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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107770

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107770

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLEYTON LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et un mémoire récapitulatif enregistrés les 15, 22 et 29 juin 2021, le 14 février 2022 et le 23 février 2022, la société IKOS GROUP, représentée par Me Malric, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) d'ordonner avant dire droit, le cas échant, la réalisation d'une expertise technique sur le fondement de l'article R. 621-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'État au paiement des intérêts moratoires prévus par l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société IKOS GROUP soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'administration fiscale ne saurait lui reprocher de ne pas avoir présenté un état de l'art exhaustif dès lors que ses recherches portent sur un domaine très particulier et sujet à confidentialité ; il appartient à l'administration de produire d'autres sources bibliographiques pour démontrer les lacunes de la société sur ce point ;

- les projets " Economie et attrait environnemental d'un smartgrid ", " Nouveaux centres de commandement pour le trafic ferroviaire ", " Nouveaux CBTC Driving Mode ", " Études grandeur nature des relais de transport électrique ", " Prototypage d'un banc de test décentralisé pour le matériel photovoltaïque ", " Preuve formelle de l'enclenchement d'un système de signalisation ferroviaire urbain ", " Stockage et gestion intelligente de l'énergie Profil'ER " et " Nouveaux modèles pour le trafic ferroviaire " correspondent à des opérations de recherche et de développement au sens des dispositions précitées de l'article 244 quater B du code général des impôts, et étaient donc éligibles au crédit d'impôt recherche ;

- elle est fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe 250 de l'instruction administrative référencée

BOI-BIC-RICI-10-10-10-20.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2021, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au rejet de la requête.

L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, fait valoir que les moyens invoqués par la société IKOS GROUP ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée le 28 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergantz, conseillère ;

- et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société IKOS CONSULTING, qui exerce une activité d'ingénierie et d'études techniques, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur ses déclarations fiscales de crédit d'impôt pour dépenses de recherches au titre des années 2013 et 2015. À l'issue de de ce contrôle, l'administration fiscale a, par une proposition de rectification du 25 octobre 2017, notifiée selon la procédure contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, remis partiellement en cause le bénéfice de ce crédit s'agissant de l'année 2015. Par sa réponse aux observations du contribuable du 27 décembre 2018, le service a fait partiellement droit à la demande de la société IKOS CONSULTING, et a réduit le montant du crédit d'impôt recherche remis en cause. La société IKOS CONSULTING appartenant, au titre de l'année 2015, à un groupe fiscalement intégré dont la SAS IKOS GROUP est la tête de groupe depuis le 28 août 2019 et la seule redevable de l'impôt sur les sociétés, cette dernière a été informée, par une lettre du 15 septembre 2020, des conséquences financières résultant du contrôle de la société IKOS CONSULTING. Les rappels d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015 ont ainsi été mis en recouvrement le 15 octobre 2020. Sa réclamation ayant été rejetée par une décision du 21 avril 2021, la société IKOS GROUP demande au Tribunal de prononcer la décharge de ces impositions supplémentaires, en droits et intérêts de retard.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable en 2015 : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A, 44 duodecies, 44 terdecies à 44 quindecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () / ' II. Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / () b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations () / c) les autres dépenses de fonctionnement exposées dans les mêmes opérations ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au a et de 50 % des dépenses de personnel mentionnées à la première phrase du b et au b bis () ".

3. Aux termes de l'article 49 septies F de l'annexe III au même code, dans sa rédaction applicable à l'imposition en litige : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : / a. Les activités ayant un caractère de recherche fondamentale, qui pour apporter une contribution théorique ou expérimentale à la résolution des problèmes techniques, concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels, en vue d'organiser, au moyen de schémas explicatifs ou de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse ; / b. Les activités ayant le caractère de recherche appliquée qui visent à discerner les applications possibles des résultats d'une recherche fondamentale ou à trouver des solutions nouvelles permettant à l'entreprise d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance. / Le résultat d'une recherche appliquée consiste en un modèle probatoire de produit, d'opération ou de méthode ; / c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté ".

S'agissant de la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article R 194-1 du livre des procédures fiscale : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".

5. Si, en principe, il appartient au juge de l'impôt de constater, au vu de l'instruction, qu'une entreprise remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 244 quater B du code général des impôts, il résulte de la combinaison des dispositions de cet article et de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales qu'une entreprise ayant accepté ou s'étant abstenue de répondre au chef de rectification tendant à la réduction du montant de ses dépenses éligibles au crédit d'impôt pour la recherche ne peut obtenir le rétablissement du montant qu'elle a déclaré qu'à la condition d'établir que les dépenses en cause étaient en réalité au nombre de celles qui ouvrent droit à ce crédit d'impôt.

6. En l'espèce, les observations présentées par la société IKOS GROUP par une lettre du 21 décembre 2017 en réponse à la proposition de rectification du 25 octobre 2017 ont été signées par M. A, directeur financier. Il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que fait valoir le service, ce dernier a été habilité, par un mandat du 22 octobre 2014 valable pour une durée de dix ans, à l'effet de signer des documents à l'attention des services fiscaux. La société requérante doit donc être regardée comme ayant valablement exprimé, dans le délai légal, son refus d'accepter les rectifications envisagées. Dès lors, pour obtenir le rétablissement du montant qu'elle a déclaré, il ne lui appartient pas, en vertu des dispositions de l'article R. 194-1 du LPF, d'établir que les projets qu'elle a développés était bien éligibles au crédit d'impôt recherche, étant précisé que les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.

