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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107628

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107628

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBARATA CHARBONNEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

H une requête et des mémoires enregistrés les 10 juin 2021, 9 août 2021, 25 octobre 2021, 10 novembre 2021, 15 décembre 2021 et 27 janvier 2022, M. D et Mme C A, représentés H Me Corneloup, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2019 H lequel le maire de la commune de Suresnes a délivré à la société " Dynamiques Foncières ", un permis de construire enregistré sous le n° 920731910045, en vue de l'édification d'un bâtiment de trois logements et de quatre places de stationnement sur un terrain cadastré section AM n°330 situé 2 allée de la pépinière à Suresnes, et l'arrêté du 5 octobre 2020 H lequel le maire de la commune de Suresnes a délivré à M. G, bénéficiaire d'un transfert de ce permis de construire, un permis de construire modificatif, enregistré sous le n° 920731910045M02, en vue de porter la surface de l'unité foncière du projet de 176 m2 à 172 m2, ensemble la décision du maire de Suresnes du 16 avril 2021 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Suresnes et de M. G, la somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable : d'une part, ils ont régulièrement notifié leurs recours gracieux et contentieux ; d'autre part, le délai de recours contentieux fixé à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme ne leur est pas opposable ; enfin, ils justifient d'un intérêt à agir ;

- les arrêtés attaqués du 9 décembre 2019 et du 5 octobre 2020 sont entachés d'incompétence ;

- ils ont été édictés à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'architecte des bâtiments de France n'a émis aucun avis sur le projet ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'ils ont été délivrés sur le fondement de dossiers de demande lacunaires et imprécis au regard des exigences du code de l'urbanisme, qui n'ont pas permis d'apprécier la conformité du projet aux exigences des articles 13, UB 4 et UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Suresnes ;

- ils ont été pris en méconnaissance des dispositions générales de l'article 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ;

- ils ont été pris en méconnaissance des dispositions de l'article UB 7.3.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Suresnes ;

- ils ont été pris en méconnaissance des dispositions de l'article UB 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Suresnes ;

- ils ont été pris en méconnaissance des dispositions de l'article UB 12.5.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Suresnes ;

- ils ont été pris en méconnaissance des dispositions de l'article UB 13.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Suresnes ;

- ils ont été pris en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

H des mémoires en défense, enregistrés les 7 juillet 2021, 13 octobre 2021 et 24 novembre 2021, M. G, représentée H Me Charbonnel, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement de la somme de 3 000 euros soit mis à la charge de M. D et de Mme C A.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardivité et du non-respect H les requérants des formalités de notification fixées à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'ils n'ont pas notifié leurs recours gracieux et contentieux à la société " Dynamiques Foncières " ;

- les moyens soulevés H M. D et Mme C A ne sont pas fondés.

H des mémoires en défense, enregistrés les 24 octobre 2021 et 3 janvier 2022, la commune de Suresnes, représentée H Me Mailliard conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D et de Mme C A la somme de 1 500 euros chacun sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et de l'absence d'intérêt à agir des requérants ;

- les moyens soulevés H M. D et Mme C A ne sont pas fondés.

H un courrier en date du 27 septembre 2022, le tribunal a informé les parties qu'en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, il était susceptible de surseoir à statuer pour permettre la régularisation des vices tirés du caractère incomplet du dossier de permis de construire au regard de l'article UB 4.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme, et de la méconnaissance des articles UB 7.3.2.2, UB 10.2 et UB 12.5.2 de ce règlement.

H un mémoire, enregistré le 30 septembre 2022, M. G a présenté des observations en réponse à la communication de ce sursis à statuer susceptible d'être prononcé d'office. Il a été communiqué le même jour.

H une note en délibéré, enregistré le 4 octobre 2022, les requérants ont présenté des observations en réponse à la communication de ce sursis à statuer susceptible d'être prononcé d'office.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

- les conclusions de Mme Maisonneuve, rapporteure publique,

- et les observations de Me Calvo, substituant Me Corneloup, représentant les requérants, et de Me Charbonnel, représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

