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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2108566

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108566

lundi 21 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2108566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantD'AUBIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2021, M. A C, représenté par la Me d'Aubigny, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-009 du 2 février 2021 du préfet des Hauts-de-Seine en tant qu'il lui a ordonné de se dessaisir de l'arme dont il est en possession dans un délai de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de tirer toutes les conséquences de cette annulation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de vices de procédure dès lors qu'il est fondé sur une enquête de police insuffisante et que les observations qu'il a formulées préalablement à son édiction n'ont pas été prises en compte ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est disproportionné au regard des buts de préservation de l'ordre public recherchés.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Weiswald ;

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, titulaire d'un permis de chasser, détient une arme de chasse, de catégorie C, dont il a déclaré l'acquisition auprès du commissariat de Colombes le 7 décembre 2020. A la suite d'une enquête de moralité, le préfet des Hauts-de-Seine lui a, par un arrêté du 2 février 2021, ordonné de se dessaisir de l'arme en sa possession dans un délai de trois mois, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie et l'a informé de son inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA). M. C demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il lui ordonne de se dessaisir des armes de toute catégorie dont il est en possession.

2. Aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 () ".

3. En premier, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enquête de moralité effectuée par la direction territoriale de la sécurité de proximité des Hauts-de-Seine le 21 décembre 2020, qui fait état des informations figurant au fichier de traitement des antécédents judiciaires de M. C, sur laquelle s'est notamment fondé l'autorité préfectorale pour édicter la décision litigieuse, ait été insuffisante. Par ailleurs, il ne ressort pas plus des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine, qui a visé les observations produites par le requérant dans sa décision, n'aurait pas tenu compte de ces observations, en méconnaissance du principe du contradictoire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait, pour ces motifs, entachée de vices de procédures doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté en litige, qui vise notamment les dispositions des articles L. 312-11 et suivants du code de la sécurité intérieure, mentionne que M. C s'est signalé pour des faits de destruction ou dégradation de véhicule privé le 6 janvier 2008 à Paris et violences volontaires sur dépositaire de l'autorité publique avec incapacité totale de travail de moins de huit jours, rébellion et participation à un attroupement malgré sommations le 26 mai 2013 à Paris. Cet arrêté indique également qu'en conséquence, son comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour lui-même ou pour autrui, des armes qu'il détient et s'avère donc incompatible avec la détention de celles-ci. Ainsi, cet arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour édicter l'arrêté en litige, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur la circonstance que M. C a été condamné par un jugement correctionnel du tribunal de grande instance de Paris du 29 mai 2013 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis ainsi qu'à une amende de 400 euros pour des faits, commis le 26 mai 2013, de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, de rébellion et de dissimulation volontaire du visage, sans motif légitime, afin de ne pas être identifié lors d'une manifestation sur la voie publique. Compte tenu de la nature de ces faits, alors même que, comme le fait valoir le requérant, ces faits sont anciens, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait, sans entacher sa décision de disproportion, ordonner à l'intéressé de se dessaisir de l'arme de catégorie C dont il est en possession. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er février 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Feral, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

M. Weiswald, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2023.

Le rapporteur,

signé

J.B. Weiswald

Le président,

signé

R. Feral

La greffière

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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