mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2107018 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mai 2021, M. A B, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a refusé de lui accorder un délai de départ supplémentaire et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à Me David sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en cas de refus de l'aide juridictionnelle, de lui verser cette même somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision a été prise par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure ; (la décision litigieuse ne contient pas l'avis du collège des médecins de l'OFII ; l'absence de production de l'avis médical est constitutive d'un irrégularité ; l'auteur du rapport médical et son contenu ne sont pas identifiables ; la décision litigieuse ne permet pas de s'assurer que le médecin ne siégeait pas au sein du collège ayant rendu l'avis)
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; (il est affecté d'une pathologie nécessitant un traitement dont l'arrêt aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et il ne pourra effectivement en bénéficier en Algérie)
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision a été prise par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; son éloignement a pour effet de le soustraire à son contrôle judiciaire ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; (ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français les étrangers qui font l'objet d'une prise en charge médicale)
Sur la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont non fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Thierry, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 20 janvier 1968 expose être entré en France le 1er novembre 2012 muni d'un visa Schengen. Le 27 octobre 2020, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Suite à l'avis rendu le 11 mars 2021, par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet du Val-d'Oise par un arrêté du 30 avril 2021 a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. B en demande l'annulation.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun tiré du défaut de motivation :
4. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B. Ces indications qui constituent le fondement des décisions litigieuses permettent au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet du Val-d'Oise, par Mme C, alors chef du bureau du contentieux des étrangers, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation consentie par l'arrêté n°20-046 du préfet du Val-d'Oise en date du 17 novembre 2020, régulièrement publié, le jour même, au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision a été signée par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants algériens, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté en litige : " () le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Aux termes de l'article R. 313-23 du même code : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".
7. En l'absence d'obligation de joindre l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à la décision de refus de titre, M. B n'est pas fondé à se prévaloir d'un vice de procédure tiré de ce que la décision litigieuse " ne contient pas l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la décision du préfet a bien été rendue au vu d'un avis médical, conformément aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet avis du 11 mars 2021, produit dans le cadre de l'instance par le préfet du Val-d'Oise, a été rendu sur la base d'un rapport médical été établi le 5 janvier 2021, par un médecin rapporteur qui ne fait pas partie des trois médecins composant le collège dont l'identité et la signature figurent sur ledit avis. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent. () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
9. Pour refuser la demande de titre de séjour au requérant, le préfet du Val-d'Oise s'est approprié les termes de l'avis du 11 mars 2021 du collège de médecins de l'OFII, qui a estimé que, si l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner, pour lui, des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé pouvait lui permettre de voyager. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre de pathologies nécessitant un suivi. Toutefois, il n'en ressort pas que l'absence de ce suivi ou d'un traitement sera de nature à impliquer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. M. B ne produit ainsi aucun élément de nature à contredire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
10. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué que M. B est célibataire, sans charge de famille. Il ressort également des pièces produites par le requérant lui-même qu'il est sans domicile fixe, n'a pas de personne de confiance en France et dort dans une voiture. Il ne fait état d'aucune intégration sociale, amicale ou professionnelle. Enfin, il ne conteste pas que ses parents et sa fratrie résident en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans. Dans ces conditions, en dépit d'une durée de séjour sur le territoire français relativement longue, et alors, au demeurant, qu'il a déjà fait l'objet d'une première mesure d'éloignement en 2018, qu'il n'a pas exécutée, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, pour les mêmes raisons, qu'il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement.
13. En deuxième lieu, la circonstance que M. B fait l'objet, dans le cadre d'une procédure pénale en cours, d'une mesure de contrôle judiciaire l'obligeant à se présenter au bureau de police est sans influence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elle fait seulement obligation à l'autorité préfectorale de s'abstenir de mettre à exécution cette mesure d'éloignement jusqu'à la levée de cette mesure de contrôle par le juge judiciaire.
14. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :
15. Compte tenu des éléments propres à la situation de M. B, celui-ci ne fait état d'aucune circonstance qui devait justifier que le préfet du Val-d'Oise lui accorde à titre exceptionnel un délai de départ volontaire supérieur à tente jours. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit par suite être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 30 avril 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Les conclusions à fin d'annulation devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 :La requête de M. B est rejetée.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me David et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
MM. Louvel, et Baude premiers conseillers.
Assistés de Mme Le Gueux, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.
Le président,
signé
P. Thierry L'assesseur le plus ancien,
signé
T. Louvel
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21070182
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026