1. H un arrêté du 9 décembre 2019, le maire de la commune de Suresnes a accordé à la société " Dynamiques Foncières ", un permis de construire un ensemble immobilier comportant trois logements ainsi que quatre places de stationnement sur un terrain cadastré section AM n°330, situé 2 allée de la pépinière à Suresnes. H un arrêté du 4 août 2020, le bénéfice de ce permis de construire a été transféré à M. E G, propriétaire de la parcelle cadastrée section AM n°331 sise, 4 allée de la Pépinière à Suresnes. H un arrêté du 5 octobre 2020, le maire de Suresnes a ensuite délivré à M. G un permis de construire modificatif portant la superficie initiale de 176 mètres carrés de l'unité foncière du projet à 172 mètres carrés. M. D et Mme C A demandent l'annulation des arrêtés du 9 décembre 2019 et du 5 octobre 2020, ainsi que de la décision du 16 avril 2021 H laquelle le maire de Suresnes a rejeté leur recours gracieux contre ces deux arrêtés.

Sur les fins de non-recevoir opposées H le pétitionnaire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas () de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie H le présent code () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir H lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours () ".

3. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions, dont le but est d'alerter tant l'auteur d'une décision d'urbanisme que son bénéficiaire de l'existence d'un recours contentieux formé contre cette décision, dès son introduction, qu'en cas de transfert d'une autorisation d'urbanisme, la notification des recours gracieux et contentieux au nouveau titulaire de cette autorisation, accomplie conformément aux autres modalités prévues à cet article, doit être regardée comme répondant aux exigences qu'elles énoncent.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire délivré le 9 décembre 2019 à la société " Dynamiques Foncières " a été transféré à M. G le 4 août 2020. Il s'ensuit qu'en application des dispositions précitées de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, les requérants n'étaient tenus de notifier leurs recours gracieux et contentieux formés contre ce permis de construire, qu'à M. G, son actuel bénéficiaire. H ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les recours gracieux et contentieux notifiés à M. G, portaient également sur la contestation du permis de construire modificatif que le maire de Suresnes lui a délivré le 5 octobre 2020. Dans ces conditions, M. G n'est pas fondé à soutenir que la requête introduite H M. D et Mme C A est irrecevable au motif qu'ils n'ont pas justifié de la notification de leurs recours gracieux et contentieux à la société " Dynamiques Foncières ". H suite, cette fin de non-recevoir doit être écartée.

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que H voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () " H ailleurs, le code de l'urbanisme dispose à son article R. 600-2 que : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 " selon lequel : " Mention du permis explicite ou tacite () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, H les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. () ". Le même code dispose à son article A. 424-15 que : " L'affichage sur le terrain du permis de construire, d'aménager ou de démolir explicite ou tacite ou l'affichage de la déclaration préalable, prévu H l'article R. 424-15, est assuré H les soins du bénéficiaire du permis ou du déclarant sur un panneau rectangulaire dont les dimensions sont supérieures à 80 centimètres. " ; à son article A. 424-16 que : " Le panneau prévu à l'article A. 424-15 indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, le nom de l'architecte auteur du projet architectural, la date de délivrance, le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. Il indique également, en fonction de la nature du projet : a) Si le projet prévoit des constructions, la surface de plancher autorisée ainsi que la hauteur de la ou des constructions, exprimée en mètres H rapport au sol naturel ; () " ; et à son article A. 424-17 que : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : " Droit de recours : " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). " Tout recours administratif ou tout recours contentieux doit, à peine d'irrecevabilité, être notifié à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. Cette notification doit être adressée H lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du recours (art. R. 600-1 du code de l'urbanisme). " ". S'il incombe au bénéficiaire d'un permis de construire de justifier qu'il a bien rempli les formalités d'affichage prescrites H les dispositions précitées, le juge doit apprécier la continuité de l'affichage en examinant l'ensemble des pièces qui figurent au dossier qui lui est soumis.

