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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2108226

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108226

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2108226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 juin et 26 juillet 2021, Mme C A B, représentée par Me Duteil, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite née le 23 avril 2021 par laquelle la commune d'Herblay-sur-Seine a rejeté sa demande tendant à ce qu'il adopte toute mesure de nature à faire cesser les troubles dont elle est victime du fait de la réglementation insuffisante de la circulation automobile sur la rue des Gastines et le chemin des Malcoutures, ensemble la décision du 14 juin 2021 confirmant expressément ce rejet ;

2°) de condamner la commune d'Herblay-sur-Seine à lui verser la somme de 39 962, 26 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation annuelle, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis suite au comportement fautif de la commune, qui n'a pas mis en œuvre les moyens nécessaires à faire cesser les troubles dont elle est victime ;

3°) à titre principal, d'enjoindre à la commune d'Herblay-sur-Seine d'adopter toutes mesures de nature à faire cesser les troubles dont elle est victime du fait de la règlementation insuffisante de la circulation automobile sur la rue des Gastines et le chemin des Malcoutures, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la commune d'Herblay-sur-Seine d'instruire à nouveau sa demande tendant à adopter toutes mesures de nature à faire cesser les troubles dont elle est victime du fait de la règlementation insuffisante de la circulation automobile sur la rue des Gastines et le chemin des Malcoutures, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de la commune d'Herblay la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 2212-1 et L. 2112-2 du code général des collectivités territoriales ;

- elle méconnait le principe d'égalité devant le service public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la responsabilité de la commune d'Herblay-sur-Seine est engagée au titre de sa responsabilité pour faute, dès lors qu'en ne faisant pas usage de ses pouvoirs de police, elle a entrainé une rupture d'égalité dans son traitement, ce qui constitue une carence fautive ;

- la responsabilité de la commune d'Herblay-sur-Seine est engagée au titre de sa responsabilité pour faute, dès lors qu'elle a autorisé une densification anormale dans le quartier, ce qui est une des causes des préjudices subis ;

- la responsabilité de la commune d'Herblay-sur-Seine est engagée au titre de sa responsabilité sans faute, dès lors qu'en refusant de faire usage de ses pouvoirs de police, elle a méconnu le principe d'égalité devant les charges publiques ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 octobre 2021 et 14 janvier 2022, la commune d'Herblay-sur-Seine, représentée par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les conclusions mettant en cause la responsabilité de la commune sont tardives et que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, rapporteure ;

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public ;

- les observations de Me Roulette, substituant Me Duteil, pour Mme A B ;

- les observations de Me Roche, substituant Me Seban, pour la commune d'Herblay-sur-Seine.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est propriétaire d'une parcelle située au 9, chemin des Malcoutures, à Herblay-sur-Seine. Le 22 février 2021, elle a demandé à la commune d'Herblay-sur-Seine d'adopter toute mesure de nature à faire cesser les troubles dont elle est victime du fait de la réglementation insuffisante de la circulation automobile sur la rue des Gastines et le chemin des Malcoutures suite à des troubles et dégradations dont elle a été victime. Par la présente requête, Mme A B demande l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours, née le 23 avril 2021, ensemble la décision du 14 juin 2021 confirmant ce rejet ainsi que la condamnation de la commune d'Herblay-sur Seine-à lui verser la somme de 39 962, 26 euros, assortie de leur capitalisation annuelle, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première. Ainsi la requérante doit être regardée comme contestant uniquement la légalité de la décision du 14 juin 2021.

3. En premier lieu, le rejet de la demande de l'intéressée tendant à l'adoption de toutes mesures de police de nature à faire cesser les troubles et dégradations au 8 chemin des Malcoutures à Herblay-sur-Seine nés du fait de la réglementation insuffisante de la circulation automobile sur la rue des Gastines et le chemin des Malcoutures, n'entre dans aucune des catégories d'actes qui doivent être motivés en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle ne serait pas suffisamment motivée est inopérant.

4. En deuxième lieu, Mme A B soutient que la décision en litige est entachée d'un vice de procédure, dès lors que, d'une part, l'enquête publique concernant la création d'un sens unique sur le chemin des Malcoutures, dont la commune affirme prévoir l'organisation, ne prévoit pas la création d'un trottoir et que, d'autre part, une telle enquête serait inéquitable dès lors qu'elle s'adresserait à l'intégralité des riverains du chemin des Malcoutures, et non aux riverains situés du côté pair, qui ne disposent pas encore d'un trottoir. Toutefois, Mme A B n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, et alors que, dans le cas d'espèce, aucune disposition n'oblige la commune à mettre en œuvre une telle enquête publique, rien n'indique que l'organisation de cette enquête se ferait en méconnaissance avec les règles de procédure afférentes. Le moyen doit donc être rejeté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () ".

6. Le refus opposé par un maire à une demande tendant à ce qu'il fasse usage des pouvoirs de police que lui confèrent les dispositions précitées des articles L. 2212-1 et L. 2212-2, du code général des collectivités territoriales n'est illégal que dans le cas où, en raison de la gravité du péril résultant d'une situation particulièrement dangereuse pour le bon ordre, la sécurité ou la salubrité publiques, cette autorité, en n'ordonnant pas les mesures indispensables pour faire cesser ce péril grave, méconnaît ses obligations légales.

