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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107830

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107830

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre
Avocat requérantLAUREOTE-ANDREJEWSKI-HUDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 juin 2021 et 30 juin 2023, Mme D, représentée par Me Lauréote, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 15 avril 2021 par laquelle le maire de la commune de Clichy-la-Garenne a refusé de renouveler son contrat à durée déterminée ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Clichy-la-Garenne une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle est motivée par la suppression de son poste alors que les fonctions qu'elle occupait demeurent exercées dans le cadre de la nouvelle organisation des services de la commune ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir, le non-renouvellement de son contrat résultant de la volonté de l'évincer du service en raison de la campagne de discrédit menée à son encontre auprès de la collectivité par son ancien compagnon ;

- elle est illégale dès lors que le maire a méconnu l'obligation de protection des agents qui lui incombe ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 avril 2023 et 8 septembre 2023, la commune de Clichy-la-Garenne, représentée par Me Margaroli, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 septembre 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Colin, rapporteure,

- les conclusions de Belhadj, rapporteur public,

- et les observations de Me Margaroli, représentant la commune de Clichy-la-Garenne

Considérant ce qui suit :

1. Mme D été recrutée par la commune de Clichy-la-Garenne en qualité de rédacteur pour exercer les fonctions de chargée de mission au sein de la direction du département économique à compter du 15 mars 2016 dans le cadre d'un contrat à durée déterminée d'une durée d'un an, renouvelé successivement jusqu'au 28 février 2020. Elle a occupé ensuite les fonctions de chargée de mission au sein de la direction de l'hygiène et de la salubrité dans le cadre d'un contrat à durée déterminée du 1er mars 2020 au 28 février 2021. Par une décision du 3 décembre 2020, le maire de la commune l'a informée qu'il n'entendait pas renouveler son engagement à l'issue de son dernier contrat. Le 11 février 2021, Mme D a formé contre cette décision un recours gracieux. Une décision implicite de rejet de cette demande est née du silence du maire le 15 avril 2021. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cette décision.

Sur l'étendue du litige

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. En l'espèce, Mme D demande l'annulation de la décision de rejet du recours gracieux qu'elle a formé le 11 février 2021, contre la décision de non-renouvellement de son contrat. Il y a donc lieu d'interpréter les conclusions aux fins d'annulation de la décision de rejet de son recours gracieux comme dirigées également contre la décision administrative initiale du 3 décembre 2020 en tant qu'elle refuse de renouveler son contrat à compter du 28 février 2021.

4. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que les éventuels vices propres de la décision prise sur le recours gracieux ne peuvent être utilement invoqués. Par suite, les moyens soulevés par la requérante et tirés de l'incompétence du signataire de la décision rejetant son recours gracieux et de l'insuffisance de motivation de cette décision doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne la légalité externe :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du Code général des collectivités territoriales :" Le Maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal ".

6. En l'espèce, le maire de la commune de Clichy-la-Garenne a donné délégation à M. E C, adjoint, par arrêté du 28 mai 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la commune et transmis à la préfecture le même jour, à l'effet de signer tout actes relatifs aux affaires de la commune relevant du personnel communal. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de non-renouvellement du contrat de travail de la requérante manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

7. En deuxième lieu, en l'absence de droit au renouvellement de son contrat, Mme D ne peut utilement soutenir que la décision attaquée, qui n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées serait entachée d'une insuffisante motivation. En tout état de cause, la décision en cause comporte le motif justifiant le non renouvellement du contrat de la requérante tiré de la suppression de son poste. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

8. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses, si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Si la décision de ne pas renouveler un contrat à durée déterminée n'a pas à être motivée, il appartient toutefois au juge, en cas de contestation de celle-ci, de vérifier qu'elle est fondée sur l'intérêt du service.