6. En l'espèce, M. G soutient avoir affiché les arrêtés portant permis de construire, transfert de ce permis de construire et permis de construire modificatif, à compter du 23 octobre 2020, et se prévaut notamment de trois constats d'huissier dressés le 23 octobre 2020 puis de trois autres constats d'huissier, dressés le 14 janvier 2021, attestant de ce que trois panneaux d'affichages fixés sur un mur de clôture sont visibles et lisibles depuis la voie publique et qu'ils contiennent les mentions exigées H les dispositions citées au point 5. Si M. G fait valoir que suite à un acte de vandalisme commis quelques heures après le passage de l'huissier de justice, il a dû procéder au remplacement de ces panneaux d'affichage dans la soirée du 23 octobre 2020, les documents qu'il produit ne permettent pas d'établir l'affichage de ces panneaux, à compter de cette date, selon les conditions prescrites H les dispositions de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le permis de construire initial et le permis de construire modificatif litigieux ont été affichés à partir du 23 octobre 2020, pendant une durée continue de deux mois sur le terrain d'assiette cadastré section AM n°330. Tout au mieux, en produisant trois constats d'huissier dressés le 14 janvier 2021, ainsi que des photographies extraites de Google Map datées d'avril 2021, M. G établit que l'affichage de ces panneaux a débuté le 14 janvier 2021. Dans ces conditions, le délai de recours prévu à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme a commencé à courir le 14 janvier 2021, et contrairement à ce que soutient M. G en défense, le recours gracieux formé H les requérants le 26 février 2021 a été formé dans le délai de recours contentieux de deux mois fixé H l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que la requête introduite H M. D et Mme C A dans le délai de recours contentieux, suite à l'intervention de la décision du 16 avril 2021 rejetant leur recours gracieux formé le 26 février 2021, n'est pas tardive. La fin de non-recevoir opposée à ce titre H M. G doit être écartée.

Sur les fins de non-recevoir opposées H la commune de Suresnes :

7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6, la fin de non-recevoir opposée H la commune de Suresnes doit être écartée.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie H le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées H le pétitionnaire ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier H les parties, en écartant, le cas échéant, les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. D et Mme C A résident au n° 53 du Boulevard du Maréchal de Lattre de Tassigny, sur une parcelle mitoyenne du terrain d'assiette du projet litigieux. Ils font, H ailleurs, état d'une perte de vue du fait de l'édification de l'ensemble immobilier comportant un immeuble en R+3, d'une perte d'ensoleillement et de la création d'une vue sur leur habitation, ce qui n'est pas sérieusement contestable. Dans ces conditions, ils justifient d'un intérêt suffisant à contester les permis de construire en litige. La fin de non-recevoir opposée à ce titre à l'encontre des requérants doit, ainsi, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le permis de construire initial, délivré le 9 décembre 2019 :

S'agissant du moyen tiré de l'absence de consultation de l'architecte des Bâtiments de France :

11. Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / La protection au titre des abords a le caractère de servitude d'utilité publique affectant l'utilisation des sols dans un but de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel. / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité H l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. / La protection au titre des abords s'applique à toute partie non protégée au titre des monuments historiques d'un immeuble partiellement protégé. / La protection au titre des abords n'est pas applicable aux immeubles ou parties d'immeubles protégés au titre des monuments historiques ou situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application des articles L. 631-1 et L. 631-2. / Les servitudes d'utilité publique instituées en application de l'article L. 341-1 du code de l'environnement ne sont pas applicables aux immeubles protégés au titre des abords ". Aux termes de l'article L. 621-31 du même code : " Le périmètre délimité des abords prévu au premier alinéa du II de l'article L. 621-30 est créé H décision de l'autorité administrative, sur proposition de l'architecte des Bâtiments de France, après enquête publique, consultation du propriétaire ou de l'affectataire domanial du monument historique et, le cas échéant, de la ou des communes concernées et accord de l'autorité compétente en matière de plan local d'urbanisme, de document en tenant lieu ou de carte communale. / () ". Enfin, l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme dispose : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire, () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine. "

12. Il résulte de l'application combinée de ces articles que, ne peuvent être délivrés qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, les permis de construire portant sur des immeubles situés, en l'absence de périmètre délimité, à moins de cinq cents mètres d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, s'ils sont visibles à l'œil nu de cet édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public, y compris lorsque ce lieu est situé en dehors du périmètre de cinq cents mètres entourant l'édifice en cause.

13. D'une part, la commune de Suresnes fait valoir sans être contredite H les requérants, qu'un périmètre de protection au sens des dispositions précitées des articles L. 621-30 et suivants du code du patrimoine a été approuvé lors de la séance du conseil municipal du 12 février 2014 afin de protéger notamment le Mont Valérien et l'école de plein air, tous deux inscrits au titre des monuments historiques depuis 2012, et que dès lors que le terrain d'assiette du projet litigieux ne se situe pas dans ce périmètre de protection, l'architecte des Bâtiments de France (ABF) n'avait pas à être consulté sur ce projet de construction. Il ressort effectivement des pièces du dossier et plus particulièrement du site internet de la commune de Suresnes, dont le lien hypertexte a été inséré dans les écritures de la commune, que l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AMVAP) valant site patrimonial remarquable (SPR) instaurée le 12 février 2014 sur le territoire de la commune de Suresnes doit être regardée comme un périmètre délimité au sens des dispositions citées au point 13.

