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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107014

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107014

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDANDALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mai 2021, Mme B A, représentée par Me Dandaleix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 13 avril 2021 portant retrait de son titre de séjour pluriannuel ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L.911-1 du code de justice administrative ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de demande de titre de séjour, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de la requérante, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de demande de titre de séjour, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

5°) dans tous les cas, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de communiquer au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le jugement à intervenir et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de retrait est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière et est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de présenter ses observations et que l'arrêté du 13 avril 2021 n'a pas pris la même sanction que celle envisagée dans la lettre du 22 février 2021 ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet s'est à tort estimé en situation de compétence liée pour édicter la mesure en litige ;

- cette mesure méconnaît l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un courrier du 2 juin 2021, la requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- les observations de Me Dandaleix, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante de nationalité chinoise, entrée en France le 11 février 2008 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante, s'est vu délivrer en 2018 un titre de séjour pluriannuel valable jusqu'au 22 août 2022. Mme A ayant été condamnée à une amende de 2 000 euros par le tribunal judiciaire de Nanterre pour des faits de travail dissimulé, le préfet des Hauts-de-Seine, par un arrêté du 13 avril 2021, lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle sur le fondement de l'article L.313-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et lui a délivrée une carte de séjour temporaire valable un an. Par la requête susvisée, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. Vincent Berton, secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature en vertu de l'arrêté n° 2020-148 du 21 décembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département le 22 décembre suivant, " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département des Hauts-de-Seine ", à l'exception de matières ne concernant pas l'arrêté en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte l'exposé des motifs de droit et de fait sur lesquels s'est fondé le préfet des Hauts-de-Seine pour retirer la carte de séjour pluriannuelle de Mme A, notamment en ce qu'il vise l'article L. 313-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que la requérante a été condamnée pour travail dissimulé. Par suite, cette décision est suffisamment motivée au regard des exigences posées par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment des motifs retenus.

4. En troisième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, il résulte des termes de l'arrêté en litige, qui comporte des précisions sur la situation personnelle de Mme A, que sa situation a été l'objet d'un examen particulier.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ".

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 22 février 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a informé la requérante qu'il envisageait le retrait de sa carte de séjour pluriannuelle, remplacée par une carte de séjour temporaire valable un an portant la mention " vie privée et familiale ", et l'a invitée à faire part de ses observations dans un délai de 15 jours. La requérante fait valoir que, suite à l'arrêté attaqué, la préfecture lui a finalement indiqué que lui serait remis une carte de séjour temporaire valable un an portant la mention " entrepreneur / profession libérale " et non pas " vie privée et familiale " comme il était mentionné dans le courrier du 22 février 2021. Toutefois, la requérante n'établit pas avoir finalement reçu un titre temporaire " entrepreneur / profession libérale " et non " vie privée et familiale ". Par suite, et faute de justifier que la sanction prise par l'arrêté en litige n'est pas celle envisagée dans le courrier du 22 février 2021, Mme A n'est pas fondée à soutenir que cette sanction serait intervenue sans qu'elle ait été mise à même de présenter ses observations orales et que cette décision serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

7. En cinquième lieu, l'arrêté du 13 avril 2021 étant intervenu avant l'entrée en vigueur de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020, le préfet des Hauts-de-Seine, en se fondant sur les anciennes dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur leur nouvelle version en vigueur, n'a pas entaché sa décision d'un défaut de base légale. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de base légale doit être écarté.

8. En sixième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni d'aucun autre élément, que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée. Le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas exercé pleinement son pouvoir d'appréciation doit donc être écarté.

9. En septième lieu, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, sont opérants à l'encontre de la décision de retrait, sauf si la décision n'est pas assortie d'une obligation de quitter le territoire français et s'accompagne de la délivrance d'un autre titre de séjour.

10. Il résulte de l'instruction que Mme A n'a pas fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et que la décision du préfet s'accompagne de la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, sont inopérants.

11. En huitième lieu, si Mme A est entrée en France en 2008, est mariée à un ressortissant chinois présent régulièrement sur le territoire français depuis 2010 et est mère de deux enfants nés en France, dès lors que la décision de retrait attaquée s'est accompagnée de la délivrance d'un titre de séjour d'un an de sorte que la situation personnelle et familiale de l'intéressée en France ne s'en trouve pas affectée, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas pris à son égard une sanction disproportionnée ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. En neuvième et dernier lieu, dès lors que la décision attaquée ne statue pas sur une demande de délivrance d'un titre de séjour, en particulier sur le fondement de la vie privée et familiale, la requérante ne peut utilement invoquer la violation des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne constituent pas davantage le fondement juridique de la décision en litige.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 13 avril 2021 en tant que le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. C et M. Viain, premiers conseillers ;

assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C.HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2107014

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