jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2107565 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | MINIER MAUGENDRE & ASSOCIEES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 7 juin 2021, 1er février 2023 et 8 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Lasfargeas, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite rejetant sa demande préalable indemnitaire ;
2°) de condamner la fondation Aulagnier à lui verser la somme totale de 18 800 euros en réparation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de la fondation Aulagnier la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la Fondation Aulagnier a commis plusieurs fautes, d'une part en la plaçant en congé sans traitement du 3 septembre 2018 au 4 novembre 2018 par une décision du 14 août 2018, d'autre part, en émettant à son encontre un titre de perception le 18 septembre 2018 retiré postérieurement à l'introduction d'un recours contentieux et enfin, en prononçant son licenciement pour inaptitude définitive le 29 novembre 2019, soit avec plus d'un an et demi de retard ;
- elle a subi un préjudice financier constitué par le retard de paiement de ses allocations chômage et ses indemnités de licenciement et par les frais d'avocat exposés dans les précédentes instances ;
- elle a subi un préjudice moral ;
- elle a subi une perte de chance de retrouver un emploi sur la période comprise entre le 21 février 2018 et le 29 novembre 2019.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 octobre 2023 et 22 novembre 2023, la Fondation Aulagnier, représentée par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite rejetant sa demande préalable indemnitaire sont irrecevables ;
- l'établissement n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lasfargeas représentant Mme B et de Me Neven représentant la fondation Aulagnier.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. Mme B, aide-soignante contractuelle au sein de la Fondation Aulagnier, a été placée en congé de grave maladie à compter du 3 septembre 2015 jusqu'au 2 septembre 2018. Elle a été déclarée définitivement inapte à la reprise de ses fonctions. Par décision du 14 août 2018, le directeur de la Fondation Aulagnier a placé l'intéressée en congé sans traitement du 3 septembre au 4 novembre 2018. Par un jugement n°1810503 rendu le 31 mai 2022 par ce tribunal, cette décision a été annulée. Par décision du 4 octobre 2019, la fondation Aulagnier a prononcé son licenciement. Par un courrier du 9 février 2021, Mme B a formé une demande indemnitaire préalable pour solliciter la réparation des préjudices subis. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision implicite rejetant sa demande préalable et la condamnation de la Fondation Aulagnier en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision implicite rejetant sa demande préalable formée par courrier du 9 février 2021 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme B qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige.
Sur la responsabilité de la Fondation Aulagnier :
En ce qui concerne l'illégalité fautive entachant la décision du 14 août 2018 :
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la décision du 14 août 2018 du directeur de la fondation Aulagnier plaçant la requérante en congé sans traitement du 3 septembre au 4 novembre 2018 a été annulée par jugement de ce tribunal rendu le 31 mai 2022 au motif qu'elle était entachée d'une erreur de droit. Par voie de conséquence, la fondation a entaché sa décision d'une illégalité fautive, de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne l'illégalité fautive entachant le titre de perception :
4. Il résulte de l'instruction que la fondation Aulagnier a émis, le 18 septembre 2018, un titre exécutoire d'un montant de 2 162,28 euros à l'encontre de Mme B. Il est constant que le titre exécutoire a été retiré par l'administration et n'a donc jamais été exécuté. En admettant qu'en prenant ce titre exécutoire, la fondation a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, pour autant, la requérante n'établit pas la réalité d'un quelconque préjudice en résultant. Par suite, elle n'est pas fondée à demander la condamnation de la fondation Aulagnier à ce titre.