14. D'autre part, il ressort des plans et photographies produits au dossier, que le terrain d'assiette du projet en litige est exclu du périmètre de protection délimité H la commune de Suresnes dans le règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AMVAP) valant site patrimonial remarquable (SPR), annexé au plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, contrairement à ce qui est soutenu, l'architecte des bâtiments de France (ABF) n'avait pas à être consulté, en application des articles L. 621-30 et suivants du code du patrimoine et R. 425-1 du code de l'urbanisme.

S'agissant du moyen tiré du caractère incomplet du dossier de demande de permis de construire initial :

15. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporte pas l'ensemble des documents exigés H les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits sont insuffisants, imprécis ou comportent des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée H l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

16. En premier lieu, aux termes de l'article 13 du titre 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Suresnes : " Les constructeurs sont invités à respecter les dispositions du cahier des recommandations pour le cas de retrait gonflement des argiles joint en annexe du règlement du PLU ".

17. Les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis de construire ne permet pas de s'assurer que les dispositions du cahier des recommandations pour le retrait/gonflement des sols argileux ont été respectées H le pétitionnaire, alors que le projet se situe dans la zone la plus forte de retrait / gonflement de ces sols. Toutefois, ce cahier des recommandations, bien qu'annexé au règlement du plan local d'urbanisme n'a pas de valeur réglementaire et les dispositions de l'article 13 de ce règlement ne constituent qu'une invitation à respecter ces recommandations. H suite, le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de permis de construire au regard de l'article 13 du règlement du plan local d'urbanisme est inopérant et doit être écarté.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article UB 4 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la desserte H les réseaux : " () 4.2 Assainissement : - () Tout projet d'aménagement devra prendre en compte les éventuelles mises en charge des réseaux publics jusqu'à la cote altimétrique de la voie publique en vue d'éviter le reflux d'eaux d'égout dans les caves, sous-sols et cours. () 4.2.1 Eaux usées : - Toute construction ou installation nouvelle doit être raccordée au réseau collectif d'assainissement, en respectant ses caractéristiques et conformément à la Réglementation en vigueur. () 4.2.2 Eaux pluviales : Les aménagements réalisés doivent garantir l'écoulement des eaux pluviales dans le réseau collecteur. / Les eaux pluviales provenant des toitures et surfaces imperméabilisées doivent être prioritairement infiltrées sur la parcelle H un puits d'infiltration. Le stockage et la réutilisation des eaux peuvent être également envisagés si la nature du sol ne permet pas l'infiltration. / Les aménagements réalisés sur le terrain doivent garantir un débit de fuite de 2 litres/seconde/hectare dans les réseaux d'assainissement () " En outre, l'article 12 du règlement du service départemental d'assainissement des Hauts-de-Seine dispose : " Tout projet de raccordement au réseau d'assainissement départemental doit faire l'objet d'une demande adressée à l'Exploitant. Cette demande doit être complétée H le propriétaire ou son mandataire. () " L'article 38 de ce règlement dispose quant à lui : " Sur le territoire des Hauts-de-Seine, la gestion des eaux pluviales à la parcelle, sans raccordement au réseau public doit être la première solution recherchée. / Toutefois, lorsque la gestion totale de ces eaux à la parcelle n'est pas possible, le propriétaire peut solliciter l'autorisation de raccorder ses eaux de ruissellement au réseau pluvial à la condition que ses installations soient conformes aux prescriptions techniques définies H les articles 40 et 41 du présent règlement () "

19. D'une part, les requérants soutiennent que le dossier de permis de construire ne permet pas de vérifier que le projet en litige prendra en compte les éventuelles mises en charge des réseaux publics jusqu'à la cote altimétrique de la voie publique, ainsi que l'exigent les dispositions de l'article UB 4.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Suresnes. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la construction projetée sera dépourvue des dispositifs techniques, tels qu'exigés H les dispositions précitées de l'article UB 4.2, propres à éviter les reflux d'eau d'égout. H suite, cette branche du moyen doit qu'être écartée.

