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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107201

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107201

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLE GOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 31 mai 2021, enregistrée le jour même au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête de la société Famou's.

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 mars 2021 et 25 avril 2023, la société Famou's, représentée par Me Le Goff, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres de perception émis le 11 juin 2020 par le ministre de l'intérieur en vue de recouvrer le montant des contributions spéciale et forfaitaire mises à sa charge par décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) de la décharger des créances afférentes ou, à titre subsidiaire, de ramener le montant de la contribution spéciale à celui qui résulte de l'application du taux minoré.

Elle soutient que :

- le procès-verbal par lequel a été relevée l'infraction a été établi en méconnaissance des articles L. 8113-7 et L. 8271-6-1 du code du travail ;

- la sanction est infondée, dès lors que l'URSSAF n'a procédé à aucun redressement ;

- les dispositions du code du travail relatives à l'emploi de salariés démunis de titres de séjour et les autorisant à travailler sur le territoire français sont contradictoires avec celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, telles qu'éclairées par la circulaire du 28 novembre 2012, et méconnaissent ainsi le principe de sécurité juridique ;

- elle a droit à l'application du taux minoré s'agissant de la contribution spéciale, dès lors qu'elle a payé le salaire et les indemnités dus au salarié concerné ;

- la contribution forfaitaire ne saurait être due en l'absence de réacheminement du salarié concerné, dont le droit au séjour a par la suite été régularisé.

Par un mémoire en observations enregistré le 18 novembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Famou's ne sont pas fondés.

Les mémoires ont été communiqués au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle opéré le 20 août 2019 par les services de police dans un restaurant exploité par la société Famou's à Gonesse, un procès-verbal a été établi à l'encontre de celle-ci, constatant qu'un de ses salariés était étranger et démuni de titre l'autorisant à séjourner et à travailler en France. Par une décision du 5 février 2020 prise après procédure contradictoire, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a décidé de lui appliquer la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 7 240 euros et la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 309 euros. Les deux titres de perception correspondants ont été émis le 11 juin 2020, à l'encontre desquels la société a formé un recours gracieux dont il a été accusé réception le 27 juillet 2020 en lui indiquant qu'une décision implicite de rejet naîtrait à l'expiration d'un délai de six mois. Par la présente requête, la société Famou's doit être regardée comme concluant à l'annulation des titres de perception du 11 juin 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, ainsi qu'à être déchargée des créances.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". L'article L. 5221-8 du même code dispose que : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger sans titre de travail, une contribution spéciale. () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant cette contribution. () ". Enfin, l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. ".

3. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement des dispositions précitées, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions précitées, ou en décharger l'employeur.

4. En premier lieu, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 8113-7 et L. 8271-6-1 du code du travail, qui est relatif à la régularité d'opérations de police judiciaire.

5. En deuxième lieu, la seule circonstance que l'URSSAF ait renoncé à prononcer un redressement, décision qui a vocation à sanctionner l'infraction de travail dissimulé et pas l'embauche d'un salarié ne disposant d'aucun titre l'autorisant à travailler ou à séjourner en France, n'est pas de nature à établir que les contributions spéciale et forfaitaire prévues par les dispositions précitées n'étaient pas dues.

6. En troisième lieu, la circulaire du 28 novembre 2012 ne contient que des orientations générales définies pour l'octroi d'une mesure de faveur au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, notamment pour ce qui concerne la délivrance à titre exceptionnel de titres de séjour motivée par l'insertion professionnelle. Dès lors, la société Famou's n'est pas fondée à soutenir que cette circulaire serait contradictoire avec les sanctions prévues par les dispositions rappelées au point 2 et que, ainsi, celles-ci méconnaîtraient le principe de sécurité juridique.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I.-Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II. - Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : () 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. - Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ".

8. La SARL Famou's soutient qu'elle a droit à l'application du taux minoré qui résulte des dispositions précitées du 2° du II et du III de l'article R. 8253-2 du code du travail, dès lors qu'elle s'est acquittée des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 du même code. Toutefois, elle n'établit pas s'être effectivement acquittée de l'intégralité de ces sommes. Par suite, son moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, la circonstance que le salarié concerné n'ait pas été réacheminé dans son pays d'origine est sans incidence sur la contribution prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui présente un caractère forfaitaire et représentatif des frais de réacheminement, et n'est pas conditionnée au caractère effectif de ce dernier.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de décharge de la société Famou's doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La requête de la société Famou's est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Famou's et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie pour information en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient

Mme Van Muylder, présidente,

M. B et M. A, premiers conseillers,

assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

G. BLa présidente,

signé

C. Van MuylderLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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