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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107775

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107775

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMINIER MAUGENDRE & ASSOCIEES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une reque^te et un mémoire en réplique, enregistrés le 15 juin 2021 sous le n° 2107775 et le 29 juillet 2021, M. B C, représenté par la Selarl Minier Maugendre et Associées, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de désigner un expert, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, qui aura notamment pour mission de donner tous les éléments utiles d'appréciation sur l'étendue des préjudices subis en conséquence de sa maladie professionnelle ;

2°) de mettre l'allocation provisionnelle sur les frais et honoraires de l'expert à la charge de la commune de Puteaux ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Puteaux le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a subi des préjudices du fait de sa maladie professionnelle imputable au service ; l'imputabilité de sa maladie n'est pas contestée par la commune de Puteaux ; il est en droit d'être indemnisé de l'ensemble de ses préjudices ;

- la date de consolidation de son état de santé est acquise au 20 décembre 2019, comme l'attestent les conclusions signées par le docteur E ; son état de santé étant consolidé, il n'y a plus d'obstacles à l'octroi d'une mesure d'instruction visant à évaluer l'ensemble de ses préjudices ; sa demande est étayée ;

- il est fondé à solliciter une expertise ; l'expertise est utile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2021, la commune de Puteaux, représentée par la SCP Lonqueue Sagalovitsch Eglie Richters et Associés, demande au juge des référés :

1°) à titre principal, de rejeter de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire l'étendue de la mission qui sera confiée à l'expert ;

3) à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'expertise sollicitée ne présente pas un caractère utile, dès lors que son état de santé est désormais consolidé à la date du 20 décembre 2019 et qu'un taux d'incapacité permanente partielle de 25 % a été retenu par la commission de réforme interdépartementale de la petite couronne, que M. C doit de nouveau être examiné par un médecin expert appelé à se prononcer sur les arrêts de travail postérieurs au 16 février 2021,que le requérant peut établir la matérialité des lésions initiales par la production de documents médicaux et que la demande n'est pas justifiée ;

- le versement d'une allocation provisionnelle n'est pas justifiée par l'importance et la durée de l'expertise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

2. Il résulte de l'instruction que M. B C, né le 2 juin 1956, a été nommé stagiaire en septembre 2003 puis titularisé en tant que conseiller de prévention, agent chargé de la mise en œuvre des règles d'hygiène et de sécurité auprès de la commune de Puteaux. Il a développé un trouble anxio-dépressif, qui l'a conduit à être mis en arrêt de travail à compter du 20 novembre 2015. La commission de réforme interdépartementale de la petite couronne, se fondant sur un certificat médical du 19 avril 2016, a conclu dans son procès-verbal du 10 avril 2017 à une maladie imputable au service. Par un courrier du 16 mai 2017, la commune de Puteaux a informé M. C qu'elle émettait un avis favorable à l'imputabilité de sa maladie au service et l'a informé de sa convocation ultérieure auprès d'un médecin agréé afin notamment de statuer sur son aptitude à la reprise de ses fonctions et de déterminer une date de consolidation de son état de santé. A la demande de la commune, un médecin psychiatre a examiné M. C le 30 juin 2017, et a conclu que la reprise du travail n'est pas possible au poste habituel, que M. C n'est pas inapte totalement et définitivement à toutes fonctions, que la date de consolidation peut être fixée au 30 juin 2017 tout en préconisant des soins post-consolidation pour une durée d'un an devant être réappréciée. M. C, examiné par des médecins généralistes dont son médecin traitant les 29 septembre 2017, 14 mai 2018 et par deux fois le 15 mai 2018, conteste dans sa requête la date de consolidation du 30 juin 2017 et soutient que son état de santé ne lui permet pas de reprendre ses fonctions. Par un second courrier du 14 juin 2018, la commune de Puteaux a émis un avis favorable à la prise en charge des soins de M. C du 16 avril 2017 au 13 juin 2018, l'a informé de sa convocation au mois de novembre 2018 pour qu'un médecin se prononce sur son aptitude à l'exercice de ses fonctions et sur la date de la consolidation de son état de santé. Le 22 mai 2018, la commission de réforme interdépartementale de la petite couronne a émis un avis d'inaptitude temporaire aux fonctions de M. C et a recommandé l'examen du requérant par un nouvel expert psychiatre au mois de novembre 2018, afin qu'il se prononce sur l'aptitude du requérant à reprendre les fonctions, sur la date de consolidation et sur une éventuelle incapacité professionnelle. Par une ordonnance n° 1808261, le juge des référés du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B tendant à la désignation d'un expert, en raison de l'absence de consolidation de l'état de santé du requérant. Toutefois, par des conclusions du 20 décembre 2019, le docteur E a estimé que l'état de santé de M. B était consolidé avec séquelles à cette date, proposait un taux d'incapacité permanente partielle fixé à 25 % et concluait à la possibilité d'un changement d'affectation ou d'un reclassement. Par un avis en date du 1er février 2021, la commission de réforme interdépartementale de la petite couronne émettait un avis favorable à une reconnaissance du lien entre les arrêts jusqu'au 20 décembre 2019 et la maladie d'origine professionnelle subie par le requérant et déclarait l'état de santé consolidé à cette date avec un taux d'incapacité permanente partielle fixé à 25%. Le 27 mai 2021 la médecine du travail a émis un avis d'inaptitude à toute fonction.

