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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2106760

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106760

jeudi 24 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2021, M. A B, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mars 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Montrouge lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avec effet rétroactif à compter du mois de décembre 2020, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une ordonnance n° 2104656 en date du 29 juin 2021, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Melun a transmis le dossier de la requête de M. B.

Par cette requête, enregistrée le 17 mai 2021 au greffe du tribunal administratif de Melun, M. B, représenté par Me de Seze présente des conclusions identiques à celles présentées dans l'instance enregistrée le 20 mai 2021 sous le n° 2106760 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Il invoque les mêmes moyens que ceux invoqués dans l'instance n° 2106760.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 25 octobre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n°s 428530 et 428564 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né le 20 février 1976, a présenté une demande d'asile enregistrée le 16 avril 2019 en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par arrêté du 3 juin 2019, l'autorité préfectorale a décidé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. L'intéressé a été déclaré en fuite. Par courrier du 14 janvier 2020, l'OFII l'a informé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par décision du 17 mars 2021, dont il demande l'annulation, l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n° 428530, point 18, mentionne que M. B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Elle précise également que l'examen de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaitre de facteur de vulnérabilité particulière, ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort également des pièces du dossier et notamment du formulaire d'offre de prise en charge produit par le directeur général de l'OFII et signé par M. B le 16 avril 2019, qu'il a bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII, en présence d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile. Lors de cet entretien, l'intéressé n'a fait état d'aucun problème de santé ou de besoins particuliers en matière d'accueil. En outre, l'intéressé a bénéficié d'un nouvel entretien, le 12 février 2021, soit un mois avant la décision attaquée, au cours duquel il n'a fait état d'aucun besoin particulier en matière d'accueil, déclarant être hébergé par un tiers, ni d'aucun problème de santé. Si l'intéressé produit des certificats médicaux, ceux-ci se bornent à faire état de coliques néphrétiques, et ne démontrent pas que son état de santé attesterait d'une vulnérabilité particulière. Ainsi, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, rappelée au point précédent, ni d'aucune autre pièce du dossier, que l'OFII n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B, notamment sa vulnérabilité, ni qu'il n'aurait pas pris en compte cette vulnérabilité. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En troisième lieu et dernier lieu, par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019 visée ci-dessus, le Conseil d'Etat a jugé que les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, applicable au litige dès lors que M. B a bénéficié des conditions matérielles d'accueil après le 1er janvier 2019, étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. B, qui est célibataire et âgé de quarante-cinq ans à la date de la décision contestée, soutient qu'il se trouve dans une situation de grande vulnérabilité et produit des documents médicaux, mentionnant notamment qu'il souffre de coliques néphrétiques, ce seul élément ne suffit toutefois pas à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil alors qu'il n'est pas établi qu'il ne pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale dès lors qu'il est titulaire, à la date de la décision attaquée, d'une attestation de demandeur d'asile en procédure normale ce qui lui ouvre droit à une couverture médicale. En outre, lors de l'entretien de vulnérabilité qui s'est déroulé un mois avant la décision attaquée, l'intéressé a indiqué être hébergé par un tiers. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, en particulier des éléments produits par l'OFII à l'appui de son mémoire en défense, que dans le cadre de la mise en œuvre de la procédure dite " Dublin ", M. B était convoqué à se présenter auprès des services de la police aux frontières les 9 et 16 décembre 2019 et qu'il s'est abstenu de se présenter à ces deux rendez-vous, faisant ainsi échec à la procédure de transfert en Italie dont il faisait l'objet. Si l'intéressé soutient que ces convocations ne lui sont pas parvenues dès lors qu'elles ont été adressées à son adresse administrative alors qu'il avait été radié et soutient que cette radiation est intervenue sans qu'il n'en ait été informé, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a été informé de cette radiation administrative dès le 4 décembre 2019 et qu'il aurait alors dû se rapprocher des services préfectoraux en l'absence de courrier reçu de leur part depuis le mois d'août 2019. Dans ces conditions, l'OFII n'a pas commis d'erreur de droit en lui suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et ne saurait être regardé comme ayant entaché son appréciation d'une erreur manifeste. Par suite ces moyens doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetés, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère et M. Weiswald, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2023.

Le Président-rapporteur,

signé

R. Féral

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J.-B Weiswald

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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