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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2108288

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108288

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2108288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantMARCOIN-CHASSANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 juin 2021 et le 14 avril 2022, M. et Mme A B et la société par actions simplifiée (F, représentés par Me Marcoin Chassang, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à leur verser à titre de dommages-intérêts la somme de 15 000 euros assortis des intérêts à taux légal et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les frais non compris dans les dépens au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le défaut de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, le défaut d'information de la société par actions simplifiée (F relative aux décisions de dégrèvement avant l'avis de mise en recouvrement du 30 septembre 2019 et la méconnaissance de la demande de sursis de paiement de la société CGS conseil, constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l'administration fiscale à l'égard de la société et lui ayant causé un préjudice ;

- la poursuite de la procédure en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux malgré le dégrèvement en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée, la méconnaissance de leur demande de sursis de paiement et l'absence de réponse à leur demande de recours hiérarchique constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l'administration fiscale à leur égard et leur ayant causé un préjudice.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 février et le 10 juin 2022, la direction générale des finances publiques conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La procédure de vérification de la comptabilité pour la période du 1er juillet 2013 au 30 juin 2016, de la société CGS conseil, qui exerce une activité d'expertise comptable, a abouti à des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er juillet 2013 au 30 juin 2016 pour un montant total de 76 745 euros. La procédure de vérification de la comptabilité de la société CGS conseil a entrainé par ailleurs un contrôle sur pièces des déclarations de M. et Mme E qui a donné lieu à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014, 2015 et 2016, assorties des pénalités correspondantes, mises à leur charge pour un montant de 156 172 euros. Par courrier du 10 mars 2021, les requérants ont adressé au service une demande d'indemnisation de leur préjudice et de ceux de la société CGS conseil résultant des fautes qu'aurait commises le service au cours d'une part, de la procédure de vérification de la comptabilité de la société CGS conseil et d'autre part, de leur contrôle sur pièces. Le silence conservé sur cette demande par l'administration fiscale a fait naître une décision implicite de rejet. La société CGS conseil et M. et Mme E demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur verser la somme de 15 000 euros en réparation de leur préjudice.

Sur les conclusions indemnitaires

2. Une faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement et de recouvrement de l'impôt est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard du contribuable ou de toute autre personne si elle leur a directement causé un préjudice. Un tel préjudice, qui ne saurait résulter du seul paiement de l'impôt, peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et, le cas échéant, des troubles dans ses conditions d'existence dont le contribuable justifie. Le préjudice invoqué ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'administration si celle-ci établit soit qu'elle aurait pris la même décision d'imposition si elle avait respecté les formalités prescrites ou fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en compte, soit qu'une autre base légale que celle initialement retenue justifie l'imposition. Enfin, l'administration peut invoquer le fait du contribuable ou, s'il n'est pas le contribuable, du demandeur d'indemnité comme cause d'atténuation ou d'exonération de sa responsabilité.

3. D'une part, alors que la demande indemnitaire est présentée par M. et Mme E et par la société CGS conseil à raison de fautes que l'administration fiscale aurait commises d'une part, lors de la procédure de vérification de la comptabilité de la société et, d'autre part, lors du contrôle sur pièces de leurs déclarations, un seul préjudice est allégué et tiré d'une perte de chiffre d'affaires de la société d'un montant de 15 000 euros en raison du temps consacré par M. E pour défendre ses intérêts et ceux de la société CGS conseil. Ainsi, alors qu'il n'est ni établi ni même allégué que l'éventuelle perte de chiffre d'affaire subie par la société CGS conseil entraînerait une perte de revenus pour M. et Mme E, ces derniers ne font état d'aucun préjudice personnel. D'autre part, si les requérants font valoir, sans l'établir, que M. E a passé 50 heures sur leur dossier fiscal et sur celui de la société alors qu'au demeurant ils étaient représentés dans ces procédures fiscales par un avocat, ils n'apportent en outre aucun élément permettant d'établir une quelconque perte de chiffre d'affaires de la société du fait de ce temps consacré à la défense de leurs intérêts et de ceux de la société. Ils ne produisent notamment aucun comparatif des chiffres d'affaires réalisés par la société les années précédentes et les années suivantes ni aucun document démontrant que la société aurait décliné l'exécution de certaines tâches demandées par leur client en raison d'un manque de temps ou que la société a dû refuser ou perdu des clients. Au surplus, ils ne démontrent pas le montant de leurs honoraires retenu pour le calcul du préjudice allégué. Dans ces conditions, la perte de chiffre d'affaires de la société n'est pas établie. Par suite, le préjudice allégué des requérants n'est pas établi.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, et en tout état de cause, les conclusions relatives au versement des intérêts moratoires et à la capitalisation des intérêts.

Sur les frais non compris dans les depens

5. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au demeurant irrecevables car non chiffrées, doivent être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur général des finances publiques.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Feral, président, Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère et M. Weiswald, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

S. CUISINIER-HEISSLERLe président,

signé

R. FERAL

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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