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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2106898

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106898

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantABDEL SALAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 mai 2021 et le 1er août 2021, M. B A, représenté par Me Abdel Salam, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du préfet du Val d'Oise en date du 24 mars 2021, refusant sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme D E et de son enfant C A ;

2°) d'enjoindre au préfet d'accorder à son épouse et à son enfant le bénéfice du regroupement familial ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision de rejet de la demande de regroupement familial :

- est entachée d'une irrégularité tirée de l'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est entachée d'une irrégularité tirée de l'absence de motivation ;

- est entachée d'une irrégularité de procédure en ce que le requérant n'a pas été informé de ce qu'impliquait la naissance de son enfant postérieure au dépôt de sa demande, en termes de prérequis, ni n'a pu faire valoir ses observations ;

- est entachée d'une erreur de fait révélant une absence d'examen sérieux de la demande ;

- méconnaît les dispositions de l'article 4 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire du 27 décembre 1968 ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens de celle-ci ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 1er août 2014 pris en application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- et les conclusions de Me Sarah Abdel Salam, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien entré sur le territoire français le 3 avril 2014, titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 2 mai 2022 et travaillant en tant que coiffeur, a fait une demande de regroupement familial, enregistrée le 12 juin 2019 par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), au bénéfice de son épouse Mme D E, avec laquelle il s'est marié le 2 février 2017 en Algérie, et de son enfant C A, né le 29 août 2020. Par une décision du 24 mars 2021, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de regroupement familial au double motif que ses ressources et la superficie de son logement étaient insuffisantes. Par la requête susvisée enregistrée le 25 mai 2021, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du préfet et d'enjoindre au préfet d'accorder le regroupement familial et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 20-046 du 17 novembre 2020, publié au recueil des actes administratifs du Val-d'Oise le 17 novembre 2020, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Stéphanie F, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions relevant notamment des " refus de délivrance de titre de séjour ". Par suite, Mme F, signataire de l'arrêté contesté, était compétente pour signer la décision en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte l'exposé des motifs de droit et de fait sur lesquels s'est fondé le préfet du Val-d'Oise pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. A. Par suite, cette décision est suffisamment motivée au regard des exigences posées par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment des motifs retenus.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision attaquée, que le préfet a bien tenu compte de l'ensemble des circonstances de fait relatives à la situation du requérant, aussi bien relativement aux conditions de ressources et de logement qu'à la circonstance de l'enfant à naître. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile ". En outre, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnelle de croissance () 2 - Le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France (). ". Par ailleurs, aux termes du titre II du protocole annexé à l'accord franco-algérien, dans sa rédaction issue du troisième avenant : " les membres de la famille s'entendent du conjoint d'un ressortissant algérien, de ses enfants mineurs ainsi que des enfants de moins de dix-huit ans dont il a juridiquement la charge en vertu d'une décision de l'autorité judiciaire algérienne, dans l'intérêt supérieur de l'enfant ". De surcroît, si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations contraires expresses de l'accord, les dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Parmi ces dispositions procédurales figurent les règles relatives aux modalités de constitution et de présentation des demandes d'autorisation de regroupement familial. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le champ d'application inclut les ressortissants algériens : " est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / - en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m2 par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; () Les zones A bis, A, B1, B2 et C ci-dessus sont celles définies pour l'application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation ; / 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain. / () ". L'annexe I de l'arrêté du 1er août 2014 pris en application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation, classe la commune de Paris en zone A. Enfin, aux termes de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le champ d'application inclut les ressortissants algériens : " les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ".

6. D'une part, il ressort, en particulier des stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-algérien que la condition de logement s'apprécie à la date d'arrivée de la famille en France. Par suite le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en examinant la superficie du logement et la composition de la famille à la date de sa décision, peu importe à cet égard que le requérant n'aurait pas été informé par l'OFII des conséquences résultant de la naissance de son enfant postérieurement à l'introduction de sa demande.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'enquête de l'OFII sur le logement en date du 31 juillet 2020, que le requérant disposait d'un logement d'une superficie de 25,81 m2, inférieure à la taille minimale de 32 m2 requise par les dispositions précitées pour une famille de 3 personnes. Si M. A fait valoir qu'il a indiqué à l'enquêteur de l'OFII qu'il pourrait trouver un logement plus spacieux à la date de la naissance de son nouveau-né, il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de cette allégation. Par suite, le préfet du Val-d'Oise, qui n'a commis ni erreur de fait ni erreur d'appréciation, a fait une exacte application des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en estimant que M. A ne remplissait pas la condition de logement posée par ces stipulations.

8. Enfin, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur cette condition, le moyen soulevé par le requérant et tiré de ce qu'il disposait de ressources suffisances est, en tout état de cause, inopérant.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale (). ".

10. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet, s'il est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une des conditions légalement requises, dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou à l'intérêt supérieur d'un enfant.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme D E et son enfant C A vivent en Algérie et que M. A est titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 2 mai 2022 lui permettant de rendre visite à sa famille, laquelle n'est pas davantage empêchée de lui rendre visite en France. Par ailleurs, la décision contestée n'a pas pour effet de changer la situation familiale du requérant. Dans ces conditions, alors que rien ne fait obstacle à ce que l'épouse du requérant reste en Algérie le temps de l'instruction d'une nouvelle demande, et eu égard à au caractère relativement récent du mariage du requérant avec Mme E, de 4 ans et un mois à la date de la décision attaquée, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni à l'intérêt supérieur de son enfant une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 mars 2021, par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. A au bénéfice de sa conjointe et de son enfant, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

Mme Edert, vice-présidente,

M. Viain, premier conseiller.

Lu en audience publique le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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