20. D'autre part, les requérants soutiennent que le dossier de permis de construire ne permet pas de s'assurer que le projet litigieux respectera les modalités de raccordement imposées H les articles UB 4.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme et 12 du règlement départemental d'assainissement des Hauts-de-Seine. Toutefois, il ressort de l'article 4 de l'arrêté litigieux ainsi que de l'avis favorable rendu H la société Suez le 17 octobre 2019 qu'il appartient au pétitionnaire de se rapprocher des services compétents pour arrêter les modalités exactes de raccordement aux réseaux divers et voirie. Il s'ensuit que si les dispositions précitées des articles UB 4.2.1 du PLU et 12 du règlement d'assainissement, prévoient une obligation de raccordement des eaux usées domestiques au réseau collectif d'assainissement public, lorsqu'il existe, ces articles n'imposent pas au pétitionnaire de justifier, au stade de sa demande d'autorisation d'urbanisme, des modalités précises de ce raccordement ni du nombre de branchement à réaliser. H suite, cette branche du moyen doit également être écartée.

21. Enfin, les requérants soutiennent que le dossier de permis de construire ne permet de s'assurer ni que les eaux pluviales seront prioritairement infiltrées sur la parcelle H un puits d'infiltration ni que le débit prescrit H les articles UB 4.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Suresnes et 38 du règlement départemental d'assainissement des Hauts-de-Seine sera respecté, ni, enfin, pour le cas où un raccordement serait projeté, de s'assurer que les modalités de ce raccordement seront conformes à celles imposées H les articles 38, 40 et 41 dudit règlement. En l'espèce, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la société pétitionnaire, bénéficiaire initiale de ce permis de construire, a cherché à assurer la gestion des eaux pluviales à la parcelle, laquelle doit pourtant être la première solution envisagée en cas de construction nouvelle. M. G, à qui ce permis de construire a été transféré, ne fait en outre valoir aucune impossibilité technique à cet égard. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la société pétitionnaire, ou M. G ont obtenu l'accord des services gestionnaires pour rejeter les eaux pluviales du projet directement dans les réseaux publics, ni que le déversement des eaux pluviales se fera dans les limites des débits précisés H les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme et du règlement départemental d'assainissement des Hauts-de-Seine. H suite, les requérants sont fondés à soutenir que les omissions du dossier de permis de construire contesté ont été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur sur la conformité du projet aux dispositions de l'article UB 4.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article 38 du règlement départemental d'assainissement des Hauts-de-Seine.

22. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article UB 12.5.2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les places de stationnement aménagées en surface, devront être stabilisées, et perméables (pavage non joint, ever-green, etc) afin de limiter le ruissellement. "

23. Si, ainsi que l'allèguent les requérants, la notice architecturale n'identifie pas les matériaux utilisés pour les places de stationnement en extérieur, il ressort de la notice de sécurité incendie, également jointe au dossier de demande de permis de construire initial, que " Les sols présenteront une pente suffisante pour que les eaux et tout liquide s'écoulent facilement en direction d'une fosse munie d'un dispositif de séparation des hydrocarbures. Les allées de circulation des véhicules seront antidérapantes ". Dans ces conditions, ces éléments ont permis au service instructeur d'apprécier la conformité du projet aux dispositions précitées de l'article UB 12.5.2 du règlement du plan local d'urbanisme. H suite, cette troisième branche du moyen doit être écartée.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme :

24. Aux termes de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions H rapport aux limites séparatives : " () 7.3.2.2 : Pour les unités foncières dont la largeur de façade est supérieure à 15 m, les constructions sont autorisées : / - Sur au plus une des deux limites séparatives latérales. En cas de retrait, les constructions devront s'écarter de ces limites conformément aux prescriptions de l'article 7.1. "