En ce qui concerne le retard de la mise en œuvre de la procédure de licenciement :
5. D'une part, aux termes de l'article 17 du décret du 6 février 1991 : " L'agent contractuel temporairement inapte pour raison de santé à reprendre son service à l'issue d'un congé de maladie, de grave maladie, de maternité, d'adoption ou de paternité est placé en congé sans traitement pour une durée maximale d'un an, qui peut être prolongée de six mois s'il résulte d'un avis médical que l'agent sera apte à reprendre ses fonctions à l'issue de cette période complémentaire. A l'issue de la période de congé sans traitement, l'agent est considéré comme étant en activité pour l'attribution éventuelle des congés prévus aux articles 12 et 13. A l'issue de ses droits à congé sans traitement prévus au premier alinéa du présent article et à l'article 14 du présent décret, l'agent non titulaire inapte physiquement à reprendre son service est licencié selon les modalités fixées aux articles 17-1 et 17-2 ". Aux termes de l'article 17-1 dudit décret : " I.- Lorsqu'à l'issue d'un congé prévu au présent titre, il a été médicalement constaté par le médecin agréé qu'un agent se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, l'autorité investie du pouvoir de nomination convoque l'intéressé à l'entretien préalable prévu à l'article 43 et selon les modalités définies au même article. / Si l'autorité investie du pouvoir de nomination décide, à l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article 2-1, de licencier l'agent, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec accusé de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre précise le motif du licenciement et la date à laquelle celui-ci doit intervenir, compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis prévu à l'article 42. Cette lettre informe également l'intéressé qu'il peut présenter une demande écrite de reclassement, dans un délai correspondant à la moitié de la durée du préavis prévu à l'article 42 et lui indique les conditions dans lesquelles les offres de reclassement sont susceptibles de lui être adressées () ". Il résulte des dispositions précitées qu'un agent contractuel ne peut pas être licencié pour inaptitude physique avant le terme de son droit à congé maladie, l'inaptitude physique nécessitant au demeurant un constat par un médecin agréé.
6. D'autre part, qu'aux termes de l'article 2-1 du décret du 6 février 1991, dans sa rédaction issue du décret du 5 novembre 2015 : " I.-Une commission consultative paritaire compétente à l'égard des agents contractuels mentionnés à l'article 1er est instituée, dans chaque département, par arrêté du directeur général de l'agence régionale de santé agissant au nom de l'Etat. Il en confie la gestion à l'un des établissements publics de santé dont le siège se trouve dans le département. () II.- Ces commissions sont obligatoirement consultées dans les cas prévus aux articles 17-1 () ". En application du IV de l'article 58 du décret du 5 novembre 2015 : " Les procédures dans lesquelles est prévue la consultation de la commission consultative paritaire restent régies par les dispositions du décret du 6 février 1991 susvisé dans sa rédaction antérieure au présent décret, jusqu'à l'installation de celle-ci ". Enfin, aux termes du V de ce même article, " Les commissions consultatives paritaires sont mises en place au plus tard lors du prochain renouvellement général des commissions administratives paritaires locales et départementales de la fonction publique hospitalière. Il résulte des dispositions précitées que l'obligation de consultation des commissions consultatives paritaires sur les décisions individuelles relatives aux licenciements intervenant postérieurement à la période d'essai et aux sanctions disciplinaires autres que l'avertissement et le blâme des agents contractuels des établissements hospitaliers ne trouve à s'appliquer qu'à compter de la mise en place de ces commissions et, au plus tard, lors du prochain renouvellement général des commissions administratives paritaires locales et départementales de la fonction publique hospitalière, qui doit intervenir à la fin de l'année 2018.