7. Mme A B soutient qu'en refusant de modifier la règlementation applicable à la circulation sur le chemin des Malcoutures et la rue des Gastines, à l'angle desquelles elle réside, le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine a méconnu les obligations lui incombant en raison son pouvoir de police, prévues par les dispositions précitées. A cet effet Mme A B produit les preuves des dégradations qui ont affecté son bien ainsi que les courriers qu'elle a échangé avec la commune. Toutefois, si les manœuvres des véhicules automobiles et des camions, dans ces rues étroites, ont occasionné des désagréments pour les riverains et des dégâts matériels notamment au mur d'enceinte de la propriété de Mme A B, il ne ressort pas des pièces du dossier que les contraintes de configuration des lieux sur la circulation aient fait peser sur la sécurité publique un risque tel que le maire aurait dû faire usage de ses pouvoirs de police pour réglementer davantage la circulation routière. En outre, il ressort également des pièces du dossier que la commune d'Herblay-sur-Seine, a, par plusieurs courriers de réponse aux demandes de Mme A B, proposé différentes solutions aux problèmes qu'elle rencontrait, en proposant notamment d'installer des dos d'âne et des potelets le long du mur et d'organiser une enquête publique. Par suite, en ne faisant pas usage de ses pouvoirs de police pour règlementer la circulation sur la rue des Gastines et le chemin des Malcoutures, le maire de la commune n'a pas méconnu les dispositions précitées du code général des collectivités territoriales.

8. Par ailleurs, la circonstance que ces troubles affectent essentiellement les biens appartenant à Mme A B, ne permet pas de retenir que le principe d'égalité devant le service public aurait, pour ces motifs, été méconnu. Enfin, pour les mêmes motifs, le moyen selon lequel la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A B ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

Sur la responsabilité de la commune d'Herblay-sur-Seine du fait des fautes qu'elle aurait commise :

En ce qui concerne l'illégalité fautive à ne pas avoir réglementer la circulation :

10. Le refus opposé par un maire à une demande tendant à ce qu'il fasse usage des pouvoirs de police que lui confèrent les dispositions précitées des articles L. 2212-2, L. 2212-4 et L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales n'est fautif, et par suite de nature à engager la responsabilité de la commune, que dans le cas où, en raison de la gravité du péril résultant d'une situation particulièrement dangereuse pour le bon ordre, la sécurité ou la salubrité publiques, cette autorité, en n'ordonnant pas les mesures indispensables pour faire cesser ce péril grave, méconnaît ses obligations légales.

11. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, en ne faisant pas usage de ses pouvoirs de police pour réglementer la circulation sur la rue des Gastines et le chemin des Malcoutures, et en ne répondant pas favorablement aux demandes de la requérante sur ce point, le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine n'a pas commis de faute de nature à engager la responsabilité de la commune.

En ce qui concerne les fautes liées à divers agissements de la commune :

12. En premier lieu, il n'est établi ni que la pose d'une nouvelle clôture en grillage à l'arrière de l'habitation de la requérante, ni le recours par Mme A B à un géomètre en 2015 et 2020, ni l'élargissement de son portail, ni la détérioration de son mûr par un camion d'enlèvement des déchets, ni différents vols ou arrachages d'arbres ne trouvent leur cause dans un quelconque agissement fautif de la commune d'Herblay-sur-Seine. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander à voir la responsabilité de la commune engagée pour les agissements fautifs qu'elle aurait commis à cet égard.

13. En deuxième lieu, s'il n'est pas contesté que la commune d'Herblay-sur-Seine a procédé à l'élagage d'un prunier appartenant à Mme A B sis à l'angle des rues des Gastines et des Malcoutures, la commune d'Herblay-sur-Seine fait valoir sans être sérieusement contredite qu'elle a dû faire réaliser ces travaux car cet arbre n'était pas entretenu et entravait la sécurité de la circulation à cet endroit. Dans ces conditions, cet élagage ayant été réalisé du fait des carences de Mme A B, la responsabilité de la commune ne saurait être engagée à raison de cet agissement.

14. En dernier lieu, si Mme A B soutient que la commune a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en autorisant une densification anormale des constructions dans le quartier, elle n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la responsabilité sans faute de la commune d'Herblay-sur-Seine du fait de la rupture d'égalité devant les charges publiques :

15. Les dommages résultant de l'abstention de l'autorité administrative compétente de prendre les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre ne peuvent, lorsque cette abstention n'est pas fautive, engager la responsabilité de cette autorité que si cette abstention a été directement à l'origine d'un dommage anormal et spécial.

16. Mme A B affirme que l'abstention du maire à réglementer la circulation routière sur la rue des Gastines et le chemin des Malcoutures la touche spécifiquement dès lors que son bien, situé à l'angle de ces rues, est particulièrement exposé à différents désagréments. Toutefois, ne produisant aucun élément de nature à démontrer qu'elle sera la seule à subir des dommages liés à la circulation, elle n'établit ce faisant ni l'existence d'un dommage spécial et anormal, ni ne justifie que l'abstention de l'autorité de police a été directement à l'origine d'un dommage spécial et anormale. Par suite, Mme A B n'est pas fondée à rechercher l'engagement de la responsabilité de la commune d'Herblay-sur-Seine du fait de la rupture d'égalité devant les charges publiques.

16. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions indemnitaires présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par l'ensemble des parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Herblay-sur-Seine sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et à la commune d'Herblay.

Délibéré après l'audience du 29 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Eustache, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2108226

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