25. En l'espèce, les requérants soutiennent que le projet s'implante irrégulièrement sur les deux limites nord-ouest et nord-est du terrain alors que les dispositions précitées de l'article UB 7.3.2.2 n'autorisent l'implantation d'une construction, sur, au plus, une des deux limites séparatives latérales de l'unité foncière, lorsque la largeur de façade de celle-ci est, comme en l'espèce, supérieure à 15 mètres. Il ressort des pièces du dossier que toutes les limites de propriété du terrain d'assiette du projet, soit sont riveraines de la voie, soit aboutissent à des voies. Or, le lexique annexé au règlement du plan local d'urbanisme définit les limites de fond, comme étant celles dont aucune des extrémités n'aboutit à une voie. Il s'ensuit que l'ensemble des limites séparatives de ce terrain sont constitutives de limites séparatives latérales. Le permis de construire en litige, prévoit l'implantation de la construction litigieuse sur les deux limites séparatives latérales nord-est et nord-ouest du terrain. Les requérants sont ainsi fondés à soutenir que, ce permis a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article UB 7.3.2.2 précité.

26. Le pétitionnaire fait à cet égard valoir que la partie de construction implantée sur la limite nord-ouest abrite une cage d'escalier, qui constitue une saillie, et non une façade, au sens du lexique du règlement du plan local d'urbanisme et que cette cage d'escalier ne doit ainsi pas être prise en compte dans les règles de retrait fixées H les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de masse, des niveaux et du plan des toitures, que la cage d'escalier précitée constitue un aménagement intérieur devant être intégralement inclus dans le volume de la construction projeté et qu'elle ne constitue en tout état de cause pas une saillie au sens prescrit H le lexique du règlement du plan local d'urbanisme de Suresnes. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire, autorisé le 9 décembre 2019, a été délivré en méconnaissance de l'article UB 7.3.2.2 de ce règlement.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 10 du règlement du plan local d'urbanisme :

27. D'une part, aux termes de l'article UB 10 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif à la hauteur maximale des constructions : " 10.1 Gabarit enveloppe / 10.1.1 Gabarit enveloppe sur rue : La construction devra s'inscrire à l'intérieur d'un gabarit enveloppe défini en fonction de l'emprise des voies H : / - Un plan vertical à l'alignement s'élevant jusqu'à la hauteur intermédiaire, / - Un quart de cercle de 6 m de rayon pour les secteurs () Ube (), se développant à partir de la hauteur intermédiaire (Hi), / - Une hauteur totale maximale (H). / Dans le secteur Ube, la règle du gabarit s'appliquera non à partir de l'alignement, mais à partir du recul imposé. 10.1.2 Parcelle d'angle : Pour les parcelles d'angle situées à l'intersection de deux voies d'inégales largeurs, le gabarit et les hauteurs autorisés le long de la voie la plus large, pourront s'appliquer le long de la voie la plus étroite sur une profondeur de 15 m, comptée à partir de l'alignement actuel ou futur. 10.2 Hauteurs maximales : Les constructions doivent respecter les caractéristiques suivantes (les hauteurs sont mesurées H rapport au terrain naturel avant travaux) : Ube [dans la bande de constructibilité sur rue, une hauteur maximale intermédiaire inférieure ou égale à 12 mètres et une hauteur maximale inférieure ou égale à 15 mètres. Au-delà de la bande de constructibilité : une hauteur totale maximale de 12 mètres.] " D'autre part, le lexique annexé au règlement du plan local d'urbanisme définit la hauteur maximale intermédiaire (Hi) ou hauteur à l'égout H la " différence d'altitude entre le niveau du terrain naturel avant travaux et le point le plus élevé, en tout point de la façade verticale. Il s'agit concrètement de l'égout dans le cas de toiture à pente ou du niveau supérieur de la terrasse (acrotère) " et précise tout d'abord que ne sont pas pris en compte pour définir cette hauteur : " -les balustrades et garde-corps à claire-voie, pares-vues implantés en retrait des façades ; / - la partie ajourée des acrotères ; / les souches de cheminées " mais également que " sur les terrains en pente, les normes de hauteur doivent être respectées en tout point du bâtiment " et que " la hauteur totale maximale, la hauteur maximale intermédiaire et la hauteur de façade doivent être conformes aux prescriptions de l'article 10 en tout point du bâtiment et notamment de part et d'autre de la pente. () "

28. Il résulte de ces dispositions que la hauteur maximale intermédiaire, utilisée pour définir le quart de cercle délimitant le gabarit-enveloppe sur rue autorisé H l'article UB 10.1 du règlement du plan local d'urbanisme doit également être respectée, indépendamment de ce gabarit-enveloppe, H toute construction, en application de l'article UB 10.2 de ce règlement.

