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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2108296

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108296

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2108296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGUEGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 juin 2021, le 6 janvier 2023 et le 13 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Guégan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Gennevilliers a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la démolition d'un garage et l'extension d'une maison d'habitation située 8 allée de la Victoire à Gennevilliers, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 26 mai 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Gennevilliers de lui délivrer le permis de construire sollicité sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Gennevilliers la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 20 avril 2021 est entaché d'une erreur de droit, dès lors que l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Gennevilliers d'une part, ne permet pas de sanctionner l'atteinte portée à la construction existante objet du permis de construire et, d'autre part, ne limite pas les projets d'extension par rapport au bâtiment principal existant ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation, le projet ne portant pas atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 novembre 2022 et le 10 juillet 2023, la commune de Gennevilliers, représentée par Me Salaün, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- et les observations de Me Salaün, représentant la commune de Gennevilliers.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a sollicité du maire de Gennevilliers un permis de construire portant sur la démolition d'un garage et l'extension d'une maison d'habitation, dont il est propriétaire, située 8 allée de la Victoire à Gennevilliers. Par un arrêté du 20 avril 2021, dont il demande au tribunal l'annulation, le maire de Gennevilliers a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité, au motif que le projet méconnait l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Gennevilliers.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article UB 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Gennevilliers : " En fonction de leur architecture, de leurs dimensions ou de leur aspect extérieur, les constructions, les restaurations, les extensions de bâtiments ainsi que les réalisations d'ouvrages et de clôtures ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages, ainsi qu'à la conservation des perspectives de la ville. () ".

3. En premier lieu, le requérant soutient que le maire de Gennevilliers aurait entaché sa décision d'une erreur de droit, dès lors que l'article UB 11 susvisé n'a pas pour objet de sanctionner l'atteinte portée à la construction initiale ni de limiter les projets d'extension par rapport au bâtiment principal existant.

4. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté que le maire de Gennevilliers a refusé de délivrer le permis de construire au motif que le projet " par sa volumétrie, sa hauteur, son gabarit, dénature la composition urbaine et architecturale du projet d'origine ", la composition urbaine renvoyant nécessairement à l'agencement de plusieurs constructions et non à la seule construction existante. Par ailleurs, la commune fait valoir en défense que le projet d'origine renvoie au lotissement dans lequel s'implante le projet d'extension. A supposer même que ce lotissement ait fait l'objet d'une procédure de permis valant division et non d'une procédure de lotissement au sens du code de l'urbanisme, il n'en demeure pas moins qu'il se compose de quatre maisons à l'architecture identique. Ce moyen qui manque en fait sera donc écarté.

5. D'autre part, la superficie d'une extension ou sa proportion par rapport à cette construction existante ne peuvent être encadrées que par des dispositions législatives ou règlementaires spécialement applicables à ces travaux, en particulier les règles locales d'urbanisme. Or une telle limitation ne résulte ni du code de l'urbanisme, ni de l'article UB 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Gennevilliers. Ainsi, en refusant de délivrer le permis de construire au motif que la réalisation d'un bâtiment secondaire doit rester mesurée par rapport au bâtiment principal existant, le maire de Gennevilliers a entaché sa décision d'une erreur de droit.

6. En troisième lieu, pour rechercher l'existence d'une atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'autorité compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site urbain ou naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

7. D'une part, s'il est vrai que le plan local d'urbanisme vise, comme le fait valoir la défense, à préserver l'identité du secteur UBa, il ressort toutefois des pièces du dossier que le projet s'implante dans un secteur caractérisé par des constructions très hétérogènes sans grande qualité architecturale et sur une allée bordée par des maisons d'habitations récentes, une résidence de logements, une école élémentaire et des terrains de sport. La circonstance que la maison d'habitation du requérant s'insère dans un ensemble de quatre maisons identiques, mitoyennes sur un côté, ne permet pas à elle seule de conférer au secteur une unité ou un intérêt notable.

8. D'autre part, il ressort des pièces de la demande de permis de construire, en particulier le plan des façades, l'insertion graphique et la notice descriptive, que le projet d'extension s'inscrit en continuité du bâtiment existant le long de l'allée de la Victoire et que les matériaux utilisés pour le ravalement de la façade et la couverture seront similaires à ceux de la construction existante. Dans ces conditions, la seule circonstance que le projet d'extension ne s'inscrit plus dans les mêmes dimensions que les maisons identiques voisines, n'est pas de nature à caractériser en l'espèce une atteinte à l'intérêt et au caractère des lieux avoisinants. Par suite, le maire de Gennevilliers a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que le projet de M. B est de nature à porter atteinte au caractère des lieux avoisinants, au sens des dispositions précitées de l'article UB 11 du plan local d'urbanisme et en lui refusant, pour ce motif, la délivrance du permis de construire sollicité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Et aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / () ".

10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

11. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que les motifs fondant l'arrêté du 9 juin 2021 sont entachés d'illégalité. Par ailleurs, en l'état du dossier, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdisent d'accueillir les conclusions à fin d'injonction de délivrer le permis de construire sollicité présentées par le requérant pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ni qu'un changement des circonstances de fait y fasse obstacle. Par suite, le présent jugement implique nécessairement la délivrance de l'autorisation d'urbanisme sollicitée. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au maire de Gennevilliers de délivrer à M. B le permis de construire qu'il a sollicité, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. B.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Gennevilliers lui réclame sur ce fondement. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Gennevilliers la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du maire de Gennevilliers du 20 avril 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Gennevilliers de délivrer le permis de construire sollicité par M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Gennevilliers versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la commune de Gennevilliers.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

M. Baude, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

Signet

E. Chaufaux

La présidente,

signé

S. EdertLa greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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