S'agissant du projet " Économie et attrait environnemental d'une smartgrid " :

7. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a admis l'éligibilité de ce projet au crédit d'impôt recherche dans le cadre de la réponse aux observations du contribuable en date du 27 décembre 2018. Par suite, les écritures de la société IKOS GROUP tendant à démontrer que les dépenses exposées pour la réalisation de ce projet étaient bien éligibles manquent en fait et doivent, dès lors, être écartées.

S'agissant du projet " Nouveaux centres de commandement pour le trafic ferroviaire " :

8. Si la société requérante soutient que ce projet permet la levée d'un verrou technique, elle ne l'établit pas en se bornant à produire le dossier technique présenté à l'appui de sa demande de crédit d'impôt pour dépense de recherches, lequel est très peu détaillé, tandis qu'il résulte de l'instruction, en particulier de l'avis et du rapport de contre-expertise rendus les 28 juillet 2017 et 21 novembre 2018 par des experts de la direction régionale à la recherche et à la technologie d'Île-de-France, que l'état de l'art présenté par la société ne permet pas de constater les limites des méthodes et outils existants. En l'absence de détail technique sur le modèle construit, la société IKOS GROUP ne démontre pas davantage que ces travaux de recherche auraient consisté en la mise au point ou l'amélioration substantielle d'un nouveau produit ou système au sens des dispositions précitées de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet litigieux était éligible au crédit d'impôt recherche prévu par l'article 244 quater B du code général des impôts.

S'agissant du projet " Nouveau CBTC Driving Mode " :

9. Si la société IKOS GROUP se prévaut de l'existence de verrous techniques, elle n'identifie cependant pas avec précision les verrous à lever, tandis qu'il résulte de l'instruction qu'il existe dans l'état de l'art des méthodes et outils intelligents de traitement et d'analyse de données. Il ne résulte donc pas de l'instruction que ce projet présenterait un caractère de nouveauté, pour l'application des dispositions précitées de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet litigieux était éligible au crédit d'impôt recherche prévu par l'article 244 quater B du code général des impôts.

S'agissant du projet " Études grandeur nature des relais de transport électrique " :

10. La société requérante invoque l'existence de verrous ainsi que d'incertitudes techniques. Ces allégations, non étayées, ne permettent toutefois pas d'établir que les tests effectués dans le cadre du projet en cause auraient permis la mise au point ou l'amélioration substantielle d'un nouveau produit ou système. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet litigieux était éligible au crédit d'impôt recherche prévu par l'article 244 quater B du code général des impôts.

S'agissant du projet " Prototypage d'un banc de test décentralisé pour le matériel photovoltaïque " :

11. Il résulte de l'instruction que des méthodes d'analyse et de traitement des données permettant d'atteindre l'objectif poursuivi existent dans l'état de l'art, et que la société IKOS GROUP, qui n'explique pas en quoi celles-ci seraient insuffisantes, les a d'ailleurs utilisées dans le cadre du projet litigieux. Dans ces conditions, alors qu'il n'est pas établi que ledit projet présenterait un caractère de nouveauté, la société IKOS GROUP n'est pas fondée à soutenir que le projet litigieux était éligible au crédit d'impôt recherche prévu par l'article 244 quater B du code général des impôts.

S'agissant du projet " Preuve formelle de l'enclenchement d'un système de signalisation ferroviaire urbain " :

12. Il ne résulte pas de l'instruction que ce projet, qui s'est limité à la recherche de points bloquants, aurait permis de créer une connaissance nouvelle ou de faire progresser l'état de l'art dans le domaine de la vérification formelle des systèmes dynamiques complexes de grande taille. Ainsi, la société IKOS GROUP n'est pas fondée à soutenir que ce projet relevait d'une opération de recherche et de développement au sens des dispositions précitées de l'article 244 quater B du code général des impôts.

S'agissant du projet " Stockage et gestion intelligente de l'énergie Profil'ER " :

13. Il résulte de l'instruction que le projet en cause a consisté à utiliser l'état des techniques existantes, en en modifiant seulement l'architecture, afin d'obtenir une réduction du temps de réponse. Ainsi, la société IKOS GROUP n'est pas fondée à soutenir que ce projet, qui ne présente pas un caractère de nouveauté, relevait d'une opération de recherche et de développement au sens des dispositions précitées de l'article 244 quater B du code général des impôts.

S'agissant du projet " Nouveaux modèles pour le trafic ferroviaire " :

14. Il ne résulte pas de l'instruction que l'état de l'art ne permettait pas de réaliser le projet en litige, qui a au demeurant principalement consisté en des études autour de certains nouveaux équipements et en des tests pour comparer différents logiciels de simulation, et ce quand bien même les modèles existants auraient été inadaptés aux nouveaux équipements. Par suite, la société IKOS GROUP n'est pas fondée à soutenir que ce projet, qui ne présente pas un caractère de nouveauté, relevait d'une opération de recherche et de développement au sens des dispositions précitées de l'article 244 quater B du code général des impôts.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

15. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".

16. La société requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'instruction référencée BOI-BIC-RICI-10-10-10-20 du 12 septembre 2012, paragraphe n° 250, qui ne comporte pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

17. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il n'y ait lieu d'ordonner une nouvelle expertise, que la société IKOS GROUP n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes. Ses conclusions présentées en ce sens doivent donc être rejetées, y compris en tout état de cause celles présentées sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par la société IKOS GROUP doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société IKOS GROUP est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société IKOS GROUP et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Gabez, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La rapporteuse,

signé

A. BERGANTZ

Le président,

signé

K. KELFANI Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2107770

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