29. En l'espèce, ainsi que l'allèguent les requérants, le plan de coupe AA atteste de ce que les acrotères des façades sud-ouest et nord-est de la construction en litige culminent, en certains points, jusqu'à 14 mètres. A cet égard, le pétitionnaire se prévaut du bénéfice de la dérogation prévue H l'article UB 10.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux constructions implantées en continuité d'un bâtiment existant. Toutefois, ces dispositions concernent uniquement la hauteur maximale totale autorisée et non la hauteur maximale intermédiaire fixée H l'article UB 10.2. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la hauteur maximale intermédiaire est supérieure à 12 mètres en certains points de la construction autorisée, en méconnaissance de l'article UB 10.2 précité.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme :

30. Aux termes de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme : " () 12.5.2 : Les places de stationnement aménagées en surface, devront être stabilisées, et perméables (pavage non joint, ever-green, etc.) afin de limiter le ruissellement. () "

31. Ainsi qu'il a été dit au point 23, il ressort des mentions contenues dans la notice de sécurité incendie jointe au dossier de demande de permis de construire en litige que le projet autorisé prévoit un revêtement antidérapant et imperméable pour les places de stationnement aménagées en surface. Les requérants sont ainsi fondés à soutenir que le permis de construire, autorisé le 9 décembre 2019, a été délivré en méconnaissance de l'article UB 12.5.2 du règlement du plan local d'urbanisme et qu'il est ainsi entaché d'illégalité.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme :

32. Aux termes de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme : " () 13.2.3 : Les dalles de parc de stationnement et des constructions à rez-de-chaussée devront faire l'objet d'un traitement végétalisé, et recevoir pour cela 50 cm au moins de terre végétale. () " En outre, le lexique annexé au règlement du plan local d'urbanisme définit l'espace végétal comme un " espace en pleine terre ou exceptionnellement sur dalle, comprenant au moins une hauteur de terre de 50 cm, hors couche drainante pour l'engazonnement et de 1,5 m à 2 m pour les arbres à moyen et grand développements. Il peut exceptionnellement être sur dalle s'il respecte les normes de plantations d'arbres à grand et moyen développements. "

33. Ces dispositions imposent un traitement végétalisé, avec au moins cinquante centimètres de terre végétale, des dalles de parc de stationnement et constructions à rez-de-chaussée. Or, contrairement à ce que soutiennent les requérants, elles n'impliquent pas un traitement végétalisé du pavage des places de stationnement mais imposent uniquement la végétalisation de toutes les dalles de béton surplombant les parcs de stationnement enterrés, ainsi que des toitures des constructions à rez-de-chaussée. Dans ces conditions, alors que le projet ne comporte aucune construction à rez-de-chaussée ni parc de stationnement enterré dont la dalle devrait être végétalisée, le moyen est inopérant, et doit, H suite être écarté.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

34. Aux termes des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

35. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

36. D'une part, il ressort des mentions contenues dans l'avis favorable rendu sur le projet litigieux H l'inspection générale des carrières le 24 octobre 2019, que " le projet est situé en dehors des zones d'anciennes carrières connues et en dehors des périmètres de recherche des poches de dissolution du gypse antéludien ". Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en autorisant le permis de construire sans l'assortir de prescriptions spécifiques au risque d'effondrement de carrière, le maire a entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'application des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

37. D'autre part, s'il est constant, ainsi que l'allèguent les requérants, que le terrain d'assiette du projet litigieux est soumis à un aléa moyen à fort de retrait/gonflement des sols argileux et que la commune de Suresnes a fait l'objet de trois arrêtés de classement en état de catastrophe naturelle suite à des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols intervenus en 2003, 2011, 2012 et 2018, les requérants n'apportent aucun élément de nature à démontrer que les caractéristiques du projet tel qu'envisagé seraient de nature à porter atteinte à la sécurité ou à la salubrité publique, la circonstance que la commune ait fait l'objet de trois arrêtés de classement en état de catastrophe naturelle n'étant pas suffisante pour caractériser, in abstracto, un tel risque sur l'ensemble des zones concernées de son territoire. H suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis de construire, délivré le 9 décembre 2019, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le permis de construire modificatif, délivré le 5 octobre 2020 :

S'agissant du moyen tiré de l'absence de consultation de l'architecte des bâtiments de France :

38. Ainsi qu'il a été énoncé aux points 13 et 14, l'architecte des bâtiments de France (ABF) n'avait pas à être consulté, en application des articles L. 621-30 et suivants du code du patrimoine et R. 425-1 du code de l'urbanisme. H suite, ce moyen est inopérant et doit être écarté.

