèves, a retiré l'emploi de directrice de Mme A en raison des tensions dans ses relations avec l'équipe enseignante, de son manque de communication et de la souffrance qui en est résultée, de ses relations insatisfaisantes avec les parents d'élèves, de son attitude de retrait lors de la gestion de la rentrée scolaire de septembre 2020 dans un contexte de crise sanitaire et des difficultés liées à la sécurité des élèves ainsi qu'à leur accès à l'enceinte de l'école, de ses négligences dans le travail administratif de gestion de l'établissement et du discrédit porté au service public en raison de l'ensemble de ces agissements et de leur répétition.

13. Premièrement, pour se défendre du grief selon lequel elle aurait rencontré des difficultés dans ses relations avec l'équipe enseignante, Mme A fait valoir qu'elle a été placée en arrêt de travail pendant le premier confinement ordonné en raison de la crise sanitaire, que cela n'a pas eu d'impact sur le fonctionnement de l'école, qui était fermée, qu'une enseignante avait été désignée pour assurer la continuité pédagogique de l'école et qu'il ne peut lui être reproché d'avoir pris des initiatives à son retour de congé sur des sujets pris en charge par cette remplaçante, dès lors qu'elle s'est bornée à exercer ses fonctions de direction et qu'elle n'a pas été informée des actions menées en son absence. Toutefois, les griefs relatifs aux inquiétudes de l'équipe enseignante sur l'organisation de l'école, au manque de communication interne et aux contradictions qui en ont procédé dans la gestion de l'école sont établis par le courriel des enseignants du 12 mai 2020 adressé à l'inspectrice de circonscription concernant l'absence de réponse de Mme A à la question du protocole sanitaire applicable et à l'organisation de la rentrée, par la décision du 12 mai 2020 de l'inspectrice de confier des missions à une autre enseignante pour assurer la continuité pédagogique de l'école, par le rapport de l'inspectrice du 13 mai 2020 indiquant la nécessité pour Mme A d'améliorer sa communication, par les plaintes des enseignants des 18 et 19 mai 2020 auprès de l'inspectrice, par le courrier du 19 mai 2020 par lequel les enseignants ont témoigné de la confusion créée par l'attitude de Mme A, par le courrier du 28 mai 2020 adressé par les enseignants à l'inspectrice sur le manque de communication de Mme A, par le courriel du 21 septembre 2020 et le courrier du 1er octobre 2020 par lesquels des enseignants ont indiqué à l'inspectrice que le protocole de communication interne qu'elle avait établi le 3 juillet 2020 n'était pas respecté par Mme A, et, enfin, par le courriel du 28 septembre 2020 par lequel une enseignante a fait état d'un manque persistant de communication de Mme A auprès de l'inspectrice. Deuxièmement, pour se défendre des difficultés rencontrées dans ses relations avec les parents d'élèves, si Mme A conteste avoir remis tardivement les dossiers d'inscription au collège aux parents d'élève, elle ne conteste en revanche pas avoir eu des difficultés persistantes avec la représentante de la PEEP, ni ne conteste avoir eu des difficultés avec d'autres parents en se bornant à produire plusieurs attestations favorables de parents d'élèves alors que, par plusieurs courriels anonymisés des 19 et 26 septembre 2020, plusieurs parents d'élèves ont alerté les services de l'éducation nationale de leurs difficultés pour échanger avec Mme A. Troisièmement, pour faire échec aux griefs tirés de la gestion de la rentrée scolaire de septembre 2020, Mme A fait valoir qu'il ressort de ses échanges avec l'inspecteur de circonscription qu'elle a organisé des réunions pour préparer cette rentrée, qu'elle a transmis les consignes de l'inspecteur avec un retard qui ne lui est pas imputable et pas, contrairement à ce qui lui est reproché, sur la voie publique, qu'il ne peut lui être reproché d'avoir appliqué ces consignes et que l'inspecteur l'a remerciée pour sa réactivité. Toutefois, ces allégations sont contredites par le courriel du 2 septembre 2020 du représentant des parents d'élèves de la FCPE décrivant de nombreux dysfonctionnements et l'attitude passive de Mme A, par la circonstance qu'en réponse à ces dysfonctionnements l'inspecteur lui a adressé le 3 septembre 2020 des consignes précises pour organiser l'arrivée des enfants, tandis que des parents d'élèves ont alerté les services de l'éducation nationale par des courriels anonymisés des 19 et 26 septembre 2020 de leurs difficultés pour communiquer avec Mme A. Quatrièmement, si Mme A conteste la matérialité des griefs qui lui ont été adressés dans le rapport de la DASEN concernant ses relations avec la commune, il n'en est nullement question dans l'arrêté en litige. Enfin, Mme A ne conteste pas utilement la matérialité du grief tiré de sa mauvaise gestion de l'école en se bornant à soutenir que le rapport de la DASEN repose sur des allégations sans fondement et que le rapport d'inspection de sa manière de servir, réalisé en 2009, est élogieux, alors que le courriel des représentants des parents d'élèves du 13 octobre 2020 fait état de dysfonctionnement dans l'organisation du scrutin pour leur désignation et que le courriel du 5 octobre 2020 d'une enseignante fait également état de difficultés concernant notamment le budget alloué pour les commandes de fournitures scolaires.

14. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que la matérialité des dysfonctionnements ainsi relevés pris dans leur globalité est établie, nonobstant l'existence de quelques pièces en faveur de Mme A. Dans ces conditions, le retrait de son poste de directrice est intervenu, au regard des difficultés engendrées par son comportement avec la communauté éducative et les parents d'élèves, dans l'intérêt du service. La décision attaquée n'est donc pas manifestement disproportionnée au regard des faits qui sont reprochés à Mme A, alors même qu'elle aurait exercé de manière satisfaisante dans le cadre de ses précédents postes. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa manière de servir doit être écarté.

15. En troisième lieu, Mme A n'établit pas, par la production d'éléments objectifs révélant une intention de sa hiérarchie de la sanctionner et de lui porter préjudice dans l'exercice de ses missions, que la décision litigieuse aurait été dictée par d'autres motifs que l'intérêt du service tel qu'il ressort des points 12 à 14 du présent jugement. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir révélant une sanction déguisée ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.

En ce qui concerne les conclusions tendant à la suppression de passages injurieux :

17. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.

18. Les passages dont la suppression est demandée par Mme A dans les écritures en défense du recteur de l'académie de Versailles n'excèdent pas le droit à la libre discussion et ne présente pas un caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire. Les conclusions tendant à sa suppression doivent par suite être rejetées, y compris en ce qu'elles tendent à la suppression des écrits outrageants et diffamatoires contenus dans son dossier administratif, qui ne sont en tout état de cause pas établis.

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

19. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Selon l'article 11 de la même loi : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".

20. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration à laquelle il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

21. Il résulte de ce qui a été dit aux points 13 à 15 du présent jugement que l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel la DASEN des Hauts-de-Seine a retiré l'emploi de directrice d'école de Mme A, à compter du 1er juillet 2021, n'est pas fondé sur des faits matériellement inexacts, n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et ne constitue pas une sanction disciplinaire déguisée dès lors qu'il est uniquement justifié par l'intérêt du service et ne révèle dès lors pas une situation de harcèlement moral. Par ailleurs, il résulte du jugement n° 1802403 du tribunal du 21 octobre 2021 que la décision du 23 novembre 2017 par laquelle le maire de Bourg-la-Reine a mis fin, à compter du 1er novembre 2017, au versement de certaines indemnités communales au bénéfice de Mme A n'est pas illégale. En outre, par son ordonnance n° 2312184 du 27 octobre 2023, le juge des référés du tribunal n'a pas retenu de doute sérieux sur la légalité de la décision du 1er juin 2023 par laquelle le DASEN des Hauts-de-Seine a affecté Mme A au titre du mouvement de mutation de l'année 2023-2024 en situation de " titulaire remplaçant " " sans spécialité " à l'école maternelle publique Henri Wallon de Gennevilliers, l'illégalité alléguée ne ressortant pas davantage des pièces produites dans le cadre de la présente instance, qui ne révèlent pas d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral. Enfin, à les supposer établies, les circonstances que les demandes de formation de Mme A aient été systématiquement refusées, qu'elle n'ait pas bénéficié d'accompagnement ni de soutien à la suite de la réception d'un tract politique au sein de l'école qu'elle dirigeait, qu'elle subisse une perte financière en raison de la décision en litige, qu'elle n'ait pas bénéficié de la protection fonctionnelle après l'accident de service qu'elle aurait subi le 25 septembre 2020, que son profil Iprof ait été modifié et, enfin, que sa déclaration d'accident de service subi le 17 novembre 2022 n'ait pas encore fait l'objet d'une décision de l'autorité hiérarchique ne sont pas de nature, eu égard aux documents produits par Mme A, à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral à son encontre. Par suite, les conclusions indemnitaires de Mme A tendant à la réparation des préjudices subis du fait des illégalités entachant l'arrêté en litige et des agissements de harcèlement moral qu'elle aurait subis ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés aux litiges :

22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 1er février 2021 par lequel la directrice académique des services de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine a retiré l'emploi de directrice d'école de Mme A à compter du 11 février 2021, ensemble la décision de rejet implicite de son recours hiérarchique, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de tirer toutes les conséquences de droit et financières de l'annulation de l'arrêté du 1er février 2021 pour la période comprise entre le 11 février 2021 et le 1er juillet 2021.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

N°s 2106675 - 2113656

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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