3. Dans ces circonstances, M. C sollicite de nouveau la désignation d'un expert, qui aura notamment pour mission d'évaluer les préjudices subis en conséquence de sa maladie professionnelle imputable au service.

4. La commune de Puteaux fait valoir en défense que la mesure sollicitée ne serait ni nécessaire, ni pertinente. Elle soutient à cet égard que son état de santé est désormais consolidé à la date du 20 décembre 2019 et qu'un taux d'incapacité permanente partielle de 25 % a été retenu par la commission de réforme interdépartementale de la petite couronne, que M. C doit être prochainement examiné par un médecin-expert appelé à se prononcer sur les arrêts de travail postérieurs au 16 février 2021 et que l'intéressé n'est pas dans l'impossibilité de réunir par lui-même les éléments d'informations qu'il sollicite. Toutefois, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle expertise ait effectivement été réalisée, il ne résulte pas de l'instruction que cette mesure, si elle a bien été effectuée, permettrait au juge du fond de déterminer, en assurant le respect du contradictoire, la nature et l'étendue de tous les préjudices subis par M. C ayant résulté de sa maladie professionnelle imputable au service. En tout état de cause, la seule circonstance qu'une expertise ait déjà été réalisée ne dispense pas le juge des référés d'apprécier l'utilité d'une nouvelle expertise demandée.

5. Dans ces conditions, la mesure d'expertise sollicitée qui a pour objet de déterminer l'ensemble des préjudices subis par M. C, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, de désigner un expert et de fixer sa mission comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les autres conclusions :

En ce qui concerne la charge des dépens :

6. Aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction () peut, soit au début de l'expertise (), soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport () accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. / Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations. Sa décision ne peut faire l'objet d'aucun recours. " Aux termes de l'article R. 621-13 du même code : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. () ". Ces dispositions font obstacle à ce que le juge des référés mette les frais d'expertise à la charge de l'une ou l'autre des parties. La demande de M. C tendant à ce que les frais d'expertise soient avancés par la commune de Puteaux est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

En ce qui concerne les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. En premier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

8. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais exposés par la commune de Puteaux et non compris dans les dépens soient mis à la charge du requérant qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance en référé.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D A, médecin généraliste spécialisé en médecine et santé du travail, domicilié au 1, rue du Colonel de Montlaur à Blois (41 000), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de prendre connaissance du dossier médical de M. C ;

2°) de se faire communiquer tous les documents et pièces nécessaires à la bonne exécution de sa mission ;

3°) de décrire l'état de santé de M. C avant le 20 novembre 2015, date de son premier arrêt de travail ;

4°) d'examiner M. C et de décrire son état de santé à la date de l'expertise tant sur le plan fonctionnel que sur le plan psychologique ;

5°) de décrire, sans imputer le taux de perte de chance éventuellement retenu, la nature et l'étendue des préjudices résultant de la maladie professionnelle imputable au service de M. C, en les distinguant de son état antérieur et des conséquences de cette maladie à cet égard, d'apporter les éléments suivants :

a) dire si l'état de M. C est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressé en fixant notamment la période d'incapacité temporaire totale ou partielle et le taux de celle-ci, ainsi que, le cas échéant, le taux d'incapacité permanente partielle afin de permettre de déterminer les déficits fonctionnels temporaires et permanents ; d'évaluer le taux d'invalidité de M. C ;

b) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige antérieurement et postérieurement à la date de consolidation ;

c) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel antérieurement et postérieurement à la date de consolidation ;

d) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par M. C à raison des faits en litige ;

6°) de préciser clairement, pour chacun de ces postes de préjudices :

a) la part qui résulte de la maladie professionnelle en cause ;

b) la part éventuelle qui résulterait de l'état de santé antérieur du patient ;

c) la part éventuelle qui résulterait de faits postérieurs à la maladie professionnelle et indépendants de celle-ci ;

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de M. B C et de la commune de Puteaux.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires en principe dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et au plus tard le 31 janvier 2023. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à la commune de Puteaux et à M. D A, expert.

Fait à Cergy, le 6 juillet 2022.

Le premier vice-président du Tribunal, juge des référés,

Signé

F. Beaufaÿs

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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