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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107071

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107071

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET SAMSON ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 mai 2021, 25 août 2021, 15 juin 2022 et 22 août 2022, M. A B, représenté par Me Samson, demande au tribunal d'annuler les décisions portant retrait de points sur son permis de conduire à la suite des infractions commises le 24 février 2018 (3 points), le 10 janvier 2019 (3 points), le 29 août 2019 (4 points), le 31 août 2019 (4 points) et le 8 janvier 2020 (2 points).

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la décision " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, n'a pas fait l'objet d'une notification régulière et n'est donc pas devenue définitive.

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de délivrance de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant de la décision de retrait de 3 points à la suite de l'infraction du 10 janvier 2019 :

- la réalité de cette infraction, qui a fait l'objet d'une réclamation sur le fondement de l'article 530 du code de procédure pénale, n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête, en tant qu'elle est dirigée contre un retrait de points devenu définitif par la notification de la décision " 48 SI " est irrecevable car dépourvue d'objet ;

- à la supposer dirigée contre la décision " 48 SI ", la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 22 août 2021, M. B, représenté par Me Samson, a déclaré se désister de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant retrait de 4 points de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 31 août 2019.

Par une ordonnance du 7 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 avril 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Sitbon, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions portant retrait de points sur son permis de conduire à la suite des infractions commises le 24 février 2018 (3 points), le 10 janvier 2019 (3 points), le 29 août 2019 (4 points), le 31 août 2019 (4 points) et le 8 janvier 2020 (2 points).

Sur le désistement partiel :

2. Par un mémoire enregistré le 25 août 2021, M. B a déclaré se désister de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant retrait de 4 points de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 31 août 2019. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le ministre de l'intérieur en défense :

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. La notification d'une décision relative au permis de conduire doit être regardée comme régulière lorsqu'elle est faite à une adresse correspondant effectivement à une résidence de l'intéressé. Toutefois, aucun principe général, ni aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation au titulaire d'un permis de conduire de déclarer sa nouvelle adresse en cas de changement d'adresse.

4. Il résulte de l'instruction qu'un pli n° 2C 155 346 4883 3 a été présenté à l'adresse libellée " 10 rue Soleillet, 75020 Paris " le 10 février 2021 sans retour avec la mention " n'habite pas l'adresse indiquée ". Toutefois, le ministre de l'intérieur ne démontre pas que ce pli comporterait la décision " 48 SI " invalidant le permis de conduire de M. B pour solde de points nul et récapitulant les retraits de points antérieurs, qu'il ne produit d'ailleurs pas en défense. Dans ces conditions, la notification de la décision " 48 SI " ne peut être regardée comme régulière. Par suite, cette prétendue décision n'est pas devenue définitive et les conclusions dirigées contre les retraits de points antérieurs à cette décision n'ont pas perdu leur objet avant l'instance. La fin de non-recevoir soulevée par le ministre en défense ne peut, dès lors, qu'être écartée.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions commises le 24 février 2018 et le 10 janvier 2019 :

6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressée et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

7. Il résulte de l'instruction, plus particulièrement du relevé d'information intégral de M. B, que les infractions commises le 24 février 2018 et le 10 janvier 2019 ont été constatées par procès-verbal électronique. Si le ministre de l'intérieur produit en défense les copies de ces procès-verbaux, ceux-ci ne comportent pas l'ensemble des mentions obligatoires prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, et notamment celles qui sont relatives à l'existence et à la possibilité d'accéder au traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points, ni la signature du requérant ou la mention certifiée par l'agent verbalisateur selon laquelle M. B aurait refusé de signer. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur n'établit pas avoir dispensé à M. B, lors de la commission de ces infractions, l'information préalable exigée par les dispositions susmentionnées. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Ainsi, si l'information exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'a pas été délivrée à M. B pour les infractions commises les 24 février 2018 et 11 janvier 2019, il résulte de l'instruction que le requérant a eu connaissance de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder à l'occasion de l'infraction commise le 23 janvier 2017, qui a été relevée par un procès-verbal électronique dont le ministre produit la copie en défense et qui comporte l'ensemble des informations requises et la mention certifiée selon laquelle le requérant a refusé d'apposer sa signature. Dans ces conditions, M. B n'a pas été privé de la garantie qui s'attache à la délivrance de l'information préalable à l'occasion des infractions commises le 24 février 2018 et le 11 janvier 2019. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 29 août 2019 :

8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. B que cette infraction a été constatée par un radar automatique et a donné lieu, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire, à un avis d'amende forfaitaire majorée. Toutefois, si le ministre de l'intérieur fait valoir qu'un avis de contravention et un avis d'amende forfaitaire majorée comportant l'ensemble des informations requises, ont été adressés à l'adresse mentionnée sur la carte grise du requérant, il n'en justifie par aucune pièce versée à l'instance. Dans ces conditions, et en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire ou de l'amende forfaitaire majorée, le ministre de l'intérieur ne démontre pas avoir dispensé à M. B l'information préalable exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la décision de retrait de points, consécutive à l'infraction du 29 août 2019, a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et à demander, pour ce motif, son annulation.

S'agissant de l'infraction commise le 8 janvier 2020 :

9. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. B que cette infraction a été constatée par un radar automatique et a donné lieu, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire, à un avis d'amende forfaitaire majorée. En outre, il résulte de l'instruction qu'un pli n° 2D 038 360 5546 6, comportant cet avis d'amende forfaitaire majorée, a été présenté à l'adresse libellée " 10 rue Soleillet, 75020 Paris " le 2 octobre 2020. Si M. B affirme qu'il ne résidait plus à cette adresse à cette date, le pli a néanmoins été retourné avec la mention " pli avisé et non réclamé " et non avec la mention " n'habite pas à l'adresse indiquée ". Dans ces conditions, la notification régulière de cet avis d'amende forfaitaire majorée est établie. Ainsi, alors que le requérant n'apporte aucun élément tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations pertinentes lui ont été délivrées. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité de l'infraction du 10 janvier 2019 :

10. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ".

11. Il résulte des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes prévues par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à soutenir qu'il conteste être l'auteur d'une infraction mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a, par suite, entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document intitulé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant.

12. Si M. B affirme avoir formulé une réclamation contre le titre exécutoire de l'avis d'amende forfaitaire majorée émis à la suite de l'infraction du 10 janvier 2019, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que cette réclamation aurait été regardée comme recevable et qu'elle aurait entraîné l'annulation du titre. Dans ces conditions, la réalité de l'infraction du 10 janvier 2019 doit être regardée comme établie.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation des décisions portant retraits de points à la suite des infractions commises les 24 février 2018, 10 janvier 2019 et 8 janvier 2020 doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision portant retrait de points sur son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 31 août 2019.

Article 2 : La décision portant retrait de points sur le permis de conduire de M. B à la suite de l'infraction commise le 29 août 2019 est annulée.

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme C et M. Sitbon, conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. Sitbon

La présidente,

Signé

C. Oriol La greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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