S'agissant des autres moyens développés à l'encontre de l'arrêté du 5 octobre 2020 :

39. Les requérants reprennent les moyens développés à l'encontre de l'arrêté du 9 décembre 2019 pour contester la légalité de l'arrêté du 5 octobre 2020, portant délivrance d'un permis de construire modificatif à M. G. Toutefois, les modifications autorisées le 5 octobre 2020 consistent uniquement à porter la surface de l'unité foncière du projet à cent soixante-douze mètres carrés au lieu des cent soixante-seize mètres carrés autorisés H l'arrêté du 9 décembre 2019. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire modificatif au regard de l'article 13 et de l'annexe 8 du règlement du plan local d'urbanisme, et des articles UB 4 et 12 de ce règlement, tout comme ceux tirés de la méconnaissance des articles 13, UB4, UB 7, UB 10, UB 12 et UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme sont inopérants et doivent être écartés.

40. Il résulte de tout ce qui précède que seuls les moyens soulevés à l'encontre de l'arrêté du 9 décembre 2019 et tirés de l'insuffisance du dossier de demande de permis de construire en ce qui concerne le respect des exigences de l'article UB 4.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme, et de la méconnaissance des articles UB 7.3.2.2, UB 10.2 et UB 12.5.2 de ce règlement sont fondés. Les requérants sont donc fondés, dans cette mesure, à demander l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision du 16 avril 2021 H laquelle le maire de Suresnes a rejeté leur recours gracieux.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

41. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus H le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ". Il résulte de ces dispositions qu'un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

42. Les vices énoncés aux points 21,25, 26, 29 et 31, entachant l'arrêté du 9 décembre 2019 et la décision du 16 avril 2021 portant rejet du recours gracieux dirigé notamment contre cet arrêté, sont susceptibles d'être régularisés H la délivrance d'un nouveau permis de construire modificatif. Les parties ayant été informées de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, il y a lieu de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, dans l'attente de la notification au tribunal d'un permis de construire modificatif délivré à M. G H le maire de Suresnes régularisant ces vices. Il y a lieu de réserver tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'a pas été expressément statué H ce jugement, jusqu'en fin d'instance.

Sur les frais liés au litige :

43. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de la commune de Suresnes et de M. G, une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés H les requérants et non compris dans les dépens, qui sera versée à M. et Mme D et C A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

44. Les dispositions du même article font obstacle à ce que les sommes demandées H la commune de Suresnes, d'une part, et M. G, d'autre part, soient mises à la charge des requérants qui ne sont pas les parties perdantes.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 décembre 2019 H lequel le maire de la commune de Suresnes a accordé à la société " Dynamiques Foncières " le permis de construire n° 920731910045, transféré à M. G H arrêté du 4 août 2020, ainsi que la décision du 16 avril 2021 rejetant le recours gracieux des requérants, sont annulés en tant que :

- le dossier de demande de permis de construire n'a pas permis au service instructeur de la commune d'apprécier la conformité du projet à l'article UB 4.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'implantation de la construction projetée sur les deux limites séparatives latérales de la parcelle méconnaît l'article UB 7.3.2.2 de ce règlement ;

- le projet autorisé ne respecte pas la hauteur maximale intermédiaire fixée H l'article UB 10.2 de ce règlement

- ce projet, ne prévoit pas de revêtement perméable des places de stationnement aménagées en surface, en méconnaissance de l'article UB 12.5.2 de ce règlement.

Article 2 :Il appartiendra à M. G, actuel bénéficiaire de ce permis de construire, de solliciter de l'autorité administrative compétente, dans le délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, un permis de régularisation rendant le projet en litige conforme aux dispositions précitées à l'article 1er du présent jugement.

Article 3 :La commune de Suresnes et M. G verseront solidairement une somme de 2 000 euros à M. D et Mme C A, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Les conclusions de la commune de Suresnes et de M. G, tendant au paiement des frais non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et Mme F C A, à M. E G et à la commune de Suresnes.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Louvel, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Assistés de M. Lux, greffier.

Rendu public H mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21076282

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