9. En premier lieu, il ressort des termes de la décision du 3 décembre 2020, que le non-renouvellement du contrat de travail de Mme D était justifié par la suppression de son poste. Il ressort des pièces du dossier, que Mme D a exercé dans le cadre de son dernier contrat de travail à durée déterminée allant du 1er mars 2020 au 28 février 2021, les fonctions de chargé de mission hygiène. A ce titre, placée sous la responsabilité du directeur du service " Hygiène et Salubrité - Risques Majeurs ", elle avait pour mission, selon les mentions de la fiche de poste de " chargée de mission hygiène et qualité " établie le 28 août 2019, de veiller à la conformité de la situation des commerces au regard des différentes règlementations (notamment celles relatives à l'hygiène, la sécurité, les occupations du domaine public, les enseignes de devanture de vitrine et à l'accessibilité) et d'accompagner les nouveaux commerçants qui s'installent dans la commune dans le respect de son projet commercial et artisanal. Il ressort également des pièces du dossier, notamment de la note du maire de Clichy-la-Garenne aux agents de la collectivité du 23 mai 2022, rendant compte du comité technique du 16 mai 2022, que dans le cadre du projet visant à moderniser et rendre plus efficace l'action publique locale, la commune a procédé, en mai 2022, à une réorganisation globale de ses services, laquelle a conduit à regrouper l'ensemble des missions relevant des pouvoirs de police du maire en matière de -sécurité publique locale, prévention des risques majeurs, hygiène et salubrité, et santé- au sein de la Direction Générale Adjointe " Sécurité, protection de l'espace public et risques majeurs " et à confier à des inspecteurs d'hygiène et de salubrité les missions de contrôles des quatre pôles -habitat, alimentaire, sécurité incendie et salubrité de l'espace public-. Dans le cadre de cette nouvelle organisation, le poste de Mme D était supprimé et la commune fait valoir sans être contredite que les fonctions qu'elle exerçait relevant du secteur de l'hygiène et de la sécurité ont été confiées auxdits inspecteurs et celles relevant de la réglementation des occupations du domaine public, des enseignes et devantures des vitrines, accessibilité, observatoire du commerce et application de la charte des commerçants, attribuées à des agents appartenant à la direction du développement économique au sein de la direction générale adjointe aménagement et développement. La commune fait valoir sans être contredite qu'elle a anticipé la mise en œuvre de cette réorganisation globale de ses services auprès de l'ensemble des acteurs de la direction dès décembre 2020 et il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D aurait été remplacée sur son poste. Il résulte de ce qui précède que la suppression du poste de Mme D et le redéploiement de ses fonctions résultent de la réorganisation globale des services de la commune menée par la commune pour améliorer la qualité du service rendu. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que son professionnalisme ait été reconnu dans le cadre de l'exécution de ses différents contrats et que les missions qui lui étaient confiées sont toujours exercées au sein de la commune, le non-renouvellement du contrat, qui est lié à la suppression de son poste dans le cadre d'une réorganisation des services municipaux, est fondé sur un motif tiré de l'intérêt du service. Mme D n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait motivée par la volonté de l'évincer. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la requérante n'établit ni les excellentes relations qu'elle entretenait avec le maire de la commune ni que celles-ci se seraient dégradées au cours de l'année 2019 à la suite des calomnies proférées à son encontre par son ex-conjoint, notamment en octobre et novembre 2019, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la commune avait procédé au renouvellement de son contrat de travail au mois de mars 2020. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que son changement d'affectation au sein du service hygiène aurait fait suite à des difficultés relationnelles avec un élu. Enfin, ni l'existence de difficultés avec les élus dans le cadre de ses fonctions de trésorière de l'association cultuelle et culturelle de la mosquée de Clichy ni la circonstance que la commune n'ait pas pris en compte ses alertes, alors au demeurant que la requérante ne justifie pas avoir sollicité la protection fonctionnelle, ne sont suffisantes pour établir que la commune aurait eu l'intention d'évincer la requérante de ses services compte tenu des calomnies proférées à son encontre par son ex-conjoint. Dans ces conditions, alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, la suppression du poste de la requérante résulte de la réorganisation des services municipaux, quand bien même la cour d'appel de Versailles a relevé dans son arrêt rendu le 20 avril 2023 que M. A a mené à l'encontre de la requérante une campagne de dénigrement particulièrement virulente à tel point qu'elle a perdu sa réputation et son emploi, Mme D, n'est pas fondée à soutenir que la commune aurait mis fin à son contrat non pour des motifs tirés de l'intérêt du service mais dans le seul but de l'évincer de la commune. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit dès lors être écarté.

11. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision de non-renouvellement de son contrat de la circonstance que la commune aurait refusé de lui accorder la protection fonctionnelle, qu'elle n'établit pas au demeurant avoir sollicité, ou méconnu son obligation de protection des agents. Par suite, le moyen, à le supposer soulevé dans ces termes, doit dès lors être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de la requérante aux fins d'annulation de la décision de non-renouvellement de son contrat et de rejet de son recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Clichy-la-Garenne dès lors qu'elle n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme D une somme à verser à la commune de Clichy-la-Garenne en application des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Clichy-la-Garenne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et à la commune de Clichy-la-Garenne.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Prost, premier conseiller,

Mme Colin, première conseillère.

Lu en audience publique le 2 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Colin

Le président,

signé

S. Ouillon

Le greffier,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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