7. Pour fonder sa demande, Mme B soutient qu'en prononçant tardivement son licenciement le 29 novembre 2019 alors qu'elle a été déclarée inapte dès le 21 février 2018, la fondation Aulagnier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
8. Il résulte de l'instruction que les droits à congés de grave maladie de la requérante ont expiré le 2 septembre 2018. Le 5 septembre 2018, Mme B a été examinée par le médecin agréé qui a conclu à son inaptitude définitive à toutes fonctions. Le comité médical saisi en septembre 2018 a émis un avis le 12 février 2019 concluant également à son inaptitude. Enfin, la commission consultative paritaire, installée le 29 mai 2019, a rendu son avis le 4 octobre 2019. Or, si les dispositions précitées impliquent la saisine du médecin agréé pour avis dans le cadre d'une procédure de licenciement pour inaptitude physique, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait la saisine du comité médical pour pouvoir prononcer le licenciement de l'agent pour inaptitude. En outre, il est constant que la fondation Aulagnier a fait le choix de solliciter, pour avis, la commission consultative paritaire, et ce, en l'absence d'obligation applicable à la date à laquelle a été prise la décision en litige. Il résulte de ce qui précède qu'en engageant la procédure de licenciement pour inaptitude physique le 29 novembre 2019, alors qu'elle disposait d'un avis d'inaptitude à toute fonction sans possibilité de reclassement depuis le 5 septembre 2018, la fondation Aulagnier a agi avec retard. Dans ces conditions, le retard de l'administration a prononcé le licenciement de la requérante constitue une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne le préjudice financier :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 5 que Mme B est fondée à soutenir que le retard de l'administration à prononcer son licenciement et son maintien en congé sans traitement, a entrainé un retard dans le versement des allocations d'aide au retour à l'emploi auxquelles elle avait droit. Il résulte de l'instruction que l'intéressée a bénéficié du versement d'une aide au retour à l'emploi d'un montant total de 2 996,55 euros entre le 5 février 2020 et le 2 décembre 2020. Toutefois, l'aide au retour à l'emploi est un revenu de remplacement qui vise notamment à soutenir la recherche d'emploi. Elle est attribuée à la date d'engagement de la procédure de licenciement. La durée d'indemnisation est calculée en fonction du nombre de jours travaillés pris en compte pour l'ouverture des droits. Or, par les seules pièces qu'elle produit à l'instance, l'intéressée n'établit pas que l'attribution différée de l'aide au retour à l'emploi lui a fait perdre ses droits quant à la durée et le montant de l'allocation d'aide au retour qu'elle ne conteste pas avoir perçu à la suite du prononcé de son licenciement. Par conséquent, l'intéressée n'établit pas l'existence du préjudice financier ainsi allégué.
10. En deuxième lieu, si l'intéressée fait valoir qu'elle a été privée de l'opportunité de retrouver un emploi sur la période litigieuse, elle ne produit aucun élément de nature à l'établir. Elle n'établit donc pas davantage la réalité d'un préjudice à ce titre.
11. Enfin, Mme B n'est pas fondée, dans le cadre de la présente instance, à solliciter le paiement des frais d'avocat engendrés par de précédentes instances pour lesquelles le tribunal s'est déjà prononcé sur le paiement des frais liés au litige. Si l'intéressée fait valoir que la fondation Aulagnier n'a pas procédé au versement des frais irrépétibles mis à sa charge, il lui appartient, si elle s'y croit fondée, de rechercher par application des dispositions de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, l'exécution des jugements dont elle estime qu'ils n'ont pas été exécutés pleinement par l'administration.
En ce qui concerne le préjudice moral :
12. Il résulte de l'instruction que le retard de l'administration à prononcer son licenciement et son maintien, durant plus d'un an, en congé sans traitement, a plongé Mme B dans une détresse psychologique. Elle est fondée à solliciter l'indemnisation de son préjudice moral, dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant la somme de 2 000 euros.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme B, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, verse à la fondation Aulagnier la somme réclamée au titre des frais liés au litige et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cet établissement le versement à Mme B de la somme de 1 500 euros, au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1 : La fondation Aulagnier est condamnée à payer la somme de 2 000 euros à Mme B en réparation de préjudice subi.
Article 2 : La fondation Aulagnier versera la somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la fondation Aulagnier.
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente,
M. Jacquelin, premier conseiller,
Mme Debourg, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
T. DEBOURG
La présidente,
signé
H. LE GRIELLa greffière,
signé
E. PRADEL
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°2107565
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026